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Europe

Architecture et urbanisme Arts Plastiques France Marseille-Provence 2013

Jean Viard : «A Marseille, il y a plus de gens qui vont au théâtre qu’au foot!»

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« Il n'y a que la culture qui nous peut rassembler ». Il est sociologue, directeur de recherche à Science Po Paris, conseiller municipal à Marseille et vice-président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Pour Jean Viard, l’année 2013 sera pour Marseille l’occasion de prouver que cette ville à la fois « impossible » et « libre » est désormais « disponible à avancer ». Selon lui, le label de la Capitale européenne de la culture représente une chance unique : créer de nouveaux liens, à l’intérieur de cette ville mosaïque, et à l’extérieur, avec les autres villes de la région Provence, si différente, mais si indispensable.

Capitale européenne de la culture 2013, ce titre a-t-il déjà changé l’identité de Marseille ou de la Provence ?

Il ne faut pas aller jusque-là, mais pour comprendre Marseille, il faut comprendre que cela fait longtemps qu’on n’a plus rien gagné, à part la Coupe d’Europe. On a essayé d’avoir la Coupe de l’America etc., alors avec la Capitale européenne de la culture, la ville avait le sentiment d’avoir gagné un titre. Marseille, une ville dont on dit beaucoup de mal, où il y a beaucoup de problèmes etc., pour une fois, il y a une image positive.

Qu’est-ce qui est le plus frappant ?

Cela a accéléré un certain nombre de chantiers. Tout s’est mis à travailler en même temps, ce qui était rare dans cette ville. D’un côté, Euroméditerranée [le quartier d’affaires en pleine mutation, ndlr] s’est rapprochée du Vieux-Port, de l’autre côté, on a complètement transformé le Vieux-Port et la Cannebière, la chambre de commerce a refait son immeuble, les projets de musées ont avancé. C’est un grand coup de nettoyage du centre-ville qui s’est fait, une profonde remise en forme. Cela est une réussite et un acquis, quelque soit l’avenir de Marseille-Provence 2013.

Après 2013, qui aura changé le plus : l’image de la ville, la ville elle-même ou ses habitants ?

Je ne sais pas. Ce qui m’a frappé : il n’y avait aucune protestation, aucun recours, alors qu’on a déplacé quatre mille bateaux, libéré les bords de l’eau, alors que cela faisait des décennies qu’on n’y arrivait pas. On a réduit de huit voies de voitures à trois voies… On a fait des choses, y compris des choses qui ont cassé la vie des gens -comme toujours quand on fait un grand chantier- il n’y avait aucune protestation ! C'est-à-dire que cette ville a un tel désir d’avancer, de rentrer dans le monde moderne, que personne n’a protesté, même pas une association de taxis ou de bateaux.

Pourquoi ?

Ce n’est pas que les gens s’intéressent tellement à la culture, mais ils ont tellement envie que cela avance, que les choses bougent, et cela reste dans la ville. Si derrière on sait faire la métropole, si derrière il y a un changement du personnel politique, parce qu’en ce moment on est un peu en fin de cycle, tous les élus sont en fin de parcours, on ne sait pas qui va reprendre la main. C’est une ville disponible à avancer. C’est cela que reste. Mais cela dépend de ce que se passe derrière. C’est une ville qui a d’immenses capacités de reculer, de tomber, donc rien n’est encore écrit.

Marseille, peut-elle répéter l’effet du musée Guggenheim Bilbao ou de Lille, la Capitale européenne de la culture 2004 ?

