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    Brassaï, un artiste complet avec un amour violent pour Paris

    media Brassaï : "Brassaï dans son labo" (Détail de la photo), ca. 1932. Estate Brassaï

    Ses images légendaires en noir et blanc se sont imprimées dans nos têtes. Mais la vie artistique de Brassaï, né en 1899 à Brasso en Transylvanie sous le nom de Guylus Halasz, dépasse de loin ses photographies. Brassaï, pour l’amour de Paris montre sa passion inconditionnelle pour la capitale et, pour la première fois, l’artiste complet derrière le photographe et les « petites madeleines » imaginées derrière les célèbres images. L’exposition se déroule jusqu’au 8 mars 2014 à l’Hôtel de Ville de Paris. Entretien avec la commissaire, Agnès de Gouvion Saint-Cyr qui a bien connu Brassaï.

    Pourquoi n’est-ce pas une des célèbres photos de nuit qui ouvre l’exposition, mais une œuvre très étonnante de Brassaï, une tapisserie des années 1960, pas très clinquante, intitulée Graffiti ?

    Vous découvrez là une des facettes de travail de Brassaï. Depuis qu’il est arrivé à Paris en 1924, il s’est toujours intéressé aux graffitis sur les murs, comme étant la trace de la création de l’homme à travers le temps. À l’époque, il ne photographiait pas, il dessinait. Petit à petit, il a photographié tous ces graffitis. Après son exposition au Musée d’art moderne de New York, il a eu l’idée de transférer ces graffitis et d’en faire des collages qui allaient servir de maquettes pour une tapisserie.

    Tout de suite après, il y a des sculptures comme la Tête de paysan (1958) en galets striés ; un peu plus loin est projeté le seul film que Brassaï avait réalisé, un court métrage sur les animaux au zoo de Vincennes, primé au Festival de Cannes en 1956. Il a écrit des livres. Le fameux photographe est en fait un artiste complet ?

    C’était vraiment un artiste complet. Nous montrons pour la première fois quelque chose qui était, jusque-là, inconnu. Alors qu’il n’était pas encore photographe, il avait une façon particulière de collectionner des images photographiques des années 1900 qui correspondaient aux années où il a eu cet amour violent pour Paris. À l’époque, il avait quatre ans. Donc, il collectionne, il dessine, il peint, il photographie, il fait de la tapisserie, de la sculpture, il fait des films, il écrit, c’est quelqu’un qui manie très à propos l’ensemble de ces disciplines artistiques.

    Pour expliquer son amour pour Paris vous nous ramenez au début du siècle, en 1900, au Paris de Proust. Est-ce que vous voulez dire que Brassaï a également exacerbé nos sentiments, notre perception des choses, nos émotions à travers les photographies comme l’avait fait Proust à travers les mots ?

    Absolument. Ce passage sur le Paris de Marcel Proust dans l’exposition n’est pas fortuit. Ils ont en commun quelque chose d’extrêmement important. Ce sont des images latentes de leur enfance ou d’émotions vécues qu’ils vont garder en eux et traiter d’une manière artistique tout au long de leur vie. Tous les deux parlent des images latentes, des images qui sont dans l’esprit, que l’on a et qui jaillissent comme cela à un moment ou un autre lorsque leur sensibilité est exacerbée par une odeur, un parfum, une lumière, un paysage ou quelque chose comme ça. D’ailleurs le rôle de la mémoire dans la vie et dans l’émotion artistiques est pour tous les deux quelque chose d’infiniment précieux.

    La nuit, le brouillard, les filles de joie, les ponts, les places, le jardin du Luxembourg, les chaises… Vous présentez une double lecture de ces images célèbres, accompagnées d’une série de photos anonymes.

