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    France

    Militantes kurdes mortes à Paris: trois pistes pour un triple assassinat

    media Portrait de la militante kurde Sakine Cansiz, déposé en hommage au Centre culturel kurde de Paris après sa mort, le 10 janvier 2013. REUTERS/Charles Platiau

    Comment expliquer l'assassinat de trois activistes kurdes, retrouvées mortes dans la nuit du jeudi 10 janvier à l'intérieur des locaux du Centre d'information du Kurdistan à Paris ? Qui aurait eu intérêt à tuer ces militantes de la cause kurde ? Les spéculations vont bon train, contexte oblige. L'Etat turc est en effet en pleine négociation avec le PKK, mouvement auquel appartenait ces trois femmes, pour mettre fin à un conflit meurtrier qui dure depuis 30 ans.

    Sur les trois victimes retrouvées mortes dans la nuit de mercredi à jeudi, deux ont été tuées d'une balle dans la nuque, la troisième a été mortellement touchée au ventre et au front.

    Un voisin assure qu'il a entendu une détonation vers 18 heures mercredi.

    Autant d'éléments qui « laissent penser à une exécution », selon Frédéric Ploquin, journaliste à l’hebdomadaire Marianne, et spécialiste des questions du banditisme et du renseignement interrogé par RFI.

    Nom de code : « Sara »

    La personnalité des victimes vient renforcer la thèse du crime politique. A commencer par celle de Sakine Cansiz, cofondatrice du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui vivait à Paris depuis quelques années. Elle avait tout juste une vingtaine d'années quand, en 1978, elle avait contribué à la création du PKK avec un petit groupe de jeunes militants de gauche.

    Six ans plus tard, le mouvement avait pris les armes contre les forces d'Ankara, pour engager un très long conflit qui allait causer la mort de 45 000 personnes, dont une grande majorité de Kurdes. Par la suite, après sa sortie de prison en 1991, Sakine Cansiz, alias « Sara », avait pris une position importante au sein de l'organisation, relayant les messages en Europe.

    Acte insupportable

    Manuel Valls

    Ministre français de l'Intérieur

    10/01/2013 - par RFI Écouter

    Les deux autres victimes étaient elles aussi des activistes : Fidan Dogan, 32 ans, était l'une des représentantes de la diaspora kurde en Europe. Leyla Soylemez, une jeune militante d'une trentaine d'années, était considérée comme une future dirigeante du mouvement kurde en Turquie.

    « Tentative de sabotage »

    Le contexte conforte la piste politique. Ce triple crime intervient en effet au moment où des négociations ont lieu en Turquie, pour essayer trouver une solution politique au conflit kurde et mettre fin à la lutte armée qui dure depuis plus de 30 ans.

    Pour la première fois, des représentants de l’Etat, dont le chef des services de renseignement turc, ont même rencontré récemment le dirigeant du PKK, Abdullah Öcalan. Celui-ci, qui purge depuis 1999 une peine à perpétuité en Turquie, a également été autorisé à recevoir les dirigeants du principal parti kurde, à qui il aurait donné une série d’instructions en lien avec ce processus de normalisation.

    C'est horrible

    François Hollande

    Président de la République française

    10/01/2013 - par RFI Écouter

    La première réaction du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs été d'évoquer une « tentative de sabotage » par des milieux opposés à la résolution du conflit. L’enjeu est de taille pour le chef du gouvernement, qui aimerait obtenir le désarmement de la rébellion avant les élections de 2014.

    Loups gris

    Partant de là, les observateurs imaginent plusieurs hypothèses pour expliquer ce triple meurtre. Tout d'abord, il pourrait s'agir d'un règlement de compte interne à la communauté kurde. Certains évoquent des rivalités entre différents groupes kurdes à Paris.

    Pour d'autres, c'est le gouvernement turc lui-même qui, par l'entremise des services secrets, serait derrière ces assassinats. Le gouvernement aurait ainsi agi pour saboter les négociations débutées il y a quelques jours, et faire porter le chapeau sur les éléments les plus radicaux.

    Une troisième hypothèse évoque quant à elle une action du mouvement d'extrême droite turc les Loups gris. Un mouvement profondément hostile aux revendications des Kurdes.

    Autres pistes régionales

    Les commanditaires de ces assassinats peuvent aussi venir de pays limitrophes à la Turquie et qui sont concernés par la problématique kurde. On peut immédiatement écarter l’Irak, où l’administration régionale kurde a tout intérêt à voir le PKK faire la paix et se retirer de son territoire. Il n’en va, de toute évidence, pas de même pour la Syrie, mais le régime de Bachar el Assad n’a peut-être plus les moyens de mener une telle opération, ayant perdu le contrôle de « ses » Kurdes.

    Reste alors l’Iran, dont les relations avec la Turquie sont exécrables et qui a intérêt à maintenir l’instabilité dans la région. La disparition du PKK autonomiserait et renforcerait sa propre rébellion kurde, estiment certains analystes ; alors qu’en maintenant la menace du PKK contre Ankara, Téhéran prive la Turquie de la stabilité qui renforcerait son assise régionale -vieux ressort de la diplomatie moyen-orientale- et maintient ses propres Kurdes sous le boisseau. Enfin, la technique employée est tout-à-fait dans la tradition des assassinats politiques dont sont capables les services iraniens.

    L'affaire vue d'Ankara

    Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

    S'agit-il d'un « sabotage » des négociations de paix naissantes avec la rébellion ? Le terme revient dans tous les commentaires en Turquie, notamment dans les titres de la presse, qui s’attendait à ce genre de provocation. Le Premier ministre Erdogan a très prudemment recommandé d’attendre la fin de l’enquête avant de commenter, et rappelé sa détermination à lutter contre le terrorisme.

    Plus tôt, le vice-président de l'AKP - le parti au pouvoir - Hüseyin Çelik penchait pour un règlement de compte à l’intérieur de la rébellion, rappelant que « cela fait longtemps que le PKK pratique ce genre d’exécutions », et affirmant que « ce n’est pas la première fois que des négociations connaissent un coup d’arrêt provoqué par une escalade de la violence ». Une déclaration qui n’a pas plu du tout aux politiciens kurdes de Turquie, qui ont appelé le dirigeant à plus de mesure.

    Pour les députés kurdes du Parti pour la paix et la démocratie (BDP), le même terme de « sabotage » est pourtant employé : « c’est le processus des négociations qui était visé », dit par exemple Sirri Sakik. Mais l’accusation va dans l’autre sens : à mots couverts, le vice-président du parti Selahattin Demirtas désigne plutôt l’Etat turc, qui s’empresse, dit-il, de conclure à un règlement de compte interne pour mieux refermer le dossier.


    A ECOUTER SUR RFI

    A 2 heures du matin, les trois femmes sont retrouvées mortes. Aussitôt, l'information circule dans la communauté kurde de Paris, et un rassemblement devant le lieu des crimes se fait dès le petit matin.

    2 000 Franco-Turcs manifestent à Paris

    Reportage

    11/01/2013 - par Alexis Bedu Écouter

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