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    Décryptage avec nos invités, Liesl Louw Vaudran et Stéphanie Wolters, de l'Institut d'études et de sécurité de Pretoria -ISS-, Daniel Compagnon, professeur à l'Institut d'études politiques de Bordeaux (Centre d'études d'Afrique noire), Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, et nos envoyés spéciaux à Harare et correspondants régionaux.

    France

    Fleury-Mérogis : une maison d’arrêt sous haute surveillance

    media Entrée de Fleury-Mérogis (banlieue parisienne), la plus grande prison d'Europe. AFP / Mehdi Fedouach

    A Fleury-Mérogis, le programme de rénovation de la maison d'arrêt pour hommes est en train de s'achever. Il ne reste plus qu'une seule « tripale » à refaire de fond en comble, avant de s'attaquer au centre pour les jeunes et à la prison des femmes. Reportage dans la plus grande prison d'Europe.

    Hubert Moreau serait bien resté à La Réunion mais l'administration pénitentiaire en a décidé autrement. Depuis, c'est lui qui est aux commandes de la plus grande prison d'Europe... La maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, dans l'Essonne, c'était très exactement le 15 mai dernier, 4056 personnes placées en détention provisoire ou condamnées à des peines inférieures à deux ans d'emprisonnement, dont quelque 400 jeunes et 260 femmes. A la nursery, cinq mères s'occupent de leurs enfants tandis que quatre futures mamans s'apprêtent à accoucher prochainement...

    Ironie de l'histoire, cet espace de privation de liberté a été inauguré en plein mai 1968 ! A l'origine, la prison de Fleury-Mérogis était destinée à remplacer la Santé, à Paris, déjà vétuste et surpeuplée. Sur un immense domaine foncier de 183 hectares, on a d'abord sorti de terre le quartier pour hommes, puis le centre des jeunes détenus, et enfin la maison d'arrêt des femmes. Avec à chaque fois, un même modèle hexagonal : des murs d'enceinte de trois cents mètres de long entourent un bâtiment central, le tout relié par cinq satellites à quatre étages en forme de pattes d'oies qu'on appelle des « tripales ». Chaque tripale accueille en théorie entre 700 et 900 détenus mais la surpopulation est flagrante : plus 138% sur l'ensemble des trois structures, plus 167% sur la maison d'arrêt pour hommes.

    Cinq mille détenus attendus après la rénovation

    Un vaste programme de rénovation, d'un coût total de 503 millions d'euros, a été décidé en 1998 et a débuté quatre ans plus tard. Il a commencé par le quartier pour hommes, un chantier qui sera achevé au premier semestre 2015. La rénovation du centre des jeunes et de la maison d'arrêt des femmes suivra, le tout devant être bouclé en 2019. Pour l'instant, les bâtiments administratifs et certains parloirs sont donc installés dans des locaux modulaires provisoires. A cette difficulté s'ajoute le fait qu'il faut faire entrer chaque jour 250 ouvriers sur le site, tout en assurant un maximum de sécurité pour tous. Surtout, la rénovation des locaux a entraîné un grand chambardement en septembre dernier quand il a fallu déménager et reloger aussitôt les 542 hommes de la tripale D4, aujourd'hui fermée pour travaux, vers la D5 flambant neuve.

    Les nouvelles cellules sentent encore la peinture fraîche. Télévision, douche privative, deux lits superposés. L'encellulement individuel n'est pas toujours possible sur 9,5 m², en dépit des injonctions répétées de la Cour européenne des droits de l'homme. Les détenus sont donc souvent logés à deux. Il y a aussi désormais des cellules pour personnes handicapées. Un agent de surveillance veille sur 80 à 95 personnes pendant six heures à chaque étage. Le fait d'avoir une douche personnelle est un plus indéniable pour le détenu, et un gain de temps aussi pour les 1350 surveillants, qui n'ont plus à s'occuper de la corvée des douches collectives d'autrefois. Ils ont été en revanche invités à observer davantage les détenus pour repérer les signes d'apathie ou d'agressivité des uns et des autres.

    Repérer les profils à risques

    L'agressivité, elle est bien présente. Les surveillants en parlent, le directeur aussi. En 2013, il a recensé 300 agressions, dont environ 60% de menaces, insultes et agressions verbales et 40% d'agressions physiques. Au début du mois de mai d'ailleurs, à l'invitation de l'UFAP, le principal syndicat de leur profession, les surveillants ont momentanément bloqué les extractions judiciaires pour manifester leur ras-le-bol, tout en brandissant une banderole qui portait ces mots explicites : « Manque d'effectifs, personnels en souffrance! ». La dernière prise d'otages remonte à 2011 mais ils disent vivre dans une tension permanente, et constatent que de plus en plus de détenus souffrent de troubles psychiques ou de dépendances aggravées. En clair, la toxicomanie fait des ravages.

