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«Wayang Kulit», un jeu d’ombres avec notre imaginaire
Quand des ombres créent notre monde… Le Festival de l’imaginaire présente le spectaculaire Wayang Kulit, l’art indonésien le plus ancien et le plus populaire, à vivre en urgence jusqu’à ce samedi 23 mars au Théâtre du Soleil à Paris. Habité d’un héritage millénaire et d’actualité, ce théâtre d’ombres de l’île de Java est un art complet qui nous rappelle l’émotion du cinéma muet, l’âme magique des marionnettes, la volupté folle de l’opéra. Reportage.
La salle du spectacle se remplit gentiment, des enfants s’impatientent déjà, leurs parents, le programme dans les mains, révisent encore les mythes et légendes millénaires venus de loin pour titiller nos imaginaires. C’est une version familiale du wayang kulit qui se déroule ce mercredi après-midi dans les lieux mythiques du Théâtre du Soleil à Paris.
Discrètement, vêtue en costumes traditionnels verts, la troupe indonésienne fait son apparition sur la large scène, avant de disparaître à nouveau derrière l’écran, un simple drap blanc tendu qui domine la scène. Sur cette toile de coton sont projetées les ombres poétiques de ces figurines plates en cuir finement ciselé qui caractérisent la beauté formelle de ce théâtre d’ombres indonésien. La magie opère naturellement à travers de ces personnages qui bougent, flottent et sautent avec une simplicité, rapidité et efficacité époustouflantes. Elles racontent Le voyage spirituel de Bima, un garçon épris de vérité, qui veut améliorer le monde et se heurtera aux jalousies terrestres.
L'exploit du dalang
L’écran, chichement illuminé par une petite lampe, est le centre de cet art javanais, mais le cœur du wayang kulit se trouve derrière. C’est le dalang, cet homme-orchestre sans égal, ce manipulateur de figurines qui chante, rit, pleure, s’extasie et raconte tout seul ce récit initiatique d’après l’épopée du Mahâbhârata qui se déroule sous nos yeux. Il faut l’avoir vu et entendu, avec ses colères homériques, ses tirades savantes, son humour inattendu, ses épopées improvisées et imprégnées de faits d’actualités, pour mesurer l’exploit du dalang. Car cela peut durer une nuit entière, comme ce samedi 23 mars, ou juste deux heures pour cette version « soft » présentée cet après-midi, une concession au public occidental et familial, peu habitué aux excès théâtraux.
« Le dalang est quelqu’un d’extraordinaire, explique Rahayu Supanggah, directeur musical du spectacle et lui-même né dans une famille de dalang. Il doit non seulement savoir animer les marionnettes, il doit savoir chanter, raconter une histoire, il faut qu’il soit drôle également. A l’époque, seulement les enfants de dalangs devenaient dalang. De nos jours, on peut apprendre à devenir dalang, il existe un conservatoire avec une formation qui s’effectue en cinq ans. Néanmoins, il ne demeure pas moins que les apprentis dalang doivent se soumettre sous la tutelle d’un dalang connu, car la formation d’un conservatoire n’est pas suffisante, au terme de temps notamment. »
Suppanggha, maître du wayang kulit et pionnier de la musique contemporaine
Les figurines (jusqu’à une centaine par spectacle !) fascinent autant que le gamelan, cet ensemble d’instruments à percussion spectaculaires qui font corps avec l’histoire racontée. Ils sont situés derrière le dalang Purbo Asmoro et manipulés par une douzaine de musiciens qui composent aussi le chœur. Et il y a cette voix tour à tour suave, sensuelle ou stridente de la chanteuse qui transperce ces histoires centenaires racontées par cette tradition millénaire javanaise. Quant à Supanggah, il a travaillé aussi avec Peter Brook et Bob Wilson, car ce maître du wayang kulit est également l’un des pionniers de la musique contemporaine en Indonésie. Une contradiction ? « En Indonésie, les termes « contemporain », « traditionnel », « moderne » etc. ne sont pas réellement d’actualité, explique-t-il. Un musicien, un artiste, peut très bien faire du contemporain et faire du traditionnel tout en étant complètement cohérent, on est dans une même mouvance. En ce qui concerne le wayang qu’on vient de voir, on ne peut dire non plus si c’est contemporain ou pas, même si cela l’est quelque part, dans la mesure qu’on est passé d’une nuit entière à deux heures ou qu’il y a plusieurs genres musicaux qui se côtoient dans ce spectacle : du populaire, du moderne, un peu de contemporain également. »
Le public peut réagir comme il l’entend et librement circuler afin de découvrir le mystère et la magie qui opère aussi derrière cet écran qui nous s’offre comme une porte d’entrée pour accéder à notre imaginaire.
![]() Rahayu Supanggah, né dans une famille dalang, musicien, compositeur, musicologue et l’un des pionniers de la musique contemporaine en Indonésie. Siegfried Forster / RFI |
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Wayang Kulit, théâtre d’ombres de l’île de Java, spectacle surtitré en français et en anglais, du 20 au 23 mars. L’histoire de Dewa Ruci, spectacle de deux heures et L’Histoire de Brubuh Astina, spectacle pour une nuit entière, le samedi 23 mars. Restauration sur place, avant et après le spectacle. Lieu : Théâtre du Soleil, Paris. Renseignements et location : 01 45 44 72 30.

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