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    France

    «Dieu(x)», modes d’emploi d’Elie Barnavi contre le fanatisme religieux

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    « Il faut stériliser la dimension politique du religieux ». C’est un des modes d’emploi affichés dans l’exposition qui ouvre ce 25 octobre au Petit Palais pour civiliser la relation entre l’art et la religion. Une relation qui est redevenue de plus en plus sensible, aussi parce que la place des religions s’est considérablement élargie. Dieu(x), Modes d’emploi entreprend à montrer, comprendre et à expliquer les pratiques religieuses à l’époque de notre monde actuel. L’exposition donne aux religions toute leur place, mais que leur place. Entretien avec Elie Barnavi, né en 1946 en Roumanie d’un père issu d’une lignée de rabbins russes, ancien ambassadeur d’Israël en France, historien et co-commissaire de l’exposition.

    D’où venait votre besoin d’une exposition sur Dieu(x) ?

    Cela venait de mon expérience de professeur. Je me suis rendu compte de l’immense ignorance des gens, surtout des jeunes en Occident, en France notamment, sur les faits religieux. Et de la manière dont on leur enseigne l’histoire de ce pays, en tournant complètement le dos aux faits religieux. Et puis, second constat : la religion est là, elle est revenue en force, violente, sous les auspices les plus dures. Alors, je me suis dit : il serait intéressant de donner aux gens quelques outils pour comprendre ce phénomène.
     
    Le titre mène d’abord à la question : Dieu, existe-t-il ?
     
    Non, on ne rentre pas là dedans. On ne s’occupe pas de la théologie ou de l’histoire des religions. Ce n’est pas une exposition savante. C’est une exposition qui montre les modes d’emploi, les pratiques religieuses contemporaines des gens. Nous ne posons pas la question de l’existence de Dieu, de l’éternité de l’âme. Toutes ces questions, nous les laissons à la discrétion des croyants. Nous nous occupons d’un phénomène culturel, social et politique qui s’appelle la religion.
     
    En quoi cette exposition est-elle unique en son genre ?
     
    On n’a jamais fait une exposition comme celle-là. C’est une première. On a montré des expositions sur l’islam, sur le judaïsme, sur les différents aspects du christianisme, mais on n’a jamais fait une exposition qui ramasse tout cela, qui essaie de comprendre comment fonctionne le phénomène religieux, c’est une nouveauté. En cela elle est exceptionnelle.
    Vous soulignez le fait que les villes en Europe sont devenues le creuset des religions. Est-ce un phénomène récent ?
     
    C’est nouveau. Vous savez, aucune religion majeure n’est née en Europe. Elles sont toutes nées ailleurs, mais elles se trouvent toutes ici, parce que l’Europe est une terre de liberté, de tolérance etc. Donc tout le monde vient ici. Non pas pour la religion, mais pour trouver du travail, pour la liberté, pour une meilleure vie… Une fois qu’ils viennent, ils fondent des communautés religieuses. Ici à Paris, vous avez toutes les religions importantes du monde.
    La cohabitation n’est pas toujours facile. Parfois cela mène à la violence. Au lieu de créer un creuset, un véritable melting pot, cela creuse et crée une certaine ghettoïsation de la société.
     
    Le Petit Palais est un musée de la ville, de la République, donc un cadre laïque. La laïcité, est-elle plutôt une chance ou un handicap pour comprendre ce mode d’emploi pour les Dieux ?
     
    La laïcité est la seule modalité civilisée pour dépasser les conflits de religion. Un enseignement essentiel de cette exposition est que la laïcité est incontournable si on veut sortir du cycle de la violence religieuse. La religion radicale, c’est une religion transformée en une idéologie politique radicale. Donc il faut stériliser la dimension politique du religieux. Il faut lui interdire l’espace public. C’est ce qu’on appelle la laïcité. Quand on a un système laïque, on peut espérer – même si ce n’est pas suffisant, il faut l’enseigner, l’imposer. Il faut que la loi soit la même pour tous. La laïcité est indépassable. C’est l’horizon politique concernant la religion pour toute civilisation digne de ce nom.
     
