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    Dieudonné : aux origines d’une polémique née pour durer

    media L'humoriste français Dieudonné Mbala Mbala à son arrivée au palais de justice de Paris, le 13 décembre 2013. AFP PHOTO/JOEL SAGET

    Dieudonné Mbala Mbala est sous le coup d'une nouvelle enquête judiciaire. Le comédien, déjà condamné à sept reprises pour avoir tenu des propos racistes et antisémites, fait désormais l'objet d'une procédure ouverte par le parquet de Paris à la demande de Radio France. Dans son dernier spectacle, Dieudonné dit regretter les chambres à gaz lorsqu'il parle de l'un des journalistes du groupe audiovisuel public, Patrick Cohen, dont le nom de famille est d'origine juive. Ces mêmes propos ont conduit le ministre de l'Intérieur à vouloir interdire les spectacles du comédien.

    Dieudonné taxé d'antisémitisme : c’était impensable lorsqu’il a commencé à se faire connaître. En 1991, le comédien fait, en effet, ses débuts avec un autre humoriste, Elie Semoun. Et les deux hommes jouaient allègrement sur leurs origines : juives pour l'un, africaines pour l'autre. Pour faire rire, ils exacerbaient les accents de leurs communautés supposées et n'hésitaient pas à faire appel aux clichés les plus basiques.

    L'un s'adressant à l'autre et les deux hommes écrivant leurs sketches ensemble, ce qui aurait pu être dans un autre contexte considéré comme des propos très racistes fait alors rire. Et le duo marche bien : il durera six ans.

    De la scène à la politique

    Sans renoncer aux spectacles, Dieudonné s'aventure alors sur le terrain politique. Ses premiers pas, il les fait à gauche en 2001 lors des municipales. Le comédien veut se présenter à Dreux. Il a alors le soutien de Daniel Cohn-Bendit, figure de proue du mouvement écologiste. Mais finalement, il renonce à mener sa liste et soutient celle présentée par la gauche plurielle : PS, Verts et communistes. L’année suivante, il veut se présenter à la présidentielle, mais n’obtient pas le nombre de parrainages suffisant pour faire aboutir sa candidature.

    Petit à petit, le comédien passe de la gauche à l’extrême droite. En 2005, il qualifie la Shoah de « pornographie mémorielle », ce qui lui vaudra une condamnation à 7 000 euros d’amende. François Hollande, alors premier secrétaire du PS, appelle au boycott de ses spectacles. Dieudonné se rapproche de figures de l’extrême droite : Alain Soral, essayiste qui fut membre du Front national, Robert Faurisson, historien condamné pour avoir mis en doute l’existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale. Ses dérapages verbaux se multiplient et lui ont valu sept condamnations. En 2009, Dieudonné Mbala Mbala mène avec Alain Soral la campagne du parti antisioniste aux élections européennes.

    La gestuelle « Dieudonné » fait aussi polémique

    C’est aussi cette année-là que Dieudonné et Alain Soral inventent la « quenelle ». Ce geste très controversé consiste à tendre un bras vers le bas et à mettre la main opposée en haut du bras tendu. Au début, ce geste est méconnu. Mais Dieudonné incite ses fans à se prendre en photo faisant une « quenelle » et à poster leurs images sur un site internet. D’autres s’invitent sur les plateaux d’émissions de télévision et font également une « quenelle ». Et certains sportifs se font immortaliser dans cette position – avec ou sans le comédien : l’ex-joueur de tennis Yannick Noah, le champion olympique de judo Teddy Riner, le meneur de l’équipe de France de basketball Tony Parker, le défenseur de l’équipe de France de football Mamadou Sakho ou encore, le week-end dernier, le footballeur Nicolas Anelka après avoir marqué son premier but de la saison dans le championnat d’Angleterre.

