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Ron Mueck, vraiment ?
L’artiste ne donne pas d’interviews. Et cela depuis toujours. Alors, débrouillons-nous tout seuls pour faire parler ses œuvres – ou est-ce l’inverse ? Voilà, le trouble s’installe, nos petites certitudes s’estompent. L’exposition Ron Mueck présente une dizaine de ces créations hyperréalistes qui nous perturbent autant, dont trois sculptures en première mondiale. Une visite en avant-première avant l’ouverture ce mardi 16 avril à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris.
Ron Mueck aime s’approprier le réel. À l’entrée de la Fondation Cartier, au centre de la grande pièce vitrée, c’est un vieux couple sous un parasol coloré qui fait dilater nos pupilles. Couple Under An Umbrella est l’une des trois œuvres exposées en première mondiale. L’homme en bermudas carrés, elle en maillot de bain bleu, quoi de plus banal ? La restitution de la scène est tellement hyperréaliste que Mueck insuffle la vie à ses personnages : des cheveux décoiffés passant par les varices, les orteils courbés, le geste tendre derrière le dos jusqu’à la texture de la peau, tout est plus vrai que nature. On les croit entendre respirer, chuchoter, échanger des silences, réagir au monde qui les entoure.
Du Muppet Show au Dead Dad
Ron Mueck est né en 1958 à Melbourne. Sa passion pour les univers miniaturisés vient de ses parents. Son père était un fabricant de jouets en bois, sa mère a construit des poupées en chiffons. Après avoir réussi à se faire un nom en Australie, aux États-Unis et en Royaume-Uni comme constructeur de marionnettes pour la télévision et le cinéma, Ron Mueck a fait son apprentissage chez Jim Henson et son célèbre Muppet Show. Son penchant pour les sujets morbides était dès le début présent dans son œuvre. Une de ses premières sculptures, il l’avait faite après avoir manqué l’enterrement de son père : Dead Dad (« Père mort », 1997), une représentation du corps de son père dans une version hyperréaliste et miniaturisée. Exposée lors de l’exposition Sensation à la Royal Academy of Arts, Mueck a créé le buzz avec cette sculpture de 1,10 mètre. Depuis, ses créations, toujours trop petites ou trop grandes - Garçon, présenté lors de la Biennale de Venise en 2001, fait cinq mètres de haut -, tournent au monde entier.
Gonfler le réel
Ces sculptures hyperréalistes ne sont pas issues d’un ordinateur, mais de son petit atelier de 80 mètres carrés dans le nord de Londres. Fabriquées à l’ancienne, le sculpteur met la main à la pâte, fabrique des silhouettes en terre, les lisse avec une éponge, crée un moule pour y couler la résine polyester. Les doigts de l’artiste ne sont pas remplacés par la souris d’une machine. Le résultat de ces centaines de processus enchaînés, ce sont des personnages à la fois hyperréalistes et loin du réel qui imitent notre corps humain à la perfection et même au-delà. Mueck gonfle le réel et insuffle la vie à ses créatures. La jeune femme avec ses deux sacs orange en plastique (Woman With Shopping, 2013), quelle tristesse dans les yeux ! Le tout petit bébé, coincé entre les seins et le manteau gris de la femme semble voué à un monde en déperdition. Et le nouveau-né la regarde avec les yeux grands ouverts qui expriment plus la frayeur que l’amour. Également inspiré par une scène de rue tout à fait banale, Young Couple (2013). Le jeune couple en taille réduite nous semble tendre et amoureux dans son habit d’été. Mais il y a un petit détail, le poignet agrippé par le jeune homme nous laisse douter s’il ne s’agit pas plutôt de la gentillesse d’un tueur en série.
L'humain débordé
L’artiste ne délivre aucune définition de ses œuvres, par contre chaque interprétation est admise : alors on vit l’odyssée de l’humanité avec Man In A Boat, on pense aux allusions aux anciens maîtres avec le jeune homme blessé sous la poitrine (Youth) et à une parodie de la religion avec Drift, cet homme en lunettes noires, dérivant sur un matelas gonflable. Mask II paraît comme un autoportrait avorté et la nature morte Still Life sous forme d’un gigantesque poulet plumé comme un cri contre la terreur de la grippe aviaire. L’hyperréalisme de ses sculptures est resté le même depuis vingt ans, mais comme la société a changé, les œuvres de Ron Mueck deviennent de plus en plus réelles. Bref, à une époque où la série Real Humans fait un carton sur Arte, ce possible futur de robots humains existe depuis toujours chez l’artiste australien. Face à ces créatures hyperréalistes pour qui on se prend d’affection, l’humain est débordé.
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Ron Mueck, exposition à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, du 16 avril jusqu’au 29 septembre.

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