    On parlait des images latentes. Ce sont des photographies que Brassaï a achetées, soit parce qu’il en avait besoin à l’époque où il n’était pas photographe pour illustrer ses articles, soit parce que ces images évoquaient ce passé perdu. Je l’ai entendu de me dire : « Paris, quand j’étais enfant, c’était ma petite madeleine. » Il recherchait cette « petite madeleine » sans arrêt. Ces images évoquent ce Paris. Cela m’a frappé de voir à quel point la composition, le sujet, les lumières de ces images sont proches de ce qu’il fera plus tard.

    Deux autoportraits de Brassaï montrent un homme élégant, doté de patience et de détermination. L’exposition a-t-elle découvert de nouveaux traits de caractère chez Brassaï ?

    J’ai bien connu Brassaï. Donc je suis partie de la perception que j’avais de l’homme et de l’artiste quand je l’ai connu et quand j’avais travaillé avec lui à plusieurs moments. J’ai relu beaucoup de ces petits mots qu’il écrivait comme ça et qu’il laissait sur des papiers. Comme le Petit Poucet il fallait les chercher un petit peu après. J’ai relu aussi ce fantastique ouvrage Conversations avec Picasso. C’est frappant de voir à quel point les intérêts de ces deux géants de l’art étaient proches et communs. Et cela pas pour des choses ou des idées complexes : ils aiment le cirque, la fête foraine…

    Cliquer pour visualiser le diapo sonore
    Agnès de Gouvion Saint-Cyr, la commissaire de l’exposition "Brassaï, pour l’amour de Paris". 28/11/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    Ses photos sur les Halles comme La Boucherie ou La Montage des choux font penser à Robert Doisneau. Qu’est-ce qui les différencie ?
     
    Doisneau est un incroyable marcheur qui capte tout ce qui est un peu bizarre ou incongru, qui se trouve dans l’espace. La démarche de Brassaï est plus intellectuelle. Pour les Halles, il travaille d’abord sur commande d’André Breton qui lui demande d’illustrer La Nuit de tournesol. Brassaï lit et s’inspire de ce texte qui évoque pour lui un certain nombre d’images qu’il va rechercher. Il ne les fabrique pas, il les recherche, mais il ne les recherche pas à la sauvette. C’est un travail extrêmement pensé. Cela se voit : les choux sont éclairés par des lumières un peu tragiques comme le mendiant dans sa cabane de légumes est un sans-domicile fixe qui s’oublie quelque part dans son monde. Quand Breton lui demande de faire une photo de la tour Saint-Jacques, il n’a pas demandé de faire la tour Saint-Jacques la nuit avec l’échafaudage qui masque la quasi-totalité du monument. Pour Brassaï, c’est une image très forte. La beauté de l’architecture de la tour disparaît et donc il faut lui donner une autre beauté par les lumières, les éclairages. Cela est typique de Brassaï.
     
    L’exposition semble exhaustive sur « l’œil de Paris » et pourtant elle n’aborde à aucun moment la vie de Brassaï pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était parti en exode à Cannes en 1940 avant de revenir à Paris en 1942 pour faire de la photographie sans autorisation. Il a même écrit un livre, Bistro-Tabac, pour dénoncer le monde absurde de l’Occupation allemande.
     
    Il a vécu tout cela. C’est un moment fort et très douloureux. C’est la période où il meurt de froid et de faim. S’il n’y avait pas eu Picasso, je ne sais pas ce qu’il serait devenu. On exploite cette période de sa vie. Regardez Les Chevaux de Marly avec des sacs de sable ou La Colonne Vendôme et Saint-Germain-des-Près pendant le blackout. C’était les marches qu’il faisait la nuit pour aller de lui à chez Picasso. Je n’ai pas voulu dire : regardez, vous voyez, c’était la guerre, il faisait ça. Mais quand on regarde la date, quand on voit qu’il n’y a pas de lumière nulle part, on comprend. La guerre est quelque chose que, très étrangement, il avait prévu. Quand il arrive à Paris en 1924, il écrit à ses parents qu’il a le sentiment de vivre les dernières lueurs de beaux jours de Paris et que Paris va disparaître comme l’Occident va disparaître.
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