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«Afro, une célébration», l’histoire des esthétiques noires

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Comment définir le style « afro » ? Katell Pouliquen, rédactrice en chef adjointe de l'Express Styles, tente d'y répondre à travers 176 pages de textes et d'illustrations. Son livre Afro, une célébration dresse le portrait haut en couleur des cultures et esthétiques noires depuis les années 1960 jusqu'à nos jours.

« Say it loud, I'm black and I'm proud ». C’est James Brown, le dieu de la soul, qui chante : « Je suis noir et j'en suis fier ». Nous sommes en 1968, en pleine révolution « Black Power », mouvement politique et hautement engagé pour les droits civiques des Afro-Américains. C'est le début d'une nouvelle fierté noire et c'est aussi le début du livre Afro une célébration écrit par une jeune Bretonne, Katell Pouliquen : « L’afro au départ, c’est une histoire de revendication et d’identité, pour moi ça va de pair avec le respect. Se revendiquer afro dans les années 1960 quand on est noir c’est vouloir résister aux canons esthétiques blancs. L'Amérique des années 1950, 1960 était extrêmement violente pour les Noirs américains, ségrégués, lynchés, pas de droits de vote dans certains états sudistes. Donc, on part de là. »

La fierté noire, elle est née avec Angela Davis et... une coupe de cheveux. La militante afro-américaine refuse de dompter sa chevelure, la débarrasse de tous les artifices chimiques et impose ainsi un nouveau look qu'elle appelle le « glamour révolutionnaire ». Cette fameuse coupe afro, ce halo de cheveux spectaculaires va devenir le symbole de liberté par excellence.
 
Les styles de la diaspora noire
 
Aujourd'hui, c’est la jeune chanteuse malienne Inna Modja qui chante Kinks in my hair et affiche sa tête crépue avec presque autant de fierté. Elle nous chante de « peau de chocolat », de « délice de miel », de « courbes », « grâce » et « style ». Mais s'il y a un fil conducteur dans cette anthologie de Katell Pouliquen, c'est bien qu'il n'y a pas un, mais de multiples styles dans la diaspora noire, comme le culte des dandys. « Les sapeurs traditionnels tels qu’on les a connus à Kinshasa dans les années 1960 ont plutôt les cheveux lissés en général ; eux assument un goût pour la sape, c’est-à-dire pour la mode extrêmement fort au point que tout leur argent va là-dedans ; cela va avec une démarche extrêmement chaloupée et ils montrent les marques Saint-Laurent, Pierre Cardin, au point que eux-mêmes prennent parfois le nom des créateurs qu’ils vénèrent. C’est pour eux une manière de s’amuser et de devenir des inspirateurs aussi : je pense par exemple à Paul Smith qui a fait toute une collection extrêmement colorée avec des roses fuchsia, des violets, bleus etc. qui était un hommage tout à fait assumé aux sapeurs. »
 
Des inspirations afros, les grands couturiers d'aujourd'hui comme Jean-Paul Gaultier, Agnès B. et John Galliano en raffolent autant que les artistes cubistes et surréalistes du siècle dernier. Picasso, qui n'a jamais mis les pieds en Afrique, a eu un « choc esthétique », lorsqu'il découvre en 1906 les masques africains au Musée d’ Ethnographie à Paris. « Il est frappé par leur puissance évocatrice, rappelleKatell Pouliquen, par le travail de la ligne, par l’épure du trait et aussi par le fait que présenté parfois comme primitif, cet art apparaisse bien plus avant-gardiste que l’art occidental de l’époque. Les Demoiselles d’Avignon en portent la trace ; c’est un trait assez proche d’une figure, d’une sculpture, d’une statuaire africaine.

Afro une célébration est un livre qui se veut avant tout démocratique, qui fait la guerre aux stéréotypes et nous apprend aussi que le tissu africain par excellence, le wax aux imprimés flamboyants, s'est inspiré des batiks indonésiens importés par des colons hollandais. Après tout, comme le dit l'auteur du livre, on est tous plus afros qu'on ne le croit.

Ecouter le reportage sur « Afro, une célébration ». 11/10/2013 - par Carmen Lunsmann écouter

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Katell Pouliquen, Oxmo Puccino : Afro, une célébration. Avec les interviews de : Inna Modja, Jean Paul Gaultier, Bruno Frisoni, Jean-Paul Goude, John Galliano, Agnès b., Saul Williams. Editions La Martinière, 176 pages, 29 euros.

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