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    France

    Dominique Voynet: «Le dépaysement des vacances commence souvent par un livre»

    media Ancienne ministre de l'Environnement, Dominique Voynet est maire de Montreuil depuis 2008. DR

    Lectrice eclectique, avec un faible particulier pour la BD, Dominique Voynet ne part jamais en vacances sans une valise pleine de livres. Malgré ses convictions écologistes chevillées à l'âme, l'ancienne ministre de l'Environnement refuse d'abandonner le livre-papier et passer aux liseuses numériques, comme l'ont fait tant de Français. Son summum de bonheur demeure d'aller chiner dans les librairies de sa ville et d'acheter plus de livres qu'elle ne pourra jamais en lire.

    RFI: Est-ce que vacances riment avec lectures pour vous ?

    Dominique Voynet: Les vacances, pour moi, c’est d’abord le temps partagé avec des amis et des proches. Des apéritifs interminables, des discussions passionnées autour d’une pizza dans des lieux invraisemblables. J’associe aussi les vacances à la plage où on passe des heures et des heures, à lire parfois des livres que je ne lirais pas en d'autres circonstances. Le dépaysement des vacances commence souvent par un livre.

    Si je vous ai bien comprise, c’est le degré de dépaysement potentiel d’un livre qui détermine votre choix des lectures de vacances ?

    Je ne vérifie pas si le livre est estampillé « dépaysant », mais c’est vrai que je me réserve en général des lectures légères pour les vacances. On a toute l’année pour les livres prises de tête. Je suis par exemple une passionnée de la BD, mais comme je n'ai pas le temps de les lire pendant l'année, ma valise de vacances est toujours pleine d'albums que j'achète chaque fois que j'ai l'opportunité d'aller dans des librairies. Cette année aussi, j’ai glissé dans ma valise plusieurs BD, dont le deuxième tome de la série Rosalie Blum (Actes Sud), sous la plume et le pinceau d’une certaine Camille Jourdy. C’est l’histoire d’une blonde à lunettes, la quarantaine, qui s’ennuie dans son quotidien. J’avais beaucoup aimé le premier volume de la série, alors je me suis payé les tomes 2 et 3, aux titres prometteurs : Haut les mains, peau de lapin et Au hasard Balthazar !

    D’où vient ce goût pour les BD ?

    Mon goût pour ce genre est né de ma découverte de L’Ascension du Haut Mal (Dargaud) de David B. C’est ce qu’on appelle la BD autobiographique. Un album poignant et d’une grande finesse. David B. est un dessinateur particulièrement expressif qui réussit à faire passer à travers ses traits de plume des émotions et des nuances de pensées complexes. Je suis aussi une fan de la BD polar, notamment de la série Blacksad (Dargaud) qui met en scène des animaux anthropomorphes. Enfin, j’ai adoré, comme beaucoup d’amateurs de BD, les  Maus de Spiegelman. Quel sens consommé de parodie.

    J'imagine qu'il n'y a pas que des BD dans votre valise. Vous savez que les romans peuvent aussi se révéler parfois dépaysants...

    Je le sais bien. C’est pourquoi d’ailleurs j’en ai emmené quelques-uns et que je recommande chaudement aux vacanciers en manque de lectures. Pour commencer, Denis Lehane. Ils vivent la nuit, son dernier chef-d'oeuvre qui ne quitte pas ma table de chevet depuis quelques jours. C’est une ambitieuse fresque politico-policière sur le Boston des années mille neuf cent vingt. Lehane est l’auteur de Shutter Island que beaucoup de gens ont découvert grâce au film tiré du roman par Martin Scorcese, avec au rôle principal Leonardo DiCaprio. Wilkie Collins est un autre romancier que j'aime. Il était contemporain et ami de Dickens. J'ai lu plusieurs romans de lui. J'avais mis de côté un autre roman de Collins pour les vacances : Armadale (Phébus). Il fait 800 pages. Voyez-vous, j’avais peur de manquer de bouquins et de m’ennuyer. Avec Collins, pas le moindre risque de s’ennuyer. L’homme sait raconter, avec ce qu’il faut de mystère, de suspense et un soupçon de scandale social.

    Parmi les auteurs que vous vous venez de citer, il y a beaucoup d’Américains, d’Anglais et peu de Français. Vous n’aimez pas la littérature française contemporaine ?

