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    Culture

    Institut des cultures d’Islam : culturel ou cultuel ?

    media L’Institut des cultures d’Islam (ICI) situé au 56 rue Stephenson dans le 18e arrondissement de Paris a deux ouvertures sur deux rues différentes. Marc Verhille

    C’est inédit en France depuis la loi 1905 sur la laïcité, un centre d’art contemporain municipal hébergé dans le même bâtiment qu’une salle de prière. Inauguré fin novembre, le nouvel Institut des cultures d’Islam est financé par la Ville de Paris. Installé dans le très «multiculturel» quartier de la Goutte d’Or, ce lieu fait cohabiter le culturel et le cultuel, l’art et le sacré. Reste à savoir comment on peut garantir la liberté d’expression et la liberté de l’art dans une salle d’exposition située au-dessus d’une salle de prière.

    Quoi penser quand le directeur d’un centre d’art contemporain fait demi-tour et refuse de répondre à la question d’un journaliste sur la liberté d’expression dans une salle d’exposition située au-dessus d’une salle de prière ? Mais commençons par le début : l’inauguration lumineuse et joyeuse, ce 28 novembre, des 1 400 mètres carrés du nouvel Institut des cultures d’Islam (ICI), situé rue Stephenson dans le 18e arrondissement de Paris. Devant une salle bondée, Bertrand Delanoë, le maire de Paris, Daniel Vaillant, maire du 18e et ancien ministre de l’Intérieur, et Dalil Boubakeur, recteur de l’institut musulman de la Grande Mosquée de Paris déclarent à l’unisson que la loi de 1905 sur la séparation entre l’État et les cultes [Article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »] a été respectée à 100 % et qu’ils n’ont « pas réalisé un rêve, mais un devoir ».

    La mairie a investi 13,5 millions d’euros dans ce bâtiment qui accueille un centre d’art contemporain et une salle de prière, mais aussi un hammam au sous-sol. La salle de prière de 300 mètres carrés a été ensuite revendue pour 2,2 millions d’euros au propriétaire de la Grande Mosquée de Paris, la Société des habous et lieux saints de l’Islam. Un moyen de plus pour éviter les prières dans la rue qui avaient fait des vagues en 2010 et 2011.

    Un centre d’art contemporain pour la Goutte d’Or

    « Paris s’assume comme une ville-monde qui est heureuse d’être enrichie par toutes les cultures», souligne Bertrand Delanoë. « On a voulu créer d’abord un centre d’art contemporain dans le quartier de la Goutte d’Or, déclare Jamel Oubechou, le président de l’ICI. Un centre d’art avec une spécificité, la création contemporaine liée à l’islam : dans les pays musulmans, soit des artistes musulmans ou de culture musulmane – on ne demande pas qu’ils soient croyants, mais ils peuvent être de culture musulmane ; soit des artistes qui ne sont pas musulmans, mais qui s’intéressent aux cultures d’islam. Soit des artistes musulmans ou de culture musulmane qui vivent dans des pays non-musulmans. On a un périmètre qui est beaucoup plus grand que l’Institut du monde arabe qui se concentre exclusivement sur des pays du monde arabe. »

    "Madre Minareto" de Patrizia Guerresi Maïmouna. Patrizia Guerresi Maïmouna

    Dès l’ouverture, le nouveau lieu construit par l’architecte français Yves Lion, né à Casablanca, est magnifiquement investi par quatre artistes : Patricia Guerresi Maïmouna montre ses Géants métaphoriques dotés d’une spiritualité et d’un esthétisme incroyablement forts, sous forme de portraits photos longilignes : « Je me suis inspirée de la grandeur et des caractères des personnages mystiques de l’Afrique musulmane pour faire ces photos, explique l’artiste. Seul le visage est visible. Ils sont grands et vides. Comme le corps d’un univers inconnu. Ils rappellent les anciennes icônes, les madones, les saints des différentes religions, mais les visages appartiennent à des personnages africains contemporains. » Maïmouna vient de présenter ses Géants aussi à Bamako. Cela fait-il une différence de les voir exposées ici, dans une salle d’exposition qui côtoie une salle de prière ? « Je suis contente, parce que je suis dans un lieu musulman. Il y a peut-être une plus grande facilité de comprendre mon travail. Pour moi, c’est important de donner un message de beauté et de réflexion. »

    « Ma relation avec Dieu est purement professionnelle »

    La cohabitation entre le culturel et le cultuel ne pose pas non plus de problèmes à Bruno Lemesle, photographe et réalisateur qui travaille depuis vingt ans sur la Goutte d’Or. Les 300 photos de son diapo fantastique et qu'il a nommé Salut Barbès ! grouillent de ces énergies, nuances, sentiments, mouvements, attitudes crues et colorées qui font la richesse de ce quartier et qui s’avèrent si difficiles à capter. Peut-on garantir la liberté artistique au-dessus d’un lieu de prière ? « Est-ce qu’on peut séparer la pratique du culte des expressions artistiques ? Je ne sais pas, remarque Lemesle. Moi, je ne suis pas dérangé par cette idée-là. »

