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    France

    Grégory Jarry et la «Petite histoire des colonies françaises»

    media Extrait de "Petite histoire des colonies françaises", tome 5 : "Les immigrés". Une bande dessinée de Grégory Jarry et Otto T. Editions FLBLB. flblb.com

    Le premier album a été récompensé au festival d’Angoulême 2007 par le prix Tournesol. Dans Les Immigrés, le cinquième tome de cette série, Grégory Jarry nous raconte le processus de la colonisation, de la décolonisation et ses conséquences. Les dessins sont signés Otto T. Entretien avec Grégory Jarry.

    Pourquoi avez-vous eu l’envie de vous attaquer à ce sujet ?

    Dans ma famille, il y a une personne qui a fait la guerre d’Algérie, qui m’a beaucoup marqué. A un moment donné, j’ai eu envie de raconter l’histoire de la guerre d’Algérie de cette manière-là. Et puis je me suis dit : si je fais un livre sur la guerre d’Algérie, il faut que je raconte la colonisation de l’Algérie. Donc, il faut que je parle de 1830, de l’armée française qui débarque en Algérie. Et si je raconte cela, il faut aussi que je parle de la rivalité franco-anglaise. De fil en aiguille, je me suis dit : il faut que je raconte toute l’histoire de la colonisation, y compris l’histoire de l’Amérique française. C’est comme cela qu’on est parti à raconter, sur cinq volumes, sur presque mille pages, la petite histoire des colonies françaises.

    Le ton est assez grinçant. Vous ne faites pas forcément un travail d’historien – mais vous vous appuyez sur des choses extrêmement sérieuses. A la fin de chaque tome, il y a une bibliographie. Donc, on peut retrouver vos sources ?

    Ce sont des livres de vulgarisation de l’histoire de la colonisation. En même temps, il y a cette mise à distance par l’humour. Effectivement, pour pouvoir en rire, je suis obligé de ne pas dire de bêtises, que je me documente très bien.

    Vous avez choisi de présenter l’histoire, et de nous la faire présenter par le général de Gaulle pour le premier tome, qui est représenté par une grosse boule avec des bras et des jambes, et aussi un képi et une canne. C’est un général de Gaulle assez vieillissant, de la décolonisation et de la guerre d’Algérie. Dans le dernier tome, on retrouve François Mitterrand avec son chapeau noir. Pourquoi est-ce que vous avez choisi ce prisme politique ?
     
    D’abord, parce que ce sont des personnalités qui ont participé à l’histoire de la décolonisation. Pour nous, ces personnages sont un peu des grosses patates. Ce ne sont pas des portraits de François Mitterrand ou du général de Gaulle. C’est plus symboliquement, ce qu’ils représentent, des espèces de papys vieillissants, qui ne semblent pas du tout dangereux et qui ont fait plein de belles choses dans leur vie, et qui vont nous raconter une histoire absolument horrible. Le fait de les représenter de cette manière-là, c’est une manière de les rendre sympathiques et de pouvoir accepter plus facilement ce qu’ils ont à nous raconter. Du coup, cela met de la distance et de l’ironie par rapport à ce qui va être raconté.
     
    Il y a une vraie dimension militante dans cette série ?
     
    Il y a une dimension assez militante, à la fois de vulgarisation, et militante, en tout cas dans le sens où je ne suis pas un pro de la colonisation. Vous l’aurez compris.
     
    Est-ce que vous avez rencontré d’anciens colonisateurs, des politiques, et puis d’anciens colonisés pour pouvoir réaliser ce livre ?
     
    Pas vraiment. Je me suis davantage documenté dans la bibliothèque.
     
    On parlait tout à l’heure de la volonté de franciser les colonies, du choc culturel que la colonisation également a été.
     
    Oui, j’ai voulu aussi montrer cela. Ce passage, en particulier, je l’aime beaucoup parce qu’il n’est pas du tout connu en France. La révolte en Centrafrique, la révolte au Congo. On montre que même en Afrique, avec des sagaies et des pagnes, les gens se sont révoltés contre les Français. Avec des moyens dérisoires, ils ont quand même réussi à faire trembler l’armée française sur place, de les obliger de faire appel à la troupe, de voter des nouveaux crédits à l’Assemblée nationale à l’époque, pour envoyer des militaires qui ont complètement écrasé cette révolte. Une révolte qui a quand même duré trois ou quatre ans et qui a mobilisé pas loin de 500 000 personnes.
     

    _______________________________
    Grégory Jarry : La petite histoire des colonies françaises. Tome 5 : Les immigrés. Editions FLBLB, 128 pages, 13 euros.

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