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«Dans la Brume», le coup de maître de Sergeï Loznitsa

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Deux résistants et un traitre dans une forêt de belles images. Voilà ce que nous offre Sergeï Loznitsa, réalisateur né en 1964 en Biélorussie (ex-URSS), élevé en Ukraine et installé aujourd'hui en Allemagne. Loznitsa situe son histoire en 1942. Un monde en crise et en guerre qui révèle et créé la nature de l’homme. En compétition officielle au Festival de Cannes, ce film magnifique et troublant avait reçu le Prix de la Critique internationale. Il sort ce mercredi 30 janvier en salles en France.

« Vous dites, c’est la guerre. Mais est-ce qu’un homme peut changer à ce point en un an et demi ? », demande-t-il aux deux résistants qui le veulent tuer pour une trahison qu’il n’a pas commise. Comme ses voisins, Souchénia a été torturé par les soldats de la Wehrmacht après un acte de sabotage commis par la résistance en Biélorussie. Les trois autres ont été pendus par les Allemands, lui, on l’a lâché, dans le seul but de servir d’appât à la milice.

« Occasion » ou « barbarie » ?

Le plan diabolique fonctionne. Souchénia devient le traître à abattre. Yoïtik et Bourov, deux résistants, sortent de leur cachette dans la forêt et se dirigent vers la maison de Souchénia. Ils se connaissent, ils ont grandi ensemble, mais la guerre a tout changé. Ils croient plus aux rumeurs des Allemands qu’aux propos de leur voisin. Ils emmènent Souchénia dans la forêt, sans oublier la pelle.

Bourov cherche un bon endroit pour « l’occasion ». Souchénia riposte : « C’est de la barbarie. » Mais l’exécution n’aura jamais lieu. Sergeï Loznitsa nous embarque dans une histoire sans issue, si ce n’est la mort et la question de la morale. Mais chacun des trois sera confronté à sa vérité : résistant, vengeur ou traître.
 
À visage découvert
 
Sergeï Loznitsa, réalisateur ukrainien et héritier de la grande tradition du cinéma russe, vit "là où je fais du cinéma". ARP Sélection
L’histoire de Sergeï Loznitsa déborde d’images qui respirent. Des tableaux composés de visages en gros plans : les soldats, les collaborateurs, les résistants, les femmes, les traîtres. La forêt marche aussi à visage découvert. Le paysage est sculpté et chargé d’émotion. La caméra ne tremble pas. Dans cette forêt, on ne se perd pas, on se trouve. C’est le miroir de leur cheminement intérieur.

« Je fais comment pour vivre ? » implore Loznitsa qui n'a pas fini de creuser son destin. Sous les arbres, l’homme est seul avec ses questions. Le film avance au pas des bottes dans les broussailles, sans aucune musique, seulement rythmé par le craquement des branches mortes. 
 
Dans la brume est redoutablement structuré. La symétrie des deux résistants dans le cadre qui ouvre l’histoire annonce déjà leur future déchirure. Ceux qui proclament des circonstances atténuantes au temps de guerre seront sans pitié renvoyés à des flash-back terribles. À la fin, il n’y a pas d’avenir, seulement la brume.

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