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    France

    La révolution Louvre-Lens: le musée universel du 21e siècle

    media Les co-auteurs du Louvre-Lens : (c) SANAA / Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa - IMREY CULBERT / Celia Imrey et Tim Culbert - MOSBACH PAYSAGISTE / Catherine Mosbach. Hisao Suzuki

    Ce mardi 4 décembre, le président François Hollande a inauguré le Louvre-Lens. Ce musée éthéré est sorti de la terre noire de l’ancien bassin minier au nord de la France qui aspire à une renaissance culturelle. Le concept d’installer une antenne du plus grand musée au monde dans la ville souvent présentée comme « la plus pauvre de France » est un défi culturel, économique et social inouï. Quelque 700 000 visiteurs sont attendus la première année. Et ces 28 000 mètres carrés sont également une révolution pour le Louvre. Quand la culture creuse la terre et l’esprit. Reportage.

    La première impression ? Ce moment sublime quand le bâtiment surgit lentement des remblais du paysage minier : six « boîtes » rectilignes, dessinées en courbes et légèrement mises en pente. Les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa (lauréats 2010 du prix Pritzker) prônent une architecture qui respecte profondément son environnement. Un geste architectural discret qui échappe aux revendications. Une sorte de « brouillard » façonné en verre et aluminium poli qui reflète terre et ciel et qui nous empêche de décerner la limite entre l’horizon et le bâtiment, entre l’extérieur et l’intérieur, entre l’horizontal et le vertical, entre le présent et le passé.

    « Il y a les murs en aluminium, il y a aussi la lumière naturelle qui entre du plafond. Nous avons voulu créer un espace où dans la lumière d’aujourd’hui on voit la collection du passé du Louvre, expliquent les deux architectes leur concept. Il y a aussi le reflet dans les murs en aluminium. On voit les reflets des œuvres, on voit aussi les reflets de soi-même quand on entre dans l’espace. On essaie de marier les œuvres et les gens qui passent et regardent.»

    Les architectes du Louvre-Lens : Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa. Siegfried Forster / RFI

    Le Louvre-Lens, la revanche des Lensois

    Le Louvre-Lens s’inscrit dans une longue histoire et dans un paysage fort. Cette petite ville de 35 000 habitants dans le Nord-Pas-de-Calais se situa au front de la guerre 1914-18 et fut anéanti. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville vécut les bombardements. Après, les habitants ont continué la bataille du charbon, vécu l’humiliation de la désindustrialisation et l’arrêt de l’extraction du charbon en 1990.

    Aujourd’hui, le Louvre-Lens s’étend sur l’ancien carreau de fosse Théodore-Barrois, la fosse n° 9, fermée en 1960. Une vraie renaissance culturelle qui ne se contente pas d’être un « petit » Louvre : « Le Louvre-Lens n’est pas un petit Louvre, c’est un autre Louvre, affirme Vincent Pomarède, le conservateur en chef du Louvre qui a co-conçu la Galerie du temps du Louvre-Lens. C’est une autre conception de la présentation des œuvres, du rôle que vont avoir ces œuvres par rapport au public. »

    La Galerie du temps

    Cette idée de déployer d’une manière nouvelle le caractère universel du Louvre prend véritablement corps dans les 3 200 mètres carrés de la grande Galerie du temps, longue de 125 mètres et 25 mètres de large. La pièce maîtresse du Louvre-Lens est une sorte de galerie des Glaces majestueuse, où 6 000 ans d’histoire de l’art s’enchaînent et se côtoient sous un éclairage naturel zénithal. Le parcours est chronologique et d’une efficacité redoutable. On remonte le fil du temps à l’aide d’une frise historique.

    Dans cette Galerie du temps totalement décloisonnée, aucun tableau n’est accroché au mur pour éviter un arrêt du flot du temps qui passe. « La particularité de cette galerie est d’avoir travaillé l’accrochage et la disposition, main dans la main avec les commissaires pour qu’aucune œuvre ne soit isolée, qu’elle soit toujours en dialogue et en regard de celle qui la précède, de celle qui la suive, de celle qui la jouxte, explique le muséographe Adrien Gardère. Comte tenu de ce programme, aucune œuvre n’est accrochée au mur. On s’est libéré des murs pour investir le cœur de l’espace. »

    En effet, à Lens, la collection du Louvre semble libérée des contraintes du Palais royal parisien, libérée du poids de l’histoire qui pèse parfois sur la muséographie quand elle est emprisonnée dans les départements. A Paris, il faut parcourir des dizaines de salles pour profiter de la richesse encyclopédique des 35 000 œuvres exposées. Lens a une taille humaine. Il suffit de traverser la Galerie du temps avec ses 205 œuvres pour avoir une vision pertinente et transversale (peintures, sculptures, faïences, objets etc. sont mêlés) de l’évolution de l’histoire de l’art, d’une Idole aux yeux, en terre cuite, de la civilisation de Halaf en Syrie (3300 avant J.-C.), jusqu’à La Liberté guidant le peuple (1831) de Delacroix.

