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    Selon l'OCDE, Paris et sa région sont mal préparés en cas de crue exceptionnelle de la Seine

    media La voie Georges Pompidou à hauteur de la Maison de la Radio à Paris, le 21 mars 2001. AFP PHOTO THOMAS COEX

    Alors que plusieurs départements du sud de la France sont victimes des intempéries, l’OCDE publie le deuxième volet d’un rapport qui souligne l’exposition au risque d’inondation et la vulnérabilité de Paris et sa région en cas de crue exceptionnelle de la Seine. Le risque est réel et les conséquences économiques seraient calamiteuses.

    Fluctuat nec mergitur (1), telle est la devise de Paris depuis que le baron Haussmann, alors préfet de la Seine, a décidé de l’inscrire en 1853 sur tous les ornements officiels de la ville. S’il y a effectivement peu de chances de voir la capitale sombrer un jour toute entière au fond du lit de la Seine, le risque de la revoir paralysée par les eaux demeure réel, selon un rapport publié vendredi 24 janvier par l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques.

    Si la Seine est maintes fois sortie de son lit depuis des siècles, c’est la crue de 1910 qui reste encore dans la mémoire collective des Parisiens, en grande partie grâce aux photos d’époque qui donnent la pleine mesure de l’événement. Elles avaient d’ailleurs donné lieu à une exposition très courue en 2010, cent ans après. En 1910, au plus fort de la crue, les eaux du fleuve avaient atteint 8,62 m de hauteur au pont d’Austerlitz et 20% des zones d’habitation avaient été noyées. Il avait fallu des mois pour que la ville retrouve son activité normale.

    Peut-être pire qu’en 1910

    Le premier réflexe du Francilien est bien entendu de se dire qu’un tel événement est désormais impossible, eu égard aux aménagements qui ont été mis en place en amont de la capitale sous l’égide de l’Etablissement Public Territorial de Bassin Seine Grands Lacs, l’organisme qui gère et régule le débit de la Seine et de ses affluents. Or, rien n’est plus faux. Pire, malgré les différentes retenues d’eau (en particulier quatre barrages sur l’Aube, la Seine, la Marne et en amont du Canal du Nivernais), une crue exceptionnelle pourrait voir la Seine déborder bien au-delà des limites atteintes en 1910 (v. carte ci-dessous à droite).

    Selon une étude de l’EPTB Seine Grand Lacs, près de 5% de la superficie de la région est inondable soit plus de 56 000 hectares. En cas de crue majeure, 508 communes seraient affectées par une inondation, dont 31 qui seraient inondées sur plus de la moitié de leur territoire. D’après cette même étude, les submersions pourraient atteindre plus de 2 mètres dans les secteurs les plus exposés et durer de six à huit semaines. Les pouvoirs publics sont donc prévenus mais, selon l’OCDE, Paris et l’Ile de France sont en situation de grande vulnérabilité.

    Cinq millions de personnes concernées

    En bleu foncé la grande crue de 1910, en bleu clair les zones qui pourraient être inondées en cas de crue exceptionnelle. DR

    « Dans le cas le plus extrême, une inondation de la Seine en Ile-de-France impacterait directement et indirectement près de cinq millions de citoyens » prévient l'OCDE, rappelant au passage que la région pèse un tiers de l'activité économique de l'hexagone et qu’elle représente un nœud logistique central pour tout le pays. « L'exposition au risque et la vulnérabilité qui en résulte ont été accrues concomitamment par l'urbanisation croissante », poursuit le rapport, « ainsi que la construction de nombreuses zones d'activités et d'infrastructures critiques  (transport, énergie, communication, eau) ».

    Les évaluations de l'impact économique d'un scénario catastrophe de type 1910 varient énormément : l'OCDE donne une fourchette comprise entre 3 et 30 milliards d'euros, des sommes colossales quoiqu’il en soit (par comparaison le coût du projet de transport du Grand Paris Express est évalué à 32,5 milliards d’euros d’ici à 2025). « L’impact d’une inondation majeure sur Paris serait bien plus important aujourd’hui qu’il y a un siècle, avec de sérieuses conséquences économiques et sociales, en plus des interruptions de services et des dommages matériels », souligne Rudolf Alter, l’un des auteurs du rapport de l’OCDE.

    Culture du risque et prévention

    Ce rapport pointe aussi une absence de vision stratégique d’ensemble et des actions insuffisamment concertées et cohérentes de la part des pouvoirs publics, dont l’action est freinée par une gouvernance trop éclatée (Etat, région, départements, communautés de communes, municipalités, etc.) A titre d’exemple, l’ l’EPTB Seine Grand Lacs plaide depuis une dizaine d’années en faveur de la construction d’un cinquième barrage dans la Vallée de La Bassée, près du confluent de la Seine et de l’Yonne. Mais son coût, estimé 500 millions d’euros, constitue un frein à son aménagement et rien n’a encore été décidé.

    D’une façon générale l’OCDE souligne également le manque de culture du risque et des pratiques de prévention qui prédomine en France, contrairement à d’autres pays, comme le Japon, le Mexique ou la Birmanie par exemple qui sont plus exposés aux catastrophes naturelles et donc mieux disposés à en absorber les contrecoups. Nul doute que l’OCDE elle-même est préparée au pire. Pour terminer sur un clin d’œil, on remarque en effet que son siège est situé quai du Point-du-Jour à Boulogne-Billancourt, autrement dit en bord de Seine, sur une zone qui serait à coup sûr submergée en cas de crue centennale. Mais cela serait aussi le cas pour RFI et les autres chaînes de France Médias Monde, situées sur l’autre rive du fleuve …

    (1) En latin : « elle est battue par les flots, mais ne sombre pas ».

    (Avec AFP)

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