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RSF: «La liberté de la presse est en recul dans le monde»

media Des journalistes egyptiens ont manifesté contre les attaques dont il font l'objet, le 17 avril au Caire. L'Egypte est 159e sur 180 au classement de RSF. AFP PHOTO / MAHMOUD KHALED

Le classement annuel publié par Reporters sans frontières montre un recul de la liberté de la presse dans le monde. Les zones de conflit deviennent de plus en plus dangereuses à couvrir et près de quatre milliards d’humains n’ont pas un accès libre à l’information. Entretien avec Antoine Héry, l’auteur du rapport.

Quelle méthodologie utilisez-vous pour effectuer votre classement annuel ?

On utilise un questionnaire des 87 questions qui traitent de tous les volets qui font la liberté de l’information au quotidien pour les journalistes et pour les citoyens-journalistes. Et à partir de ces questions, que l’on diffuse dans le monde entier dans les 180 pays qui figurent au classement, on affecte des points qui nous donnent un score par pays. Dans chaque pays, nous avons des répondants à ces questionnaires, des panels de cinq à dix personnes selon les pays.

Il y a des pays qui vous donnent plus de fil à retordre ?

Oui, dans certains pays c’est difficile d’obtenir l’information. Déjà parce que cela peut être dangereux pour certains de répondre à des questions posées par Reporters sans frontières. C’est le cas dans des pays comme le Vietnam ou le Laos, par exemple. Et puis dans d’autres pays, c’est carrément impossible d’avoir de réponses de l’intérieur, comme en Erythrée ou en Corée du Nord, les deux pays qui sont en fin de classement. Là, on est obligé de faire appel à des journalistes basés hors du pays.

Sur les douze derniers mois, quels sont les changements notables par rapport à 2012 ?

Sur une approche globale, on se rend compte à l’échelle du monde que la liberté de la presse est en recul. On peut le mesurer avec notre indice annuel qui prend en compte tous les États qui figurent au classement. Cet indice montre qu’entre 2012 et 2013, la liberté de l’information s’est un peu érodée. De façon plus spécifique, la multiplication et la complication de certains conflits est moteur de cette érosion, notamment en Syrie. En Syrie, c’est un véritable massacre pour les acteurs de l’information depuis maintenant trois ans. Cela a aussi été le cas au Mali et en République centrafricaine où les conflits ont cristallisé le changement dans le classement (le Mali a regressé de la 100e à la 122e place, la RCA de la 66e à la 109e place, ndlr). À cause de conflits ou d’une instabilité politique, certains pays ont continué à chuter et d’autres ont continué à rester à des places très peu enviables.

En ce qui concerne la Syrie, on constate dans votre rapport que ce qui s’y passe contamine en quelque sorte toute la région…

Oui, c'est-à-dire qu’il y a une forte polarisation dans les pays arabes autour de la Syrie. Cela atteint le Liban par exemple. Toute la région se polarise finalement entre les pros et les antis Bachar el-Assad. Et les médias sont affectés par cette polarisation de la société civile. Les médias sont pris à témoin et sont extrêmement sollicités, dans le mauvais sens du terme. Il y a dans l’espace public une agressivité vis-à-vis des journalistes pour obtenir une représentation de sa parole par l’intermédiaire des médias.

On remarque aussi dans votre rapport la part de plus en plus importante prise dans les zones de conflit par les citoyens-journalistes, là où il devient très dangereux d’aller pour les journalistes professionnels...

C’est une catégorie d’acteurs de l’information qui va tout simplement faire de l’info de manière amateur mais c’est de l’information qui a quand même une valeur. En Syrie, on sait très bien que les citoyens-journalistes sont vecteurs de l’information. Et que les grandes agences internationales se reposent parfois, et même assez souvent, sur ces témoignages de l’intérieur. Là où les journalistes ne vont plus, finalement ce sont les journalistes-citoyens qui prennent le relais. Mais ce n’est pas seulement propre aux zones de conflit. En fait, c'est le cas partout. C’est un phénomène qu’on observe aussi dans les démocraties les plus avancées où il n'y a aucun conflit. C’est simplement une forme d’appropriation de l’activité d’information par les citoyens.

