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Bibliothèques sans frontières lance l’appel « L'Urgence de lire »

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Après une catastrophe, les livres sont aussi importants que la nourriture ou des médicaments. C’est le constat simple et original de l'association « Bibliothèques sans frontières » (BSF) qui s'engage depuis cinq ans pour la reconstruction après les catastrophes et les crises. Le don de livres accompagné est une approche unique au monde qui a fait ses preuves à Haïti, au Japon et au Chili. Actuellement, chaque semaine, 22 000 de ces livres d’espoir sont distribués dans plus de vingt pays, dont la plupart en Afrique et aux Caraïbes. Entretien avec Jérémy Lachal, le directeur et cofondateur de BSF qui lance ce 29 novembre l’appel « L'Urgence de lire ».

Quelle est aujourd’hui l’urgence de lire ?

Pour nous, l’urgence de lire doit être considérée comme une priorité parmi les autres urgences. Evidemment, on ne vient pas remplacer des besoins prioritaires comme la nourriture ou les logements. Mais dans le même temps, ou juste après le passage des premiers urgentistes, il faut rapporter la culture, le lien social entre les gens qui ont vécu ce traumatisme.
 
Bibliothèques sans frontières existe depuis cinq ans. Qui a eu l’idée et pourquoi ?
 
Bibliothèques sans frontières est née à l’initiative de l'historien Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS, afin d'apporter des solutions nouvelles pour l’accès au savoir, à l’information, dans le monde en développement. On travaille aujourd’hui dans 20 pays, avec en tout 450 bibliothèques. L’idée est vraiment de venir en appui aux acteurs qui portent des projets de bibliothèque dans des situations d’urgence comme en Haïti, dans des situations de sous-développement, de grande pauvreté comme au Niger, dans des situations de transition démocratique comme en Tunisie. Les bibliothèques sont vraiment des leviers d’action pour la démocratie, pour l’autonomisation des populations.
 
Deux membres de Bibliothèques sans frontières dans un camp près de Port-au-Prince, en décembre 2010. Pierre Duyckaerts
Lors du séisme en 2010 en Haïti, vous avez envoyé des kits de bibliothèques. Comment expliquez-vous le succès de votre action auprès de la population et auprès des médias ?
 
Le succès sur place s’explique pour deux raisons: d’abord, Haïti a un vrai attachement pour le livre, pour ses écrivains, pour la culture en général. C’est un pays qui rayonne de culture. Il y a l’image de l’écrivain haïtien Dany Laferrière qui, quelques jours après le séisme, disait : « C’est sur la culture que Haïti se reconstruira ». La culture prend une place fondamentale dans cette reconstruction. Et les bibliothèques y jouent un rôle de premier plan.
 
Concernant le regard que les médias ont porté sur notre action : l’originalité de Bibliothèques sans frontières est que nous ne sommes pas des urgentistes, nous travaillons sur le long terme. On a porté un regard nouveau sur cette question d’urgence. Après le séisme, il y avait 10 000 ONG à Haïti. Aujourd’hui, il n’en reste plus beaucoup. BSF fait le lien entre cette urgence et la situation de reconstruction, le développement économique et humain du pays.
 
Un colis de livres est-il aussi important qu’un colis de nourriture dans un contexte de crise ou après une catastrophe ?
 
On en fait le constat tous les jours. On voit à quel point les bibliothèques peuvent être utiles. Je vous raconte une anecdote. Quelques jours après le séisme, une dame s’assied sur le bord du trottoir dans un camp de refugiés, ouvre un livre et commence à lire une histoire pour les enfants qui s’installent autour d’elle. C’est une histoire qui faisait peur. A la fin, elle demande aux enfants : « Qu’est-ce que vous avez pensé de cette histoire ? » Les enfants répondent : « J’ai eu peur du noir » ou encore « J’ai eu peur quand j’ai fait des cauchemars » etc... Jusqu’au moment, où une toute petite fille de 4 ans lève le doigt et dit timidement : « J’ai eu très très peur du tremblement de terre ». A partir de ce moment, la parole s’est libérée et les enfants ont pu raconter ce qu’il leur est arrivé : leur traumatisme, leur peur, leur deuil, parce que la plupart ont perdu un membre de leur famille. Quand on ouvre une bibliothèque, on ouvre le champ de la parole, de l’imaginaire, de la compréhension. Jusqu’à aujourd’hui, BSF a touché 500 000 personnes en Haïti.
 
