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    «Dynamo», sous les flashes de l'art abstrait

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    C'est une convulsion artistique en lumières. La totalité des galeries du Grand Palais sont déclarées « zone sensible » entre le 10 avril jusqu’au 22 juillet 2013. En cause : les expériences très intenses que procure l’exposition « Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement dans l’art, 1913-2013 ». L’art abstrait, né avec Delaunay, Kupka, Mondrian, comment a-t-il utilisé la lumière et mis au service de l’art le mouvement ? La plus grande exposition d’art abstrait jamais réalisée donne une réponse.

    « Un voyage vertigineux », « mes yeux », « une interaction physique avec les œuvres », « ludique, psychédélique, hypnotique, magnifique »… Les premières réactions des visiteurs en disent long sur le courant que Dynamo fait passer au public. Attendez-vous à une charge électrique et artistique. Le parcours sur 3700 mètres carrés tape autant sur l’œil qu’il bouleverse la perception. Au cœur de l’exposition n’est pas l’œuvre, mais le phénomène qu’elle dégage et l’expérience qu’elle provoque chez nous.

    L'œuvre prend le dessus
     
    « Le concept de l’immersion est crucial, explique le commissaire Matthieu Poirier. Plus le temps passe, plus les artistes oublient l’objet et créent une œuvre qui va nous submerger. On n’est plus devant une sculpture laquelle on regarde à distance comme un objet d’étude scientifique. On est englobé par elle et c’est finalement tout le projet de la peinture du 20e siècle, depuis Les Nymphéas de Monet en passant par les tableaux de Rothko qui sont des submergés de champs de vision, comme les Pénétrables de Soto ou les brouillards chromatiques d’Ann Veronica Janssens. On est pris par l’œuvre, englobé par elle. D’une certaine manière, elle prend le dessus. »
     
    "Pénétrable BBL Bleu" (1999). Installation de Jesus Rafael Soto, exposée dans le cadre de "Dynamo" au Grand Palais. Siegfried Forster / RFI
    Dans l’exposition, vous n’avez qu’à bien vous tenir. La descente en lumière et mouvement commence avec Voltes III (2004) de John Armleder, une sorte de rideau en néons blancs qui s’ouvre, se referme, s’ouvre, se referme. Rentrent alors en scène les soucoupes polies en aluminium laqué de l’artiste indien Anish Kapoor. Elles captent volontiers la lumière pour chambouler nos silhouettes et les propulser devant la porte infernale Light Corner (2006). Un coin de lumière de Carsten Höller avec des centaines d’ampoules électriques qui flashent sans arrêt, flagellent notre sens visuel, amplifié par un générateur de fréquences et de sons qui matraquent nos oreilles et nerfs. L’expérience est parfois éprouvante, admet Matthieu Poirier : « Cela fait partie du projet de ces artistes, et on ne voulait pas le nier. Leur projet est d’explorer les seuils et les limites de la vision. On n’est pas dans le pré carré de ce à quoi l’œil accède normalement. »
     
    François Morellet et Julio Le Parc
     
    Heureusement, il y a aussi des tonalités plus douces, comme l’installation poétique de François Morellet, âgé de 87 ans. Triple X Neonly (2012), de l’artiste toujours avant-garde, nous berce et transperce avec des tubes de néon bleu. L’autre grand maître très présent dans l’exposition est Julio Le Parc, né en 1928. L'Argentin ne se contente pas de sa grande rétrospective au Palais de Tokyo. Ici, il nous fait balader et rêver avec son Cloison à lames réfléchissant de 1966. Dès qu’on bouge un tout petit peu, le tableau ne cesse de se transformer sur notre rétine.
     
    "Triple X Neonly" (2012). Installation de François Morellet, exposée dans le cadre de "Dynamo" au Grand Palais. Siegfried Forster / RFI
    Jean Tinguely résume parfaitement la situation : « L’unique chose stable c’est le mouvement, partout et toujours ». L’expérience continue avec une « black box » transformée en chambre de tubes fluorescents, Diurne/Nocturne (2013), de Philippe Rahm. Et ce n’est pas The Flicker de Tony Conrad qui contredira. Son installation de 1966 nous inflige un soufflet à la hauteur de la question centrale de l’exposition, la lumière et le mouvement. L’image parfaitement vide projetée sur le mur se moque de nous, renforcée par le ricanement de la pellicule qui tourne dans le projecteur. Autre réminiscence à la force du cinéma : la bande magnétique qui flotte en boucle, soufflée par deux ventilateurs chez Zilvinas Kempinas, Beyond the Fans (2013). Quant aux prémices de notre époque pixellisée, il y a les œuvres de François Morellet, précurseur incontesté du langage binaire, et aussi Dot (1956-1962), un point projeté qui bouge beaucoup, mais n’avance pas, de Dieter Roth.

    Quand l'art jette le trouble
     
    Faisceau lumineux, vibrations, immersion, distorsion… c’est l’art qui vous touche malgré vous et vous invite à participer et pénétrer pour déceler (naturellement en vain) l’énigme. Le labyrinthe Invisible life (2000), doté de miroirs acryliques, jette le trouble. Le Pénétrable BBL Bleu (1999) de Jesus Rafael Soto nous rappelle l’instabilité du réel. L’artiste vénézuélien avait participé à l’exposition fondatrice de 1955, Le Mouvement, dans une galerie parisienne. « Elle réunit, pour la première fois, des artistes d’origines très diverses, par exemple Jesus Rafael Soto, très marqué par Mondrian et Malevitch, et le Suisse Jean Tinguely, explique Serge Lemoine, le commissaire général de l’exposition. Il y avait quelque chose de nouveau dans l’art qui n’était pas la sculpture, qui n’était pas la peinture, qui était abstrait. Elle montrait comment on pouvait intégrer véritablement le mouvement pour en faire le sujet de la création. » Aujourd’hui, c’est l’artiste belge Ann Veronica Janssen, née en 1956, qui nous met à porte-à-faux avec ses espaces remplis de brouillards colorés, de nuées rendues complètement impalpable et immatérielle.
     
    Cliquer sur « télécharger » pour écouter Serge Lemoine, commissaire général de "Dynamo" au Grand Palais. 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    Après nous avoir déstabilisés à outrance, le parcours nous accorde une plongée dans l’époque des pionniers de cet art qui commence avant la Grande Guerre. Pour nous rincer l’œil, il y a des œuvres révolutionnaires qui nous semblent aujourd’hui calmes et méditatives : dans sa peinture si ordonnée Formes circulaires, Soleil n°2, 1912-13, Robert Delaunay traduit à la fois la lumière, imite le soleil et introduit le mouvement. Quant à Marcel Duchamp, il suscite le mouvement réel à l’aide d’une machine dans sa Rotative de 1920. Le triptyque abstrait, silencieux et cinématographique en 35 mm, Rhythmus 21 (1921-1924), de Hans Richter, nous laisse littéralement sans voix. Il avait trouvé le moyen de dématérialiser la peinture en faisant dérouler des images dans le temps. Et Les trois soleils jaunes (1955) de Calder nous renvoie aux premières sculptures abstraites et animées de l’artiste, précurseur dans l’art lumino-cinétique dont on vient de vivre l’histoire et « subir » les œuvres les plus récentes. Félix Dynamo.
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    Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement dans l’art, 1913-2013, du 10 avril jusqu’au 22 juillet au Grand Palais, Paris.
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