Les risques encourus incitent désormais les rédactions à ne plus envoyer de journalistes dans certaines zones dangereuses, voire même à rapatrier ceux qui étaient installés sur place en tant que correspondants. C’est un phénomène nouveau dans la presse ?

Je ne crois pas que ce soit forcément nouveau. Mais le phénomène qui s’accentue, c’est la prise d’otage. A partir des années 1990, les journalistes ont commencé à avoir « une valeur » aux yeux des belligérants. Aujourd’hui, c’est devenu systématique. En Syrie, les journalistes sont ciblés par les preneurs d’otages et c’est une donnée qu’on ne peut pas ignorer. Les zones dangereuses ont toujours été difficiles à couvrir et ont, au minimum, limité les médias dans le choix des journalistes qu’ils envoyaient sur place. Mais effectivement, cette focalisation sur les acteurs de l’information comme « représentants des pays occidentaux » fait que la mission d’information pour ces journalistes est devenue de plus en plus difficile.

REUTERS/SANA/Handout via Reuters

On constate également à travers votre rapport que 15 des 24 pays les plus peuplés du monde (1) arrivent au-delà de la 130e place sur 180. Cela représente globalement une population de 4 milliards d’habitants qui n’a pas un accès normal à l’information. Cela n’est pas très encourageant…

Non, vous avez raison. Quand on regarde la carte qui sort avec le classement de RSF, on s’aperçoit très vite que les points stratégiques de l’humanité que sont la Chine, l’Inde – la plus grande démocratie du monde – qui pèsent, avec le Brésil, d’un poids énorme par rapport à la population mondiale sont effectivement des populations où l’accès à l’information est soit difficile, soit franchement mauvais. Et où les journalistes sont carrément opprimés. C’est le cas notamment en Chine. La Chine occupe la 175e place au classement et c’est juste délirant de penser que plus d’un milliard d’individus doivent accéder à l’information dans ces conditions-là.

Est-ce que les régimes dictatoriaux ou totalitaires emploient tous les mêmes moyens pour museler la presse ?

Les techniques diffèrent un petit peu. Notamment lorsqu’elles doivent s’adapter en permanence à ce que les dissidents proposent, en l’occurrence l’adaptation aux nouvelles technologies. C’est un critère qui est très important par exemple en Chine. Avec la Russie, c’est le pays où il y a le plus de blocage de l’internet par l’intermédiaire de mots-clefs. Et c’est aussi le pays où il y a le plus de blogueurs qui pratiquent ce que l’on appelle le « contournement intelligent ». On peut contourner les mots-clefs relativement facilement. Simplement, il faut bien comprendre que derrière ces mots-clefs, ce sont des armées entières de techniciens qui sont capables aussi de reconnaître des comportements humains. La difficulté face au gouvernement chinois, c’est qu’il a des moyens énormes à sa disposition. Alors oui, le blogging se développe en Chine et on voit de l’info sortir. Mais en face, la réplique consiste à sur-développer le contrôle humain pour que la censure par mots-clefs soit rendue plus compliquée grâce à une approche individualisée.

Depuis l’élaboration de ce rapport en décembre, la situation a évolué dans un pays comme l’Ukraine. Les journalistes russes sur place ont reçu des consignes de Moscou sur la façon dont ils devaient rapporter ce qui se passe sur le terrain. C’est une situation que vous suivez particulièrement en ce moment à Reporters sans frontières ?

Oui, on est très vigilants et on fait beaucoup de communiqués de presse à ce sujet. On alerte les décideurs politiques en Europe et on essaie de faire bouger les choses mais ça n’est pas toujours évident. On a mené une mission sur place avec plusieurs ONG, au moment des événements de la place Maïdan. En Ukraine, on est carrément dans un cas poussé à l’extrême, où la Russie mène délibérément une campagne de propagande et de désinformation. On veille, dans la mesure de nos moyens, à ce que la liberté de l’information soit respectée là-bas et ce n’est pas forcément évident. On mène aussi des actions d’assistance, c'est-à-dire que l’on envoie du matériel de protection de manière assez massive pour que les journalistes puissent couvrir les manifestations. Et on apporte de l’assistance aux journalistes qui ont des frais de santé dus à leurs activités.