    Selon vous, quelle frontière se dessine actuellement entre l’art et la religion ? C’est souvent devenue une relation conflictuelle quand on pense aux événements récents comme la vidéo de l’artiste Mounir Fatmi contestée par des musulmans au Printemps de Toulouse, l’affaire du Piss Christ, un tableau attaqué par les fondamentalistes chrétiens à Avignon, les violences qui ont suivies la publication des caricatures de Mahomet, la destruction du patrimoine à Tombouctou au Mali
     
    Bien sûr, pour les fanatiques, il y a des formes d’art qui sont insupportables. Mais entre les arts et les religions, il y a eu des relations étroites. L’expression artistique a toujours été très présente dans toute religion, y compris dans celles qui ne représente pas le divin comme l’islam ou le judaïsme. Le christianisme, c’est la religion de la représentation artistique. Il n’y a jamais eu de conflits immanents entre l’art et la religion. Cela ne fait pas de sens. En revanche, il y a des fragments fanatiques de certaines religions qui voient dans l’art une menace. Dans ces cas-là, il y a violence. Là encore, il ne faut pas céder. On a commencé d’ailleurs à censurer ou à s’autocensurer par peur ou pour faire plaisir à quelques fanatiques. C’est la liberté qui est en jeu.
     
    Pour moi, l’Afrique est le coup de cœur de cette exposition.
    Raphaëlle Ziadé, co-commissaire de l’expo "Dieu(x) Modes d’emploi" au Petit Palais à Paris. 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    Quel est le mode d’emploi contre des attitudes comme « tuer au nom de Dieu » ou des dogmes comme « la vérité religieuse n’est pas discutable » ?
     
    On revient toujours au même. Quand est-ce qu’on tue au nom de Dieu ? Lorsque les autres sont confondus. Lorsque le spirituel et le temporel ne font qu’un, lorsque la religion est l’idéologie politique. La seule solution raisonnable est de séparer les choses. De dire : tu ne tueras pas, parce que tu n’as pas l’épée. A partir de ce moment-là, on peut construire un espace civique neutre où les religions peuvent cohabiter sans s’entretuer. Si on ne le fait pas, si on laisse les religions se mêler de politique, on aura toujours la violence religieuse, parce qu’elle est dans sa nature, parce qu’elle défend la vérité absolue, éternelle et indiscutable qu’elle cherche à imposer par la force.
     
    Est-ce un risque d’exposer la Bible, le Coran, la Thora, les écrits sacrés de plusieurs religions côte à côte, au même niveau ?
     
    Non, je ne pense pas. Notre expérience jusqu’à maintenant [l’exposition a été déjà présentée à Bruxelles, Madrid, Québec et Ottawa] montre que cela s’est très bien passé. On a eu des gens de tous les systèmes religieux. On présente le religieux avec respect. Il y a, c’est vrai, une partie prise de neutralité. Ce n’est pas un regard sur les religions, c’est un regard sur les pratiques des religions.
     
    Quel message voulez-vous faire passer avec Dieu(x), Modes d’emploi ?
     
    J’espère que, le plus les gens seront nombreux à venir voir cette exposition, le plus ils comprendront à quel point c’est redevenu un thème majeur dans nos civilisations, et à quel point il est important d’en être conscient.
     
    ________________________________________
    Elie Barnavi est historien, professeur d’université et conseiller scientifique auprès du musée de l’Europe à Bruxelles qui a conçu l’exposition Dieu(x), Modes d’emploi avec le co-commissaire Raphaëlle Ziadé du Petit Palais à Paris.
     
    Dieu(x), Modes d’emploi, exposition au Petit Palais, du 25 octobre jusqu’au 3 février 2013.

     

    Pour aller plus loin : l’ouvrage éponyme écrit par Elie Barnavi : Dieu(x), Modes d’emploi, publié par André Versaille éditeur, avec une réflexion de Régis Debray, 270 pages, 35 euros.

     

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