    → A (RE) LIRE : Anelka célèbre un but avec une « quenelle » en soutien à Dieudonné

    Quand deux militaires se font prendre en photo devant une synagogue faisant une « quenelle », Alain Jakubowicz, le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), dénonce « un salut nazi inversé signifiant la sodomisation des victimes de la Shoah ». Alain Soral est aussi immortalisé devant le monument dédié aux victimes de la Shoah à Berlin faisant ce geste. La dimension antisémite de la « quenelle » est alors largement dénoncée. La plupart des célébrités s’étant prêtées à l’exercice plaident alors une méconnaissance de la symbolique et s’excusent.

    Dieudonné, lui, conteste cette interprétation. Avec Youssouf Fofana, le meurtrier d’Ilan Halimi – jeune juif torturé et tué en région parisienne en 2006 - il porte plainte contre Alain Jakubowicz. Le comédien, aujourd’hui, ne veut voir dans la « quenelle » qu’un geste antisystème, « révolutionnaire » même. C'est aussi ce que plaide Nicolas Anelka qui a qualifié son geste du week-end dernier de « soutien à son ami Dieudonné ». L’argument provoque la raillerie d’internautes qui soulignent alors les émoluments colossaux touchés par le footballeur et le nombre de publicités auxquelles il s’est prêté.

    → A VOIR : un blog hommage au combat de Nicolas Anelka contre le système.

    Concernant Dieudonné, l’argument ne convainc pas non plus le journal Libération. Dans son édition de ce lundi 30 décembre, il rappelle les propos tenus par le comédien lorsqu’il a inventé ce geste : « L’idée de glisser ma petite quenelle dans le fond du fion du sionisme est une idée qui me reste très chère  ».

    Interdire ou ne pas interdire

    Dieudonné n’en est pas à une provocation près. Dans son dernier spectacle, le comédien dit regretter les chambres à gaz lorsqu’il entend le journaliste Patrick Cohen et compare la garde des Sceaux, Christiane Taubira, à un singe. « Malgré une condamnation pour diffamation, injure et provocation à la haine et à la discrimination raciale, Dieudonné Mbala Mbala ne semble plus s’embarrasser de la moindre limite », écrit Manuel Valls dans un communiqué vendredi dernier. Le ministre de l’Intérieur annonce alors étudier toutes les voies juridiques pour faire interdire « les réunions publiques de Dieudonné ». Manuel Valls ne parle pas de spectacle, car pour lui, les apparitions du comédien « ont perdu toute valeur créative » : une façon d’éviter d’être qualifié de censeur.

    → A (RE) LIRE : France: Dieudonné dans le collimateur de l'Intérieur

    L’affiche du one-man show «Le Mur» que l’humoriste Dieudonné va donner lors de sa tournée dans 22 villes à partir du 9 janvier 2014. REUTERS/Benoit Tessier

    Mais sur le plan juridique, cette interdiction est très compliquée à mettre en place. Plusieurs villes ont déjà tenté de faire annuler des spectacles de Dieudonné, mais à chaque fois qu’elle a été saisie, la justice administrative a invalidé ces arrêtés. « Les troubles à l’ordre public, depuis que Dieudonné fait des spectacles, on ne les connaît pas », affirme l’un des avocats de Dieudonné, Me Jacques Verdier. « Il n’y a jamais eu de mouvement de foule, de heurts aux abords des salles où il s’est produit ». Mais Manuel Valls se veut ferme et se dit même éventuellement prêt à modifier la loi si besoin.

    Mais cette éventuelle interdiction fait aussi beaucoup parler du comédien qui dispose d'autres canaux de diffusion que son spectacle. Il a 410 000 fans sur Facebook, 38 000 suiveurs sur Twitter et son compte YouTube a, lui, plus de 200 000 abonnés... Les vidéos qu'il poste sur la Toile, et dans lesquelles il règle ses comptes avec ses adversaires comme François Hollande, Manuel Valls et son ancien complice Elie Semoun, sont vues de très nombreuses fois : jusqu'à 2,5 millions de clics. Une audience à faire pâlir de jalousie certaines émissions de télévision.

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