    Ce n'est pas que je n'aime pas la littérature française, mais je suis curieuse des littératures du monde. Je trouve que nous n’en parlons pas assez. Il faut qu’on lise ou relise les Amadou Hampâté Bâ, les Rohinton Mistry, les Aimé Césaire qui sont nos contemporains. Ils parlent de l’ailleurs, mais aussi de nos sociétés en pleine transformation et en cours de métissage. Je vous parle en connaissance de cause. La ville de Montreuil que je dirige depuis bientôt cinq ans illustre parfaitement les mutations à l’œuvre dans nos sociétés. Près d’une centaine de nationalités cohabitent ici. Parmi eux, pas mal de clandestins, des roms et des réfugiés maliens. Officiellement, Montreuil compte 105 000 habitants dont près de10 000 Maliens. Cette présence a valu à ma cité la réputation d’être « la deuxième ville malienne après Bamako » !

    Vous êtes la maire d'une grande ville. Vous avez aussi été ministre dans le gouvernement Jospin. Mais vous êtes connue du grand public avant tout comme une grande militante de la cause écologiste. Est-ce que votre sensibilité verte est née des lectures ?

    Je dirais qu’elle est née du hasard des rencontres. J’ai grandi dans un petit village de la Franche-Comté, aux environs de Belfort. La nature y était familière et accueillante. En sortant de l’école, je m’en souviens encore, nous partions galoper dans la forêt la plus proche. En hiver, nous faisions de la luge avec des plaques de plastique et, en été, des cabanes dans les arbres. Ma famille était de gauche, attentive aux questions de justice sociale et de solidarité. J’ai donc été très tôt sensibilisée à ces problématiques, mais dans mon beau village en plein cœur de la nature, il ne viendrait à l'esprit de personne de théoriser sur l'écologie, encore moins de parler des menaces qui pèsent sur l’environnement. J’en ai pris conscience à l’âge adulte, au hasard des rencontres avec des gens qui m’ont fait comprendre que l’exploitation des hommes et l’exploitation de la nature relevaient du même mécanisme. Les deux vont en fait de pair. Voici comment j’en suis venue à l’écologie politique. Les livres sont venus après.

    Quels sont les livres que vous avez lus ?

    Les grands classiques. J’ai lu notamment Jacques Ellul, René Dumont, André Gorz, Ivan Illich, qui sont des gens essentiels pour la pensée écologiste contemporaine. Parallèlement à cette réflexion théorique, il existe aujourd’hui un corpus d'ouvrages de vulgarisation sur la question, très bien faits, rédigés par des spécialistes comme Nicolas Hulot ou Hervé Kempf. Pour quelqu’un qui débute en écologie, il vaut mieux, à mon avis, commencer par ces manuels d’initiation.

    Vous avez parlé de votre valise de vacances pleine de livres. En tant qu'écologiste, comment conciliez-vous vos convictions et ces forêts qu'on sacrifie pour produire du papier. Vous n'avez jamais été tentée de passer aux tablettes ?

    Non, mais j'assume mes contradictions. J'ai beaucoup de mal à imaginer qu’un livre puisse être autre chose que du papier. J'associe toujours la lecture au papier, à l’odeur du papier, à l’encre. Je sais que c’est plus pratique quand on voyage d’avoir tous ses livres sur une liseuse numérique. Mais on ne se refait pas à 55 ans. Encore aujourd’hui, aller chiner dans une librairie est mon summum du bonheur. Plus grave encore, j’achète plus de livres que je ne peux en lire.

    Aimez-vous qu’on vous offre des livres ?

    J’aime beaucoup, surtout quand j’ai l’impression que le livre a été choisi pour moi. C’est plus émouvant que de recevoir des bouquets impersonnels. J’adore aussi offrir des livres. J’ai d’ailleurs décidé d’offrir à la rentrée à tous les conseillers municipaux de Montreuil La Politesse (Rivages) de Henri Bergson. Certains de mes opposants au conseil municipal ont été pendant les derniers mois tellement grossiers, sexistes et stupidement agressifs envers moi et mes amis que je me suis dit que le rappel de quelques règles de base de la vie en société pourrait être bénéfique pour nous tous.

    En tant que maire si vous deviez choisir entre construire une piscine pour votre ville, une école ou une bibliothèque, que choisiriez-vous ?

    C'est une question difficile. Finalement, je refuse de trancher sur un cas aussi hypothétique. Je vous répondrais seulement que depuis longtemps je rêve de construire une médiathèque dans les quartiers reculés de Montreuil pour que les moins chanceux puissent, eux aussi, accéder à la culture et aux savoirs. Je suis de ceux et de celles qui croient que le livre est le plus démocratique des outils culturels que nous avons.

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