    A Fleury-Mérogis, on compte 19 DPS, détenus particulièrement surveillés. Ils ne sont pas logés dans un quartier particulier de la prison pour hommes mais disséminés un peu partout. En revanche, une attention toute particulière est prêtée à leurs faits et gestes : pas question de laisser s'installer, comme cela a pu arriver récemment à la prison de Liancourt une forme de « caïdat », avec tous les désagréments que cela entraîne... Au besoin, les communications de ces détenus dangereux peuvent être écoutées et enregistrées en lien avec les autorités judiciaires : cela sert à la fois à prévenir les évasions et à contenir le prosélytisme religieux de certains extrémistes. Il existe de toute façon, à Fleury-Mérogis comme ailleurs, des « informateurs » en cheville avec l'administration ainsi qu'une cellule de renseignement dédiée à la veille quotidienne. Tout est important : une barbe qui s'allonge, un désir de vengeance, des propos suicidaires...

    Plus de bruits de clés, mais des caméras partout

    Des suicides justement, il vient d'y en avoir deux, coup sur coup, par pendaison : l'un chez les femmes le 28 avril, l'autre chez les hommes le 10 mai. Cela en fait quatre depuis le début de l'année. Même si les surveillants essaient de rester très attentifs, même s'il existe des cellules toutes lisses, sans aspérités, réservées aux cas les plus fragiles, parfois l'irréparable ne peut être évité... C'est surtout à l'arrivée qu'il faut faire attention : les détenus sont donc placés sous observation au début de leur incarcération pour évaluer leur comportement pendant une à deux semaines. Ce n'est qu'ensuite qu'ils seront affectés à tel ou tel étage, les uns travaillant en atelier, les autres étant scolarisés, etc. Reste qu'il faut toujours veiller à ne pas mettre en présence des caractères incompatibles entre eux et à isoler les délinquants sexuels des autres : la loi interne de la prison reste intraitable...

    A Fleury-Mérogis, le niveau de sécurité est particulièrement élevé, avec miradors armés, filets anti-hélicoptères, intervention en trente minutes des troupes d'élite de l'ERIS basées à Fresnes, et un poste de commandement protégé par une porte blindée pesant 600 kilos. Chaque agent de surveillance dispose d'une sorte de talkie-walkie amélioré. Si ce dispositif reste posé à plat trop longtemps, -« en position homme mort », disent les spécialistes -, une alarme se déclenche automatiquement. De même si la ficelle est arrachée, ce qui signifie que l'agent a été attaqué.

    A l'extérieur, en raison des travaux, un véhicule de sécurité circule en permanence depuis que le mirador central a été supprimé. Surtout, il y a des caméras à forte résolution un peu partout et cela a changé beaucoup de choses. En cours de promenade par exemple, les détenus savent pertinemment qu'ils sont filmés, qu'ils seront reconnus en cas d'altercation, que cela sera inscrit dans leur dossier et que cela jouera in fine contre eux. Du coup, le niveau de violence a considérablement baissé pendant ces heures de détente quotidienne.

    Les parloirs, un problème!

    Il reste cependant une zone difficile à gérer, les parloirs. Pas de caméras ni de sonorisation dans cet espace de proximité avec les proches et la famille, qui ne doit pas devenir pour autant un lieu d'intimité. C'est la première difficulté pour les personnels, la deuxième étant qu'ils n'ont plus le droit de pratiquer des fouilles corporelles systématiques sur les détenus à la fin des visites. Cela râle très fort du côté des agents, à Fleury-Mérogis comme ailleurs, car ils voient entrer en détention des portables, du shit, des objets interdits... qu'ils retrouvent ensuite en cellules !

    Pour les portables, il existe bien un système de brouillage ; pour le reste, il faut faire avec. Du coup, l'administration procède à des fouilles ciblées et réactualise ses listes régulièrement pour ne pas discriminer toujours les mêmes personnes. En attendant, rénovation ou pas, les bonnes vieilles méthodes ont la vie dure : sur les murs tout neufs de la tripale D1, des centaines de « yoyos » qui servent à échanger des petits riens d'une cellule à l'autre se balancent inlassablement dans la brise du matin...

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