AFP PHOTO/ASHRAF SHAZLY

Le pays le moins bien classé dans votre rapport annuel reste l’Erythrée. Reporters sans frontières finance une radio qui émet de Paris, Radio Erena, c’est assez unique…

C’est un projet qui se poursuit depuis 2009. On les soutient. On ne s’en rend pas forcément compte depuis Paris mais ça a une importance capitale en Erythrée. On sait ici que beaucoup de gens écoutent Radio Erena en Erythrée, malgré les difficultés et malgré les risques encourus à écouter cette radio. Même parmi certains membres du gouvernement, il y a des personnes qui écoutent Radio Erena ! C’est la seule radio que nous soutenons qui émette depuis la France (la radio est captée par satellite et en ondes courtes en Erythrée, ndlr). En revanche, on a soutenu une initiative en Syrie, une radio qui s’appelle Radio Rozana et qui fait partie de ce que l’on pourrait qualifier de « média émergent ». Ce sont des médias qui apparaissent dans des zones libérées et qui traitent l’information de la manière la plus neutre possible. Et puis on mène aussi des actions de formations destinées à ces journalistes syriens qui travaillent à couvrir le conflit. On leur donne des outils de compréhension et on leur explique surtout que le traitement d’un conflit aussi important que le conflit syrien demande une objectivité la plus proche possible de la perfection.

Tout en haut du classement, on retrouve la Finlande à la première place. C’est le bon élève depuis de nombreuses années. Qu’est-ce que la Finlande a de plus vertueux que les autres pays sur le plan de la liberté de la presse ?

La Finlande a un système d’autorégulation de la presse qui est performant même si, paradoxalement, la presse finlandaise est assez concentrée. Ce n’est pas un modèle complètement vertueux du début à la fin puisque trois propriétaires principaux se partagent l’ensemble de la presse. Mais il y a une véritable culture de l’indépendance de la salle de rédaction qui fait que, malgré tout, les propriétaires n’ont pas d’influence dans les contenus. Et les politiques, par l’intermédiaire des propriétaires, n’ont pas non plus d’influence sur les contenus. Donc on arrive à un système où cette culture de l’indépendance fait que la Finlande reste dans le Top 10 du classement mondial depuis sa création, en 2002. Il faut dire aussi que, là-bas, la presse écrite résiste bien face au numérique. Il existe de nombreux titres de presse, qui appartiennent effectivement à des groupes restreints mais qui représentent au mieux le pluralisme des opinions.

Un dernier mot sur la France. Elle a perdu une place par rapport à 2012 et figure au 39e rang. Pour quelles raisons ?

C’est toujours cette déception sur le sujet du secret des sources. Une loi enfin performante sur le secret des sources est attendue depuis un certain temps et elle tarde à venir. Elle était inscrite en janvier dernier sur l’agenda de l’Assemblée nationale et cela a été décalé à mai. Et puis là, elle a fait l’objet d’un nouveau report à juillet. On voit bien que la priorité du gouvernement n’est pas du tout sur ce sujet. C’était pourtant un engagement de campagne de François Hollande en 2012.

En outre, on constate dans les manifestations publiques un fort ressentiment à l’égard de la presse, à la fois de la part des manifestants mais aussi, parfois, de la part des politiques qui créent un climat parfois un peu difficile. On avait eu à déplorer des agressions de journalistes en 2012. On en a encore eu en 2013 et c’est parti encore pour continuer. Donc on s’alarme un peu de ça à Reporters sans frontières car les journalistes qui couvrent les manifestations sont là pour rapporter l’info. Qu’ils soient pris à parti, et parfois victimes de violence, n’est pas digne d’une démocratie comme la France. Maintenant, c’est vrai aussi que la presse française sort des affaires. Le journalisme d’investigation semble fonctionner et,quand il est efficace, on s’en réjouit, bien évidemment.

(1) Les 15 pays en question : Chine (1,3 Md d’habitants), Inde (1,2 Md), Indonésie (253 Millions) Pakistan (188 M), Bangladesh (152 M) Russie (143 M), Mexique (119 M), Philippines (99 M) Vietnam (88 M) Egypte (86 M) Ethiopie (86 M) Iran ((77 M) Turquie (76 M) Thaïlande (67 M) Birmanie (55 M).

 

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