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    France

    France: la difficile lutte contre les filières jihadistes

    media Mehdi Nemmouche, le Français de 29 ans soupçonné d'être l'auteur de la tuerie du musée juif de Bruxelles le 24 mai 2014. DR.

    Quatre personnes ont été interpelées ce lundi matin en France dans le cadre d’une enquête liée aux filières jihadistes syriennes. Trois d’entre elles ont été arrêtées en région parisienne, la dernière dans le sud-est du pays. Elles sont soupçonnées non d'avoir combattu aux côtés des groupes islamistes hostiles à Bachar el-Assad, mais d'avoir organisé le départ de prétendants au jihad. Ces interpellations mettent en lumière les difficultés posées par la lutte contre les filières jihadistes en France, et en particulier au sein de l'univers carcéral.

    C’est le ministre de l’Intérieur qui a annoncé ces interpellations alors que les opérations de police étaient encore en cours. Bernard Cazeneuve voulait ainsi montrer que le gouvernement prend ce dossier des jihadistes français très à cœur, alors qu'il a semblé un peu dépassé, ces derniers jours, dans l'affaire Mehdi Nemmouche – cet homme soupçonné d'être l'auteur de la tuerie du musée juif de Bruxelles, le 24 mai. Mardi à la mi-journée sa garde à vue a été prolongée de 24h. Le jeune homme, qui a été arrêté samedi, sera présenté à l'avocat général de l'exécution des peines de Versailles (région parisienne) mercredi matin. Le mandat d'arrêt européen, émis contre lui, lui sera alors notifié.

    Lorsque l’interpellation de Mehdi Nemmouche a été rendue publique, trente-six heures après les faits, François Hollande puis Bernard Cazeneuve sont tous les deux intervenus d’un ton ferme pour dire que le jeune homme avait été arrêté dès qu'il avait mis les pieds en France, et que « la traque des jihadistes sera[it] totale ». Le discours se voulait rassurant. Pourtant Mehdi Nemmouche a pu traverser tout le pays avant d'être arrêté : il n'avait pas été repéré par les forces de l'ordre, et son interpellation a été le fruit du hasard.

    Ce scénario rappelle beaucoup celui de Mohamed Merah, l'homme qui a tué sept personnes en 2012 dans la région de Toulouse. Pourtant, le fait que Mehdi Nemmouche ait un profil radical semblait assez connu. Selon le procureur de Paris, François Molins, c'est en prison qu'il s'est radicalisé. La prison, Mehdi Nemmouche l'a connue à plusieurs reprises, notamment pendant cinq ans, de 2007 à 2012. C'est lors de cette dernière détention que son positionnement religieux commence à inquiéter. La raison ? Son attitude, ses fréquentations : dans la cour de promenade, c'est avec les détenus islamistes qu’il passe le plus de temps. À sa libération, Mehdi Nemmouche aurait donc été signalé par l'administration pénitentiaire aux services de renseignement. Ce qui ne l'a pas empêché, semble-t-il, de partir combattre en Syrie.

    La prison : ce n'est pas forcément là que débute la radicalisation, mais elle peut s'y renforcer. Le phénomène touche souvent des jeunes en marge de la société, ceux qui ont du mal à se trouver une place. Il est très visible dans des quartiers défavorisés en banlieue. Et à cet égard, la prison est en quelque sorte la banlieue de la banlieue. Les détenus sont coupés de la société, et deviennent ainsi plus perméables à certains discours – mêlant de la haine, mais également l'idée que quelqu'un croit en eux, qu'ils doivent se battre pour lui. D'autant que dans l'univers carcéral, des détenus de droit commun peuvent côtoyer des personnes incarcérées justement pour leur adhésion aux idéaux jihadistes.

    De plus, la pratique religieuse est mal encadrée. En 2011, le contrôleur général des prisons épinglait les pouvoirs publics, estimant que la liberté de conscience en prison n’était pas respectée. Ses services ont relevé un difficile accès « à des locaux et des objets de cultes essentiels » et des « commentaires tendancieux des personnels (…) sur les convictions et les pratiques religieuses. » Les aumôniers musulmans des prisons sont également en nombre insuffisant : il en existe moins que d'établissements pénitentiaires. Leur budget est à peu près équivalent à celui des aumôniers protestants alors même que les musulmans sont, en milieu carcéral, la première communauté religieuse.

    À l’inverse, les détenus sont surveillés. L'administration pénitentiaire fait du renseignement. Les communications peuvent être écoutées, les cellules fouillées. Selon  le président de la commission des lois à l’Assemblée nationale Jean-Jacques Urvoas, le bureau du renseignement pénitentiaire surveille particulièrement huit cent dix détenus. Parmi eux, une centaine l’est pour des comportements en lien avec la mouvance islamiste.

    Depuis l’interpellation de Mehdi Nemmouche, Bernard Cazeneuve a affirmé vouloir lutter contre la radicalisation en prison. En 2012, le garde des Sceaux Christiane Taubira avait annoncé le recrutement d’aumôniers musulmans. Le ministre de l’Intérieur, lui, veut axer son action sur leur formation. Aujourd'hui, la plupart d'entre eux suivent un cursus à la mosquée de Paris. L'État pourrait décider d'investir dans ce domaine. Mais pour nombre d’aumôniers, ces annonces sont à double tranchant : les détenus risquent désormais de les percevoir comme des contrôleurs de conscience et de ne plus se livrer à eux.

    C’est le 25 juin que Bernard Cazeneuve présentera son nouveau plan de lutte contre les filières jihadistes, qui devrait aussi inclure des mesures légales. L'un des problèmes est en effet la qualification juridique des faits : « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». Dans le cas de Mohamed Merah – et, s'il se confirme, celui de Mehdi Nemmouche –, le tueur a agi seul et ne peut être poursuivi pour « association de malfaiteurs. » Certains spécialistes, comme le juge antiterroriste Marc Trevidic, voudraient aller plus loin. Ils réclament la création d'outils judiciaires dits « de neutralisation précoce » des jihadistes, et préconisent la mise en place d'un « délit-obstacle d'interdiction de combattre à l'étranger sans autorisation. » Ces mesures, cependant, posent des questions sur le respect des libertés individuelles, notamment la libre circulation.

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