Non, les choses sont différentes. Quand Bilbao avait décidé de faire la région, de construire ce grand musée, il y avait une vraie politique de l’Etat espagnol qui a notamment donné à la métropole de Bilbao tout le foncier public pour la doter de grands moyens. C’est comme si on nous donnait les terrains de port, les terrains de la SNCF, de l’armée, des hôpitaux, et tout ce patrimoine serait donné à la métropole. A Lille, il y a vingt ans de politique continue sous Pierre Mauroy, sous Martine Aubry, un rapport à la culture, à la création. C’est un vrai travail en profondeur. Et puis, il y a aussi ce lien entre Lille, Londres, Amsterdam, Paris. Lille Capitale européenne de la culture, c’était vraiment un bouquet sur un chantier de longue période. Nous à Marseille, on n’est pas là-dessus. C’est un peu vrai à Aix-en-Provence, parce que c’est une ville qui a fait énormément de choses depuis un certain temps, en termes d’urbanisme, y compris en termes de culture avec le centre chorégraphique d’Angelin Preljocaj, avec la création d’une grande salle de concert, le travail que cette ville a fait sur les musées de peinture. Ce n’est pas le cas ici, parce que Marseille n’est pas une ville historiquement très culturelle. Ce n’est pas une ville qui respecte énormément les créateurs. La mairie de Jean-Claude Gaudin a une vision plus traditionnelle de la culture.

Le sociologue Jean Viard. AFP/Anne-Christine Poujoulat
Jean Viard, sociologue. 10/10/2013 - par Siegfried Forster écouter
 
Pourquoi Marseille-Provence a alors gagné le titre Capitale européenne de la culture ?

On n’a pas gagné Marseille 2013 parce qu’on était bon, mais parce qu’on était mauvais. Le titre a été attribué par un jury de grands élus européens qui n'étaient pratiquement que des gens du Nord. En concurrence, il y avait Lyon et Bordeaux qui sont beaucoup plus en avance que nous. Au fond, c’était plutôt l'occasion de donner un coup de main au canard boîiteux de l’équipe. Il ne faut pas croire que, du jour au lendemain, cela va réussir, donner quelque chose d’exceptionnel, mais je pense que le canard boîteux de l’équipe va quand même en profiter.

Marseille est souvent montrée comme une ville violente, avec un taux de chômage élevé et une population pauvre. Une année culturelle peut-elle résoudre ces problèmes ?

Un projet rassemble les hommes. Même s’ils ont des rapports différents à la culture. Dans cette ville, il y a des gens qui sont très loin des pratiques culturelles, il y en a qui sont des grands consommateurs. Il ne faut pas se tromper : à Marseille, il y a plus de gens qui vont au théâtre qu’au foot ! C’est une ville où il y a une grande vitalité culturelle. La culture, c’est d’abord d’avoir un projet. En plus, il va être axé sur la Méditerranée. Il reconnaît les diversités de la ville. Disons, tout cela va dans la bonne direction. Mais vous savez, dans les quartiers les plus populaires, vous avez 50 % des jeunes au chômage, et plus, si on prenait des jeunes d’origine immigrée ou des jeunes qui ne sont pas blancs. On verra ce que la culture peut apporter. Mais restons positif : les gens ont travaillé ensemble : Aix, Arles, Marseille…, les gens de droite et de gauche, pour une fois, ils se sont battus ensemble pour gagner Marseille 2013, tirés par la chambre de commerce. C’est très bien, parce que ces gens ne travaillent jamais ensemble.

Marseille-Provence 2013, s’agit-il de transformer par la culture un trait de séparation en un trait d’union ?

Disons que cela pourrait se faire. Si le gouvernement va jusqu’au bout de son projet de créer en 2014 une grande métropole qui intègre Aix, Marseille, Etang de Berre, Aubagne… Après, on racontera que les gens du coin se sont mis ensemble, ils ont construit Marseille 2013 et après on a fait la métropole. Et on oubliera les conflits etc. C’est un récit qui donne à la culture une responsabilité. Il y a que la culture qui nous peut rassembler. Quand vous êtes extrêmement divers, soit vous êtes rassemblés par un projet, soit vous avez peur et vous vous affrontez. On est sur la ligne de bascule. Marseille 2013, cela peut peut-être nous amener un peu plus dans la bonne direction.
A Marseille, il y a deux villes.
Jean Viard, sociologue. 10/10/2013 - par Siegfried Forster écouter
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Le programme Marseille-Provence 2013
Le week-end d'ouverture de la Capitale européenne de la culture aura lieu ce 12 et 13 janvier.

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