Action de Bibliothèques sans frontières dans un camp près de Port-au-Prince, en décembre 2010. Pierre Duyckaerts
Le prolongement de votre action en Haïti est incarné par des bibliothèques mobiles, les BiblioTaptap, lancées en juillet 2012. Ce sont trois taxis collectifs, décorés par des artistes haïtiens, qui parcourent le pays...
 
Nous ne sommes plus dans l’urgence en Haïti. Il faut sortir des camps, il faut réapprendre à vivre normalement. Nous avons aussi des gros projets universitaires avec la construction d’une grande bibliothèque interuniversitaire centrale à Port-au-Prince pour répondre à ces besoins fondamentaux de reconstruction du pays. Pour cela il faut des étudiants qui soient formés, des chercheurs...
 
D’autres catastrophes humanitaires sont arrivées depuis. Comment réagissez-vous face à des crises humanitaires majeures comme actuellement en Syrie, en Côte d’Ivoire ou au Mali ?
 
Nous sommes extrêmement vigilants face à ces catastrophes et conflits. Nous n’avons pas toujours les possibilités d’intervenir. C’est aussi pour cela qu’on lance cette campagne aujourd’hui, pour sensibiliser au mieux l’opinion à ces besoins. Nous travaillons aujourd’hui avec les ONG d’urgence. Nous avons commencé une grande mission de recherche et de développement qui devrait aboutir cet été, justement sur la conception d’outils adaptés et différenciés.
 
Nous concevons aujourd’hui d’autres zones géographiques pour d’autres situations, pour d’autres aires linguistiques et culturelles. L’idée est de nous associer avec des ONG urgentistes, humanitaires, qui savent faire cela. Pour pouvoir embarquer dans leurs programmes des kits bibliothèques et pourquoi pas aussi des bibliothécaires...
 
BiblioTaptap sur le Champ de Mars au Port-au-Prince, en septembre 2012. BSF
Il existe d’autres parallèles avec des organisations comme Médecins sans frontières. Comme eux, Bibliothèques sans frontières s’est rendue compte que le besoin et la misère existent aussi en France.
 
Notre constat est le même que pour les urgentistes de soins que ce soit en Afrique ou ici en France. Il y a des problèmes d’accès à l’information, au livre, qui se posent de la même manière. Nous avons commencé en France sur des programmes dans la région Ile-de-France auprès de populations de demandeurs d’asile, dans les centres d’accueil, en créant des bibliothèques métissées. Ce sont des bibliothèques qui intègrent des livres qui viennent des pays d’où sont originaires les résidents. Donc des livres tamouls, arabes... Cela a eu un très grand succès.
 
Aujourd’hui nous travaillons sur un programme qui s’appelle « Tournons la page » dans les centres d’hébergement d’urgence, pour les grands exclus qui vivent dans la rue, mais également pour des populations de sans-papiers, donc d’origine étrangère. L’idée est de monter des petites bibliothèques, mais aussi donner accès à la presse, à l’internet. Cette connexion est extrêmement importante pour les migrants qui ont besoin de donner des nouvelles à leurs familles. Cela permet également d’apporter un outil pour les animateurs sociaux de ces centres, qui peuvent y greffer sur ces bibliothèques des ateliers d’alphabétisation, d’insertion, de recherche d’emploi etc.
Jérémy Lachal, directeur de Bibliothèques sans frontières. 11/10/2013 - par Siegfried Forster écouter

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Bibliothèques sans frontières
lance ce mercredi 29 novembre la campagne « L’Urgence de lire ». Pour signer l'appel, cliquez ici.

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