GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 7 Décembre
Vendredi 8 Décembre
Samedi 9 Décembre
Dimanche 10 Décembre
Aujourd'hui
Mardi 12 Décembre
Mercredi 13 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    France

    L'ex-otage Didier François sur RFI: dix mois «sans aucune information»

    media Didier François à son arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay, le 20 avril. REUTERS/Philippe Wojazer

    Grand reporter sur l'antenne d'Europe 1, ex-otage en Syrie, Didier François a été libéré samedi 19 avril. De retour en France, passé le temps des retrouvailles, il revient sur ses conditions de détentions dix mois durant.

    RFI : Depuis dimanche, on vous voit en bonne forme physique et apparemment morale. Est-ce que cela signifie que vous avez une force morale exceptionnelle, ou est-ce que ce sont les circonstances qui fabriquent cette solidité, cette capacité à tenir le coup dans ce genre de situation ?

    Didier François : Franchement, je n’en sais rien. En tout cas, je suis heureux d’être sorti vivant, la tête sur les épaules et non pas sous le bras. Je suis heureux de retrouver les gens que j’aime, de retrouver mes collègues, un pays que j’ai découvert très mobilisé pour nous. Franchement, ça a été une émotion extrêmement forte. Quand on est allés surfer sur Internet tout de suite après être sortis en Turquie, et qu’on s’est rendus compte de cette mobilisation, de cette générosité extraordinaire qui avait entouré le comité de soutien, nos familles, ça nous a rendus un peu euphoriques.

    C’est ce que disent beaucoup d’otages au moment de leur libération, quand ils prennent conscience de cette mobilisation. Ils disent que c’est une espèce de réconfort a posteriori parce qu'on ne peut pas imaginer que c’était à ce point-là, c’est ça ?

    Mais pas une seconde. On était dans un trou noir, au sens propre comme au sens figuré. On était effectivement dans des caves pendant dix mois et demi, sans la moindre information sur ce qui se passait de l’autre côté de la porte en fer. C’est quand même révélateur du fait qu’on est dans un pays où la solidarité existe encore. C’est rassurant et ça fait chaud au cœur.

    Vous n'aviez aucune information, contrairement par exemple à Hervé Guesquière et Stéphane Taponier qui, pendant leur dix-huit mois de détention en Afghanistan, ont pu régulièrement écouter RFI notamment. Vous n’avez eu accès ni à la télévision, ni à la radio, ni à aucune source d’information ?

    Aucune. J’aurais rêvé de pouvoir écouter RFI.

    Est-ce que justement cet isolement intellectuel, c’est ce qui est le plus difficile dans l’épreuve, au-delà des mauvais traitements, du froid, de la faim, de l’obscurité ?

    Oui, d’autant que les mauvais traitements, ce n’est quand même pas au quotidien. Le froid et l’obscurité, on fait avec, on sait qu’on est en zone de guerre. Deux choses sont difficiles : le rapport aux familles parce que nous, on a fait un choix et on sait ce qui nous arrive. Nos familles, elles, c’est un choix qu’on leur a imposé. Ce n’est pas elles qui l’ont fait. Nous, on est journalistes et on sait pourquoi on y est allés. On a assumé les risques que l’on prenait. On avait décidé de partir sur la question des armes chimiques, ce n’est quand même pas une question anodine. Le régime de Bachar el-Assad utilise des armes chimiques contre son peuple, ce n’était pas arrivé depuis Saddam Hussein en 1988 contre les Kurdes.

    D’un point de vue journalistique, ça s’imposait. Il n’y a aucune discussion là-dessus et on n’a jamais regretté ce choix. Mais ce choix, nos familles ne l’ont pas fait et nos familles ne savaient pas ce qui se passait au quotidien. Donc, ils imaginaient le pire en permanence. Donc de ce point de vue-là, leur expérience de prise d’otage – parce qu'eux-mêmes étaient pris en otage – était beaucoup plus dure que la nôtre. Ça, c’est la première chose, cette espèce d’inquiétude permanente à l’égard de nos proches et des gens qui nous aiment. La seconde chose évidemment, c’est ce temps qui s’étire et qui n’en finit pas de s’étirer et qu’on aimerait pouvoir contracter et qu’on ne peut pas contracter.