    Lors de l'inauguration du Louvre-Lens en décembre 2012, Jean-Luc Martinez et Vincent Pomarède, les deux conservateurs en chef, expliquent la Galerie du temps au Louvre-Lens. 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    Un musée qui ne se repose jamais

    Une autre nouveauté nous attend au sous-sol. Pour la première fois, dans un musée, les réserves et l’atelier de restauration sont visibles pour le public. Bien sûr, la richesse de la maison mère reste inégalée, l’audace (imposée) du Louvre d’héberger aussi les Arts premiers n’a pas été reconduite à Lens. « Le Louvre-Lens est un laboratoire pour le Louvre » s’extasie Henri Loyrette, le président-directeur du Louvre. « L’enjeu fondamental du Louvre-Lens, c’est d’être un musée qui ne se repose jamais, qui ne doit pas s’asseoir, un musée qui doit aller en avant sans cesse. Ce sera le renouvellement permanent, renouvellement des œuvres, renouvellement dans l’invention de formules nouvelles pour capter le public, pour lui apprendre quelque chose et pour remplir pleinement notre mission d’éducation artistique. »

    Une nouvelle image

    Quelque 150 millions d’euros ont été investis dans le Louvre-Lens. Et 15 millions d’euros coûtera annuellement l’entretien. Le tout est porté à 80% par la région Nord-Pas-de-Calais qui espère de reproduire l’effet du Guggenheim à Bilbao. Après l’abandon de l’industrie lourde, la ville basque se trouvait dans un marasme économique semblable à celui du Lens aujourd’hui. Avec exactement le même montant de 150 millions d’euros pour le musée ouvert en 1997, Bilbao s’est transformé en ville florissante.

    Guy Delcourt, le député-maire de Lens, fils et petit fils d’un mineur, espère aussi que le Louvre-Lens transformera sa ville en Lens-Louvre. « Notre nouvelle carte de visite est Louvre-Lens. Voici les valeurs particulières que nous trouvons à Lens : ici les gens sont gentils, accueillants, mais ils sont aussi bosseurs et travailleurs. Les gens ici se trouvaient dans un désespoir économique que le Louvre va nous permettre de combler. Chaque jour, on va découvrir la métamorphose de Lens. Lens aura une nouvelle vie, une nouvelle image. »

    Guy Delcourt, député-maire de Lens, fils et petits fils d’un mineur, pose au milieu de la Galerie du temps au Louvre-Lens. Siegfried Forster / RFI

    Daniel Percheron, le président de la région, lance à Lens le même défi. Quant aux risques, il n’y voit aucun : « Non, il n’y a pas de risque. La région dépense chaque année 200 millions d’euros pour construire et moderniser ses lycées. Nous dépensons la moitié pour accueillir et installer le plus grand musée du monde. C’est une dépense raisonnable. Bien sur il aurait mieux valu que l’Etat le fasse. Nous n’avons pas les poches pleines, nous avons les poches vides, mais nous les avons vidées avec lucidité. »

    Reste à convaincre la population. Gaitan, gérant d’un petit bar en face du musée, reste optimiste : « Il y a des gens pour et des gens contre, c’est selon le goût personnel. Avec les travaux, j’ai eu quatre ans de misère, maintenant cela va être mieux. » Nathalie habite quelques maisons plus loin. Pour elle, « le Louvre-Lens ne signifie pas grande chose pour moi. Cela ne m’intéresse pas, mais j’allais voir quand même. On ne voit pas qu’est-ce que cela va faire ici. » « Cela va apporter autre chose que le football, remarque Dimitri. C’est bénéfique pour Lens et ses habitants. » « C’est bien si ça ramène du boulot pour les jeunes » dit Kadicha qui gère une petite épicerie. « Je trouve cela super. Cela va redynamiser la ville. J’étais déjà au Louvre à Paris, c’est bien qu’il y en a un maintenant ici à notre porte » raconte Zorah, 17 ans.Marine va fêter dans quelques jours son 18e anniversaire. Le Louvre-Lens, c’est peut-être son avenir : « Je suis actuellement en BTS Tourisme, cela peut être une opportunité pour moi. »

    Le Louvre-Lens et le RC Lens

    Entretemps, le Louvre joue bien volontiers le rôle du musée qui va sauver une ville. Le directeur du Louvre-Lens n’a pas hésité à faire du porte-à-porte pur convaincre les habitants du bienfondé de son action, aussi les fans du foot. Le stade Bollaert du Racing Club Lens est juste à côté, visible à l’œil nu. On a des très bonnes relations avec le RC Lens, affirme Xavier Dectot, le directeur du Louvre-Lens. C’est un partenaire naturel. Finalement, nous avons le même fonds de commerce : le bonheur. »

