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    En France, les anti-mariage pour tous durcissent leurs actions

    media Manifestation contre le mariage homosexuel, à Lyon, le 23 octobre 2012. REUTERS/Robert Pratta

    Les adversaires du mariage homosexuel ne lâchent pas l’affaire. Alors que le Sénat examine le texte du projet de loi sur le « mariage pour tous » jusqu’à la fin de la semaine, les opposants les plus acharnés multiplient les actions. Après les manifestations de masse, l’heure est maintenant aux opérations de harcèlement contre les élus de gauche mais aussi de droite qui se sont prononcés en faveur du mariage gay.

    Dernier élu à faire les frais des actions des antimariages pour tous : le député socialiste Erwann Binet. L’élu qui est aussi rapporteur du projet de loi sur le mariage homosexuel, a annoncé, samedi 6 avril, qu’il renonçait à participer à un débat à l’Institut d’études politiques de Grenoble prévu lundi, ainsi qu’à deux autres conférences prévues en région parisienne. 

    L’extrême droite et les Bisounours 

    Sa décision intervient après qu’il ait dû interrompre une intervention, vendredi 5 avril, à la faculté de droit de Saint-Etienne. Motif : la présence dans la salle d’une majorité de personnes défavorables au projet de mariage pour tous qui ont copieusement chahuté le député. Dès son arrivée dans la salle, Erwann Binet s’est fait siffler alors que fusaient les slogans tels que « La France aux Français » ou encore « Hollande démission ».

    Le rapporteur de la loi et les organisateurs ont alors décidé d’annuler la rencontre. C’est la deuxième fois qu’Erwann Binet est empêché d’intervenir par des « opposants violents » : le 26 mars déjà, à l’université de Saint Quentin-en-Yvelines, il avait dû quitter un débat sous protection policière. 

    Selon le député, cinq ou six personnes dans l’assistance présente à Saint-Etienne, appartenaient aux Jeunesses nationalistes, un groupuscule d’extrême droite, dont le leader, Alexandre Gabriac, a été exclu du Front national en 2011 après avoir été photographié faisant le salut nazi. Indigné, Erwann Binet, a appelé « les opposants qui se sont retrouvés pris en otages par des fous d’extrême droite, à se reprendre en main », insistant sur le fait qu’« il était irresponsable d’amener des enfants à ce genre de débat ».

    Depuis le début de la fronde des opposants au mariage homosexuel, le ton a changé. Une radicalisation dans les propos comme on l’a vu à Saint-Etienne comme dans les actions. Rassemblés au départ sous la bannière de La manif pour tous avec comme figure de proue, l’improbable Frigide Barjot, les adversaires les plus farouches au mariage gay disent ne plus s’y reconnaître. Ainsi, Béatrice Bourges l’égérie du « Printemps français » créé le 25 mars et ex-numéro deux de La manif pour tous, rejette-t-elle avec force la ligne « Bisounours » adoptée par le mouvement de Frigide Barjot.

    Radicalisation

    Une ligne favorable aux actions coup de poing voit le jour comme le montre l’attaque vendredi dernier d’une permanence parisienne du Parti socialiste. Samedi, la sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Esther Benbassa a la mauvaise surprise de découvrir sa voiture vandalisée devant son domicile parisien du XIe arrondissement.

    Comme d’autres, cette élue a aussi reçu des menaces par téléphone, mails et lettres. Les adeptes du harcèlement frappent d’ailleurs tous azimuts à chaque déplacement d’élu.

    François Hollande en a fait les frais ce samedi à Tulle où quelques dizaines d’opposants le guettaient aux cris de « L’enfant n’est pas un droit », « Touche pas au mariage, occupe-toi du chômage »… Avant lui, les ministres Christiane Taubira (Justice), Dominique Bertinotti (Famille) et Manuels Valls (Intérieur) ont eu aussi leurs comités d’accueil bien particuliers alors que la sénatrice UDI, Chantal Jouanno, était réveillée en fanfare jeudi à l'aube.
     

    En rupture de ban avec les opposants d’origine jugés trop « gentils », des militants en appellent à la radicalisation. Ainsi La manif partout, émergence de La manif pour tous, propose « une action par jour pour faire tomber la loi Taubira ». Mettant les enfants en première ligne, le collectif suggère de leur faire représenter une famille « papa-maman-enfant » et d’envoyer le dessin au président de la République. Il est question aussi de manifester chaque jour « à midi pile au volant de sa voiture en klaxonnant au rythme de "Taubira, ta loi, on n'en veut pas" pendant 3 minutes. Vous pouvez également le faire depuis chez vous » (sic)... suggère le collectif.

    Prières de rue

    Craignant des débordements, le député UMP Hervé Mariton qui est un soutien actif des antimariages pour tous, a jugé nécessaire de préciser qu’il n’encourageait « pas le franchissement de la légalité » mais tout en reconnaissant qu’« à un moment, l’intensité des revendications peut dépasser les règles du jeu démocratique et notre capacité à contenir le débat ».

    Par ailleurs, appelant à « une sainte colère » contre le mariage gay, les militants de Civitas, des catholiques intégristes, promettent de « mener la vie dure » aux promoteurs du projet de loi et « de harceler ceux qui voteront en faveur du texte ».

    En attendant, les troupes de Civitas font des « prières de rue », agenouillées sur le pavé, devant le Sénat, histoire de maintenir la pression autour des débats qui s’y déroulent. Ces manifestations ont particulièrement agacé le sénateur socialiste de Mayotte, Thani Mohamed Soilihi qui a tenu à rappeler que les « prières de rue sont interdites » depuis 2011 tout en insistant sur le fait que « cette interdiction ne saurait s’appliquer qu’aux seuls musulmans ».

     

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