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    «Mahâbhârata» et le dialogue interculturel

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    C’est au-dessous d’une toile d’araignée d’ampoules qu’une Néerlandaise et un Indien se racontent et se disputent sur le Mahâbhârata. L’auteur et metteure en scène Marjolijn van Heemstra et le comédien indien Satchit Puranik mettent à l’épreuve ce texte fondateur de l’hindouisme que Peter Brook tentait de rendre universel dans une pièce de théâtre et un film devenus mythiques à leur tour. C’est la première partie d’un triptyque sur le monde globalisé, présentée jusqu’au 8 décembre à la Maison des métallos à Paris. Entretien croisé.

    Pourquoi mettre en scène un dialogue interculturel à partir du film Mahâbhârata de Peter Brook ?

    Marjolijn van Heemstra : Nous étions trop jeunes pour voir la pièce de théâtre au Festival d’Avignon en 1985. En 1990, à l’âge de 9 ans, Satchit avait vu le film à Bombay, moi à Amsterdam. Il nous a profondément touchés. Il parlait beaucoup du dialogue interculturel.

    Quel était pour vous le défi de jouer dans la pièce ?

    Satchit Puranik : Je me souviens du jour où j’ai regardé le film à l’école. Nous étions très excités de regarder un film de sept heures. En Inde, tout le monde connaît les histoires du Mahâbhârata, mais c’était la première fois avec un casting international : un homme africain qui épouse une femme française pour faire un enfant qui ressemble à un Indien qui épousera une femme chinoise qui aura un enfant italien… C’était vraiment fascinant. Tout était différent, mais ils ont tous parlé en anglais. Du coup, tout le monde était concerné par cette histoire. Cela nous a donné une grande confiance que des gens qui sont différents ne représentent pas une menace ou un danger.

    Dans la pièce vous dites : « À qui appartient le Mahâbhârata ? » Est-ce que la nature de cette question a changé ces derniers vingt ans ?

    Marjolijn van Heemstra : Je ne suis pas sûre. Peut-être l’histoire se répète tout simplement, mais j’ai le sentiment qu’en Europe et aussi en Inde il y a une tendance nationaliste de plus en plus forte ces dernières années. Les gens prétendent de plus en plus qu’une histoire leur appartient et qu’elle n’est pas universelle. Pour cela nous avons fait cette pièce, parce que nous sentons ces tensions dans nos pays. A notre avis, le Mahâbhârata est un très bien point de départ pour raconter une histoire indienne qui peut être racontée d’une manière universelle.

    Vous montrez une scène à l’université de Pune, un haut lieu du nationalisme en Inde. Pouvez-vous imaginer de jouer cette pièce qui prône le dialogue interculturel à Pune ?

    Marjolijn van Heemstra et Satchit Puranik dans "Mahâbhârata". Anna van Kooij

    Satchit Puranik : Oui, absolument. On devrait changer quelques détails, par exemple, il n’est pas nécessaire de leur expliquer le Mahâbhârata. Sinon, la pièce a une raison d’être partout dans le monde. Peut-être il est même plus nécessaire de jouer une telle pièce à Pune où l’on pense que le Mahâbhârata est un texte sacré qu’on n’a pas le droit de toucher ou d’interpréter à sa façon.

    Vous commencez avec l’histoire du Mahâbhârata et vous finissez tous les deux avec votre propre histoire. Vous avez échappé à Amsterdam à un meurtre. Satchit a perdu un ami dans un attentat à Bombay. Le verdict du Mahâbhârata s’est alors révélé juste : dès qu’on y entre, on n’en sort plus jamais ?

    Marjolijn van Heemstra : Personne ne peut finir avec l’histoire du Mahâbhârata. C’est par définition une histoire qui ne se terminera jamais et dont les sages disent : tout ce qui existe se trouve dans le Mahâbhârata et ce qu’on n’y trouve pas, n’existe pas. Il y en a beaucoup de violence, mais aussi de paix.

    Est-ce Peter Brook qui a changé le Mahâbhârata ou c’est le Mahâbhârata qui a changé Peter Brook ?

    Satchit Puranik : Je pense que chaque personne change avec la lecture du Mahâbhârata. Peter Brook a aussi changé le Mahâbhârata comme nous le changeons également. C’est un texte qui flotte complètement librement dans le temps. Il n’y a pas un auteur qui pourrait réclamer des droits d’auteur. Les choses fondamentales ne changent pas. C’est cela que je souhaite exprimer en direction de chacun qui regarde cette pièce. Je serais ravi si Peter Brook pouvait venir au théâtre.

    Marjolijn et Satchit = Arjuna et Krishna ? 14/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    Vingt ans après avoir vu le film, le monde a changé. Pour la pièce vous avez échangé par email, vous avez utilisé Facebook, vous êtes allée en Inde. Avez-vous aujourd’hui le sentiment d’avoir la même approche « globalisée » que Satchit concernant le Mahâbhârata ?

    Marjolijn van Heemstra : C’est beaucoup plus facile de communiquer avec l’autre ou de faire un tel projet aujourd’hui. En même temps, montrer et partager quelque chose qui est interculturel, c’est très difficile à réaliser, parce que les préjugés et les peurs continuent à exister. Chacun veut préserver son espace, même si on essaye de faire la paix ensemble. Dans la pièce, nous montrons ces difficultés. Ce n’est jamais une chose qui se fait naturellement ou facilement. Pour nous deux, le Mahâbhârata était une ouverture vers le monde, une expérience qui a changé notre vie.

    Jouer le "Mahâbhârata" à Pune? 14/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    Voulez-vous aussi changer la vie des autres ?

    Satchit Puranik : Le monde est fait de changement. Tout ce qu’on fait est pour manifester notre présence. Après, l’idée est de partager nos points de vue. C’est la seule façon de coexister avec dignité et respect.

    Vous avez conçu une trilogie autour du dialogue interculturel : après Mahâbhârata vous questionnez dans Family ‘81 une Libanaise, une Sud-Africaine et un Indien qui sont nés le même jour que vous comment ils ont vécu des grands événements de votre génération. Et Garry Davis nous invite à nous engager, être activiste.

    Marjolijn van Heemstra : Garry Davis ne dit pas qu’on doit être un activiste, mais la pièce pose la question comment peut-on être activiste à notre époque où tout le monde a des doutes sur tout. Pour tout à ce qu’on croit, il existe la preuve contraire. Le flot d’informations paralyse toutes les initiatives. Il est vraiment très difficile d’être un activiste à notre époque. Je pense que pour ma génération toutes les grandes histoires ont été déjà racontées et nous cherchons des histoires nouvelles. La trilogie m’a permis de trouver ces histoires.
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    Mahâbhârata (spectacle en anglais et néerlandais, surtitré en français), du 16 au 20 septembre,
    Family ’81 (spectacle en néerlandais, surtitré en français), du 5 au 10 novembre,
    Garry Davis (spectacle en néerlandais, surtitré en français), du 3 au 8 décembre.
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