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Article publié le : vendredi 26 juillet 2013 à 18:28 - Dernière modification le : vendredi 26 juillet 2013 à 18:30

Frédéric Angleviel sur RFI: «Il y a la volonté de la part de l’Etat de discussions et de continuité en Nouvelle-Calédonie»

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault devant les élus du Congrès, entouré à droite par le ministre des Outre-mer Victorin Lurel. Nouméa, le 26 juillet 2013.
Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault devant les élus du Congrès, entouré à droite par le ministre des Outre-mer Victorin Lurel. Nouméa, le 26 juillet 2013.
AFP PHOTO / LIONEL BONAVENTURE

Par Alexandra Cagnard

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault est arrivé ce vendredi 26 juillet en Nouvelle-Calédonie pour une visite de trois jours. Plusieurs volets l’entourent et notamment la politique. Le Premier ministre français a assuré que l’Etat respecterait ses engagements et que le fil du dialogue ne sera jamais rompu. Entretien avec Frédéric Angleviel, historien, spécialiste de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie.

RFI : Vingt-cinq ans après les accords de Matignon, à l’aube d’élections majeures pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, peut-on dire que Jean-Marc Ayrault s’inscrit dans la droite ligne de ses prédécesseurs Michel Rocard et Lionel Jospin ?

Frédéric Angleviel : Il est évident qu’il y a une bonne volonté de la part de l’Etat qui se montre à la fois, effectivement, par cette visite et l’importance qui lui est donnée, mais aussi par le travail du Haut commissaire qui représente l’Etat et qui montre une volonté de discussions et de continuité.

Est-ce que le fait que Jean-Marc Ayrault assure que l’Etat s’engagera dans la voie du référendum s’il n’y a pas consensus, c’est nouveau ou en tout cas symbolique ?

C’est quelque chose qui est prévu dès le départ dans l’accord de Nouméa et dans la loi organique puisqu’il est bien dit que si les 3/5e du Congrès local, c’est-à-dire l’équivalent d’un conseil régional en métropole, n’arrivent pas à décider une date entre 2014 et 2018, c’est l’Etat qui doit en prendre la responsabilité en 2018. L’Etat ne prendra pas la responsabilité d’avancer un référendum, mais l’Etat, si pendant les quatre années du mandat de cinq ans, voit qu’il n’y a aucune mise en route d’un référendum, ni une autre solution, c’est l’Etat qui doit prendre à sa charge son organisation au courant de sa cinquième année.

Parallèlement, le Premier ministre se dit prêt à des discussions sur le transfert de pouvoirs régaliens. L’Etat français est-il prêt à cela, selon vous ?

Il y a toujours deux aspects. Il y a l'aspect qui est de permettre une entente entre les deux grandes forces du territoire qui sont les anciens indépendantistes et qui représentent 60% de la population et les indépendantistes qui représentent 40% de la population. Donc il y a un véritable enjeu en Nouvelle-Calédonie et il y a la vision que l’Etat a des pouvoirs régaliens. Il y a une vingtaine d’années, il y avait encore une vision très jacobine de l’Etat et de la nécessité pour l’Etat de conserver réellement les droits régaliens. Avec les évolutions en métropole - que ce soit la décentralisation, les évolutions au niveau des régions qui sont intervenues depuis une vingtaine d’années - il y a une vision aujourd’hui beaucoup plus ouverte sur la passation d’un certain nombre de droits régaliens aux collectivités locales.

Depuis vingt-cinq ans, ce sont toujours les socialistes au pouvoir qui ont été en charge du dossier calédonien. Imaginons que la droite repasse au pouvoir en 2017, est-ce que cela changerait la donne ?

Quand on voit - que ce soit des ministres de droite entre 2007 et 2011 qui sont venus ou des ministres depuis le changement - que tous ont tenu le même discours, c’est-à-dire que l’Etat est un partenaire qui tiendrait ses engagements et qui permettrait que ça se passe le mieux possible en Nouvelle-Calédonie, chaque fois en disant « si vous souhaitez rester dans la France, nous en serons ravis et nous ferons ce qu’il faut ; et si une majorité se décidait demain pour continuer sur une autre voie - aller vers l’indépendance - nous suivrons aussi cette évolution », ça, c’est ce qui est important. C’est-à-dire que l’Etat se montre à la fois comme un partenaire, mais un partenaire qui veut travailler avec tout le monde, et être constructif pour que l’ensemble des élus locaux des forces locales en présence, essaie de trouver ensemble la solution qui sera la meilleure pour le territoire.

Il y a un autre aspect de ce déplacement : la mémoire. Le Premier ministre va se rendre à Ouvéa pour un hommage à tous les morts, gendarmes et Kanaks (où avait eu lieu il y a 25 ans la sanglante prise d'otages de Gossanah). C’est le premier à faire cela. Est-ce qu’il y a une volonté de l’Etat d’afficher sa neutralité dans une affaire plus que sensible ?

C’est quelque chose sur laquelle toutes les forces politiques et l’Etat à la fois en tant que garant et en même temps que partenaire, ont toujours voulu montrer, que ce symbole était fort et qu’il fallait dépasser ce drame. En fin de compte, on s’aperçoit que la première évolution a été entre Mélanésiens, celle d’arriver à se pardonner entre eux les problèmes qu’il y a eu. Ensuite c’est entre Mélanésiens et gendarmes et aujourd’hui c’est effectivement entre Ouvéa et la Nouvelle-Calédonie, et Ouvéa et l’Etat français.

tags: France - Jean-Marc Ayrault - Nouvelle-Calédonie
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