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    France

    France : des enquêteurs allemands à Oradour-sur-Glane

    media Les enquêteurs allemands (à gauche), le substitut du procureur de Dortmund (3e g.), le maire d’Oradour-sur-Glane, Raymond Frugier (3e d.) et l’historien Pascal Plas (2e d.) dans la rue principale d’Oradour-sur-Glane. AFP / Lachenaud

    Près de 70 ans après le pire massacre perpétré par l’armée nazie en France, des représentants de la justice allemande viennent de se rendre dans le village détruit en juin 1944 par un régiment SS. Des révélations récentes sur la participation de soldats encore vivants expliquent cette démarche tardive.

    De notre correspondant à Berlin

    Les alliés avaient débarqué quatre jours plus tôt sur les plages de Normandie. Dans le reste de la France, l’occupant nazi était sur la défensive confronté notamment à une résistance de plus en plus agressive.

    642 personnes tuées

    Dans le Limousin, le responsable du haut-commandement régional de la Sûreté à Limoges et son adjoint sont assassinés par la Résistance. Les chars de la Waffen SS qui remontent vers la Normandie s’arrêtent le 10 juin dans un petit bourg à vingt kilomètres de Limoges, Oradour-sur-Glane et encerclent le village à la mi-journée. Environ 150 soldats participent à l’opération. L’ordre est donné de supprimer tous les habitants sans exception. 200 hommes sont abattus. Les femmes et les enfants sont enfermés dans l’Eglise à laquelle les soldats allemands mettent le feu. Le reste du village est également incendié. 642 personnes dont 247 enfants trouvent la mort dans le pire massacre contre la population civile commis par l’armée allemande en France durant la seconde guerre mondiale. Seules six personnes survivent à l’opération. Après la guerre, Oradour détruit devient un mémorial. Un nouveau village sera construit près de là.

    Des soldats jugés en 1953

    Différentes enquêtes seront menées en Allemagne mais seront finalement classées faute de preuves. En France, un tribunal militaire juge 21 soldats en 1953 pour leur participation présumée au massacre. Parmi eux figurent 14 Français d’Alsace enrôlés de force dans l’armée nazis et sept Allemands. Des condamnations à mort sont prononcées puis commuées. Les Français sont amnistiés au nom de la réconciliation nationale. Les Alsaciens prennent la défense de« leurs » condamnés. Leur amnistie suscite l’incompréhension en revanche dans le Limousin. L’Allemagne refuse d’extrader ses citoyens condamnés par contumace.

    Le massacre d’Oradour connaîtra une retombée judiciaire trente ans plus tard en Allemagne de l’Est. Condamné à mort par contumace à Bordeaux, Heinz Barth s’était réfugié en RDA où son passé est découvert sur le tard. Il est condamné à la perpétuité en 1983 et libéré en 1997.

    Six suspects après la découverte d'une enquête de la Stasi

    C’est d’ailleurs indirectement la RDA qui explique le rebondissement actuel. Un historien a découvert en 2010 un document tiré d’une enquête de la Stasi, la police politique du régime est-allemand. Ce document implique six suspects aujourd’hui octogénaires. Trois de ses personnes ne peuvent plus être poursuivies en raison de leur état de santé. L’ouverture d’un procès contre les trois autres est loin d’être assurée.

    Des représentants de la justice allemande spécialisée dans la répression de ces crimes de guerre –ils ne sont pas prescrits en RFA contrairement à la France- ont décidé de se rendre à Oradour il y a quelques jours. Il ne s’agit pas après près de 70 ans de trouver des preuves concrètes mais plutôt de vérifier la véracité de certains témoignages, en fonction par exemple de l’emplacement où se trouvaient les acteurs du massacre le 10 juin 1944.

    La première démarche du genre de la justice allemande

    Cette démarche, la première du genre de la justice allemande depuis la guerre, a été accueillie favorablement par la fédération française des internés, déportés, résistants et patriotes qui a parlé d’un « geste fort ».

    Les juristes allemands de Dortmund chargés des enquêtes contre les derniers auteurs encore vivants de crimes de guerre nazis s’étaient déplacé en 2008 sur le lieu d’un autre massacre commis en France par l’armée allemande en août 1944 à Maillé près de Tours lors duquel 124 habitants avaient été tués.

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