    Le Pavillon de verre au Louvre-Lens : un rencontre entre les collections du Louvre et des musées régionaux, ici, Binbin, les géants du Nord. Au fond on aperçoit le stade Bollaert du RC Lens. Siegfried Forster / RFI

    A l’intérieur du musée, il ya un espace dédié aux échanges entre la collection du Louvre et les collections des musées régionaux : la Galerie de verre. « J’espère qu’ils continueront à prêter des œuvres à ce lieu, mais également qu’ils proposent des expositions, qu’ils soient partenaire au sens fort du terme du Louvre-Lens, déclare Pierre-Yves Le Pogam, commissaire de l’exposition Le Temps à l’œuvre dans le Pavillon de Verre. Comme beaucoup de gens dans la région, je crois que le Louvre-Lens ne va pas priver d’autres musées d’un public qui était le sien, mais qu’il va lui apporter une sorte de renouveau et d’un dynamisme supplémentaire. » 

    Autant qu’il est vrai que le Louvre-Lens apporte la culture à la ville de Lens, jusqu’ici dépourvue d’institution culturelle (le dernier cinéma a fermé ses portes en 1999 et rouvrira bientôt sous forme d’un hôtel 4 étoiles), autant il est faux de parler ainsi de la région. Avec 42 musées labellisés et une mise en réseaux exemplaire, c’est plutôt le Louvre qui s’intègre au réseau régional existant tout en prenant la place de la locomotive.

    Une « décentralisation pyramidale » ?

    Certains se posent la question s’il s’agit vraiment d’une décentralisation culturelle, parce que les collections restent à Paris, comme c’est aussi le cas avec le Centre Pompidou-Metz. Les expositions sont également conçues par des conservateurs formés à Paris et en dernière instance, ce sont les conservateurs en chef à Paris qui décident, le cas échéant, si un tableau est demandé en même temps par les deux sites. Alors, est-ce une simple « décentralisation pyramidale » ? « C’est plus qu’une décentralisation pyramidale, affirme Henri Loyrette, le président-directeur du Louvre. Ce sont toutes les forces du Louvre qui sont sur le projet de Lens et toutes les équipes du Louvre. C’est une autre façon de reconsidérer cette mission de musée national. Ce qu’on constate c’est que la politique que nous avons conduite pendant deux siècles, cette politique de dépôt en musées de région, qui était en quelque sorte le seul signe de notre volonté nationale et d’une politique territoriale, avait certes du bon, mais aussi ses limites. On ne peut pas aujourd’hui reconsidérer un musée de région comme on le reconsidérait au 19e siècle, où souvent le seul horizon de l’habitant d’une région était le musée de sa région. Aujourd’hui, il y a un mouvement beaucoup plus grand. Mais vous ne vous pouvez pas vous rendre compte combien la seule présence des chefs d’œuvres que nous montrons ici, est importante pour la population. »

    Dans les réserves, il y a aussi des faux tableaux...
    Juliette Guépratte, chef du service des publics. 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    Le Louvre-Lens et le Louvre-Abou Dabi

    Bref, le Louvre-Lens est jusqu’ici un parcours sans faute qui fait honneur à la France. Reste la question qui fâche. Le revers de la médaille Louvre-Lens est le Louvre Abou Dabi. « Cela n’a rien à voir » s’emporte Henri Loyrette. Pendant le Louvre-Lens incarne la bonne conscience et une synthèse harmonieuse du Louvre, le projet du Louvre-Abou Dhabi (ouverture prévue en 2015) reste un sujet sensible qui pourrait entacher la réputation de l’institution française.

    En 2007, les Emirats Arabes Unis se sont engagés à payer un milliard d’euros sur 30 ans pour l’exploitation de la marque Louvre. La coopération culturelle prévoit également que le Louvre organisera dans le musée à Abou Dabi 60 expositions et conseillera le cheikh Khalifa pour la constitution de sa future collection privée au Louvre-Abou Dabi. Certains conservateurs décrient une politique d’exportation et d’externalisation du patrimoine national et un conflit d’intérêt culturel majeur. On en est loin de la politique culturelle républicaine et exemplaire qui est à l’œuvre au Louvre-Lens. Encore une raison de plus pour fêter l’inauguration de ce 4 décembre sans modération. 

    DOSSIER SPECIAL LOUVRE-LENS, le musée universel du 21e siècle

    A lire aussi : Vincent Pomarède : «Le Louvre-Lens montre nos forces et nos lacunes», RFI, 4/12/2012

    A écouter : Grand reportage : Le Louvre-Lens : un musée au cœur du bassin minier, RFI, 4/12/2012

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    Louvre-Lens, ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h. A partir du 12 décembre. Tél. 03 21 18 62 62.

    Chaque année, deux grandes expositions temporaires d’envergure internationale seront présentées dans la galérie d’exposition temporaire. L’exposition d’ouverture : Renaissance, Révolutions dans les arts en Europe 1400-1530 aura lieu du 12 décembre au 11 mars 2013. 

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