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«Un cinéma neuf» au Festival international de films de femmes

Jusqu’au 31 mars, le Festival international de films de femmes de Créteil explore les nouvelles formes du féminisme, se consacre aux bonnes avec un remue-ménage en images et présente 42 films en compétition sur plus de 1200 films visionnés. Entretien avec Jackie Buet, directrice et fondatrice du festival.
Est-ce qu’il y a un cinéma de femmes ? C’est quoi un film de femmes ?
En réalité, l’existence du festival et sa mission c’est plutôt d’offrir une vitrine pour la visibilité des réalisatrices. C’est ce qui leur manque. Ce n’est pas le désir de faire des films, que nous allons créer chez elles – quoi qu’on soutienne, bien sûr, leurs projets – mais c’est leur donner une plateforme de visibilité, un moyen de rencontrer leur public. Et comme il s’agit d’un cinéma neuf, on peut le dire – parce que, à part d’Agnès Varda, qui a tout de suite démarré après-guerre comme pionnière, on peut considérer que le cinéma des réalisatrices est assez nouveau, il n’est pas encore très installé dans la place, il n’est pas encore bien reconnu – donc, on est un lieu de rencontres, de visibilité, de soutien.
Caractériser un film de «film de femmes» est-ce péjoratif ?
Oui, ça l’est pour l’extérieur. C'est-à-dire que ça devient un label un peu enfermant, alors que ce n’est pas du tout le désir du festival. C’était plutôt de positiver le féminin, la démarche des femmes dans un univers à la fois entre l’art et l’industrie, entre l’art et le commerce. Et c’est vrai que la voie n’est pas facile à trouver.Bon… il y a des grandes réalisatrices. En France, heureusement, on est un pays somme toute avec à peu près 20 % de femmes réalisatrices, ce qui est exceptionnel dans le monde, parce que même aux Etats-Unis, je crois qu’elles sont à peine 5 %.
Donc, les statistiques disent quand même une réalité difficile. Maintenant, l’écriture, c’est une autre chose. C'est-à-dire que cette dimension créative, je crois qu’elle est en train de trouver des voies d’éclaircissement à travers toutes les études sur le genre, d’ailleurs très mal développé chez nous, mais bien mieux développé dans les pays anglo-saxons. Et la notion de « féminin-masculin » devrait ne pas être attribuée forcément à un sexe en particulier, mais se partager.
Aujourd’hui, quand on est une femme, on a plus de mal dans le cinéma que quand on est un homme ? A la 35e édition, est-ce que ca va de mieux en mieux ?
Eh bien, pas forcément, justement. Il peut y avoir des régressions, malheureusement. C’est ça le problème. C’est qu’il y a eu, peut-être, des années un peu plus favorables et quand l’économie va mal, les femmes sont quand même souvent touchées en premier.
Est-ce le cas en ce moment ?
C’est le cas en ce moment. C’est vrai que les réalisatrices, majoritairement, mettent en scène des héroïnes femmes, au centre de leurs récits. Porter une femme à l’écran, dans des facettes inaccoutumées comme l’avait fait d’ailleurs Chantal Akerman, en mettant Delphine Seyrig [en 1975, dans Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, ndlr], qui était une grande actrice, dans une cuisine, en temps réel, pelant ses pommes de terre, tout d’un coup la hiérarchie des images est échangée. Et on voyait une grande actrice interpréter le rôle d’une femme simple et populaire.
D’ailleurs, cette année, c’est une femme qui passe l’aspirateur à l’affiche du festival.
On s’est amusés à travailler autour de la notion de « ménage », « femme de ménage ». Je pense que ça fait partie de l’image des femmes invisibles, c'est-à-dire celles qui travaillent dans l’ombre, qui sont souvent mal récompensées d’ailleurs, de leur travail, puisque généralement il n’est même pas rémunéré, quand la femme est au foyer. On a voulu un peu mettre en avant ces personnages de femmes toujours à l’arrière-plan. On a choisi aussi de reprendre des films comme celui de Luis Buñuel, Le Journal d’une femme de chambre, avec La Servante, de Kim Ki-Young, un film d’un grand réalisateur coréen, pour montrer un petit peu la balance entre là où les femmes plaçaient leurs personnages et là où les réalisateurs plaçaient les leurs. Et c’est assez intéressant. Mais c’est un travail de défrichage en fait. Il faut comprendre les choses, il faut analyser la place des images dans notre société. En tout cas, les jeunes filles d’aujourd’hui ont besoin de se projeter dans des images de femmes un peu variées et riches.
C’est l’actrice Jeanne Balibar qui est votre invitée d’honneur cette année. Pourquoi elle ?
Jeanne Balibar représente à la fois une image d’actrice talentueuse, avec une présence à l’image très forte, et en même temps quelqu’un qui mène une réflexion, qui peut nous amener à réfléchir aussi sur l’image qu’elle représente. Elle a ouvert le festival avec A l’âge d’Ellen, le film d’une jeune réalisatrice allemande. Ce film de Pia Maris était sorti un peu confidentiellement en France. Je crois qu’il mérite vraiment une place différente. Voilà ce qu’on fait. On essaie de rétablir un peu l’équilibre.
C’est un festival international, une dimension qui a grandi.
Cette année, dans la section « Les Bonnes », j’ai repris un film d’une réalisatrice sénégalaise – j’en profite parce qu’on est sur RFI – qui s’appelle Khady Sylla, que j’adore, qui est vraiment très talentueuse, qui a très peu de moyens pour travailler. Et elle a fait un magnifique film qui s’appelle « Le Monologue de la muette », qui met en scène des petites bonnes à Dakar, qui à un moment, se révoltent contre leurs patronnes. Et là, il y a un duel entre le dominant et le dominé. C'est-à-dire que le dominant peut être une femme aussi, si c’est la patronne. Et c’est vraiment passionnant ! Il y a une slameuse qui prend la parole et qui dit le contenu de leur pensée. C’est un très beau film !
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Le 35e Festival de films de femmes de Créteil, du 22 au 31 mars.

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