    « Ma relation avec Dieu est purement professionnelle », plaisante Abbas, le grand photographe iranien de l’agence Magnum et habitant du quartier. Il a fait aussi bien le tour du monde des pays musulmans que celui de la Goutte d’Or : « C’est un quartier où il était très difficile à travailler, parce qu’il y a beaucoup de clandestins. Je dis toujours, c’est plus facile de couvrir un front au Moyen-Orient que de travailler à la Goutte d’Or. Les gens sont réticents. Alors, du coup, j’ai photographié dans la rue. » Est-ce une bonne chose que la culture passe par l’islam ? « C’est une bonne chose que la culture passe tout court… que ce soit l’islam ou la chrétienté ou autre chose. Qu’un lieu associe le culturel et le cultuel, pourquoi pas ? Moi, ce ne me gêne pas d’exposer au-dessus d’une mosquée et même au-dessous [il expose au rez-de-chaussée et au 2e étage de l’ICI, ndlr]. »

    Abbas, photographe iranien résidant dans le 18e arrondissement de Paris. Siegfried Forster / RFI
    Abbas, photographe 05/12/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    Création artistique et religion

    Mais, même en France, la relation entre la création artistique, la religion et les différentes communautés est loin d’être toujours si bon enfant. En octobre 2012 une installation de l’artiste Mounir Fatmi (« je suis d’origine musulmane ») montrant des versets calligraphiés du Coran au Printemps de Toulouse a été enlevée après des protestations de musulmans. En octobre 2011 des fondamentalistes chrétiens ont tenté d’empêcher la représentation de la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville de Paris comme ils ont détruit l’œuvre Piss Christ au musée d’art contemporain à Avignon en avril 2011. En juin 2013, le Jeu de Paume s’est vu confronté à des réactions très vives d’associations juives, à deux alertes à la bombe et des menaces de mort à l’encontre de la directrice et de l’artiste Ahlam Shibli fustigeant ses œuvres mettant en scène des « martyrs » palestiniens.

    Derrière le moucharabieh en inox de l’ICI, tout est conçu pour faciliter la rencontre et les échanges entre les cultures et les publics. Reste à savoir sur quelle base ? Sachant que, en cas d’affluence trop forte le vendredi, il est prévu que les croyants puissent aussi prier dans les salles d’exposition. Pourrait-on imaginer d’y exposer des œuvres critiques comme des caricatures de Charlie Hebdo ? Une question qui fait se figer le visage du président de l’Institut des cultures d’Islam, qui fait demi-tour, interrompt l’interview et disparaît sans dire un mot. Visiblement, il y a des limites à ne pas franchir à l’ICI.
    La salle de prière au premier étage de l'Institut des cultures d'Islam (ICI) peut accueillir jusqu'à 400 fidèles au rue Stephenson dans le 18e arrondissement de Paris. Marc Verhille / Mairie de Paris

    « L’art moderne est sans limites »

    Quant à Dalil Boubakeur, recteur de l’institut musulman de la Grande Mosquée de Paris, assis dans un fauteuil roulant, il reçoit dans la salle de prière pour les interviews des journalistes équipés de surchaussures pour respecter le lieu sacré. À la question : pourra-t-on exposer des œuvres provocatrices au-dessus d’une salle de prière, Boubakeur répond du tac au tac :
    - « Provocatrices ? Et pourquoi provocatrices ? »
    - Parce que c’est de l’art.
    - « Nous ne sommes pas un institut de… Une mosquée, que je sache, n'est pas un institut pour caricaturer la religion, mais plutôt au contraire, pour lui donner un aspect humaniste, humain, fraternel. On prêche la fraternité, pas la haine. »
    - Est-ce qu’il y a plus de limites pour une salle d’exposition ici que dans un musée d’art contemporain ailleurs ?
    - « Mais cela n’est pas pareil. Vous mélangez tout. L’art moderne est sans limites, c’est l’infini. Vous connaissez la distance de l’infini ? De zéro à l’infini ? Moi, je ne la connais pas. C’est une culture d’ISLAM. [Il poursuit en allemand, ndlr] Verstehen Sie ? Was Islam meint ? Ohne Grenze ! [Vous comprenez ? Ce que l’islam veut dire ? Sans limite !, ndlr]. »

    « L’art dans l’absolu »

    Michket Krifa, spécialiste en arts visuels pour l’Afrique et le Moyen-Orient et directrice artistique de la Biennale africaine de la Photographie à Bamako comprend son exposition d’ouverture Ici, là et au-delà comme une invitation où « la spiritualité rejoint le beau et le beau c’est l’art dans l’absolu ». La cohabitation entre l’art et la prière représente pour elle surtout une chance : « Il y a plein d’églises dans le monde qui ont accueilli des œuvres d’art. Ici on n’est pas au sein même de la mosquée, on est dans un même bâtiment où il y a en même temps un lieu de prière, mais aussi un lieu de relaxation, le hammam au sous-sol, et des salles d’expositions. Alors, pourquoi ne pas intégrer le tout dans une diversité. Au contraire, je pense que l’art peut avoir un rôle pédagogique et en même temps de rapprochement culturel très important. C’était le but et le défi de ce bâtiment de mêler le cultuel et le culturel. »

    Patrizia Guerresi Maïmouna explore depuis vingt ans une triple voie : féminine, artistique et spirituelle. Siegfried Forster / RFI

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    L’Institut des cultures d’Islam (ICI), 56 rue Stephenson, 75018 Paris.
    L'exposition Ici, là et au-delà aura lieu jusqu'au 30 mars 2014.
    Le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, a annoncé qu’il inaugurera au 6 rue Polonceau dans le 18e arrondissement « prochainement » un deuxième bâtiment de l’ICI pour 16 millions d'euros qui intégrera également un centre d’art contemporain et un lieu de prière dont on n’a pas encore trouvé les exploitants.

     

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