    → A (RE)LIRE : A la Une: ex-otages français en Syrie, enfin libres!

    Le paradoxe, c’est qu'en même temps les proches sont sans doute ce qui vous aide à tenir ?

    Oui. Ce qui aussi nous aide à tenir, ce qui m’a aidé à tenir en tout cas, c'est que ça fait pas mal de temps que je fais ce métier et j’avais déjà traité d’affaires d’otages. Donc j’avais la conviction absolue que tout serait fait. Que ce soit par Europe 1, que ce soit par mes collègues, que ce soit par ma famille, que ça soit par l’appareil d’Etat, je savais que tout le monde travaillerait d’arrache-pied, du matin au soir et du soir au matin, pour nous sortir de là. Et que si c’était possible de nous sortir de là, ils nous sortiraient de là. Ça ne veut pas dire qu’on avait la garantie qu’on allait sortir mais je savais que le maximum serait fait et que nous, notre rôle d’otage, c’était finalement de tenir bon.

    On sait que certains de vos geôliers s’exprimaient en français. Est-ce que vous savez s’ils étaient Français pour autant ?

    Je ne sais pas ce que faisaient mes geôliers. J’ai entendu les déclarations du ministre des Affaires étrangères. Ce sont des déclarations, c’est à lui de les commenter.

    Est-ce que vous saviez que vos ravisseurs qui appartiennent au groupe de l’Etat islamique en Irak et au Levant…

    (Il coupe). Je ne sais pas qui sont mes ravisseurs.

    Mais est-ce que vous saviez que le groupe qui vous détenait était sous la pression armée d’autres groupes rebelles ?

    Je ne sais pas qui était le groupe qui nous détenait, je n’ai pas cette information. En revanche, ce que je peux vous dire, parce que ça je l’ai observé, c’est qu’on a eu plusieurs lieux de détention et dans certains d’entre eux, les combats étaient très proches. Il y a particulièrement un moment début janvier où nous avons été obligés de partir très rapidement de l’endroit où on était, et ce que nous a laissé entendre l’équipe qui nous a déplacés, c’est que nous avions été pris pour cible par d’autres groupes et que c’était la raison de ce déplacement.

    Est-ce que ces difficultés auxquelles était confronté le groupe qui vous retenait ont favorisé votre libération ?

    Je n’en ai pas la moindre idée.

    Comme à chaque libération d’otages, il y a des questions qui se posent sur des contreparties qui ont pu être accordées aux ravisseurs. Est-ce que ça vous intéresse de savoir ou est-ce que vous vous dites, ça n’est pas mon problème ?

    En tant que journaliste, je comprends que vous posiez la question et je me pose la question quand je suis journaliste. Après, c’est un débat de société avec qu’est-ce que l’on doit faire face aux otages ? Ce que je peux vous dire, c’est la chose suivante : le fait que la France n’abandonne pas ses compatriotes est un grand réconfort quand on y est. Je ne sais pas ce qui s’est passé et je n’en ai pas les moyens. Je viens d’arriver et ce n’est pas moi qui travaille sur la question, je n’ai pas enquêté sur l’affaire. Je sais que des négociations ont eu lieu puisque j’ai fait des preuves de vie, j’ai reçu des questions, etc. Pourquoi, comment et qu’est-ce qui a déterminé mes ravisseurs et à me kidnapper et à me relâcher, franchement je n’en sais rien. On peut imaginer douze millions de choses. On peut effectivement imaginer tout ce qu’on veut, des échanges de prisonniers, etc. Je ne sais pas.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.