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    Ils ont été lanceurs d'alerte et ils ont tout perdu...

    media Christian Marescaux, médecin à l'hôpital Hautepierre de Strasbourg, a mis en cause la prise en charge des AVC. Getty/Jim Wehtje

    Il n'est pas toujours bien vu en France de soulever le couvercle de la marmite, surtout quand le ragoût est rance... La plupart de ceux qui ont osé signaler des faits de corruption, des marchés truqués, des contrefaçons ou des faits de fraude fiscale l'ont payé cher. Pourtant, il est tout à leur honneur d'avoir pris ce risque : les lanceurs d'alerte sont les «vigies citoyennes» de notre démocratie...

    La voix, qui décroche le combiné, est comprimée par l'émotion. Christian Marescaux, médecin à l'hôpital Hautepierre de Strasbourg, m'apprend qu'il vient de perdre un collègue et ami très cher, Pierre Kehrli, le responsable du service de neurochirurgie. « Il est mort le 28 mai dernier du harcèlement dont nous sommes victimes depuis des mois. On ne meurt pas comme cela à cinquante ans ! Son accident cardiaque est lié au choc qu'il a reçu en apprenant la nomination prochaine d'un incompétent notoire, l'humiliation de trop... », explique Christian Marescaux. A l'hôpital Hautepierre, Christian Marescaux, Pierre Kehrli et le professeur Rémy Beaujeux, le responsable de la neuroradiologie, sont devenus des pestiférés. Pierre Kehrli était le plus jeune ; il est parti le premier, trop éprouvé selon son ami par toutes les tensions, les pressions et les chantages exercés sur les jeunes internes, qui évitent depuis un certain temps de côtoyer ces sommités ostracisées.

    Briser la loi du silence

    Des sommités qui ont osé briser la loi du silence, soit frontalement comme Christian Marescaux, soit plus discrètement comme ses deux autres collègues. Un outrage qu'on ne leur pardonne pas... En tant que responsable de l'unité neurovasculaire de l'hôpital de Hautepierre, Christian Marescaux est chargé d'accueillir les patients victimes d'accident vasculaire cérébral (AVC). C'est ainsi qu'il s'est rendu compte que pour les examens réalisés par résonance magnétique (IRM), des personnes non hospitalisées ou bien appartenant à la clientèle privée des médecins de l'établissement passaient avant tout le monde, au détriment des patients amenés en urgence.

    Or, en cas d'AVC, chaque minute compte... Depuis que Christian Marescaux s'est exprimé dans la presse (avec le soutien officieux de ses deux confrères), l'hôpital de Hautepierre a tout nié en bloc, mais lui a refusé de se taire. Il a même décrit une « pénurie organisée, la mise en place d'une sorte de marché noir où le recours aux consultations privées est nécessaire pour raccourcir les listes d'attente ». Une petite phrase aussitôt suivie d'un sévère rappel à l'ordre de la part de sa hiérarchie, avec interdiction de communiquer avec l'extérieur. C'était le début des hostilités... En attendant, plusieurs plaintes ont été déposées au Parquet et une association de patients en colère s'est constituée.

    On aurait pu penser que ce lanceur d'alerte - puisque c'est ainsi qu'il se définit lui-même - allait se calmer et se faire oublier. C'était sans compter sur ses convictions profondes. Quelques semaines plus tard, en toute connaissance de cause et au mépris de nouvelles sanctions, Christian Marescaux est allé jusqu'à soutenir publiquement les parents d'un jeune garçon, décédé dans le même établissement à la suite d'un accident de vélo : le chirurgien d'astreinte, absent au moment des faits, avait refusé de donner son accord par téléphone pour une opération de la rate, condamnant le jeune cycliste à une mort inéluctable.

    A cette occasion, Christian Marescaux a dénoncé des « irrégularités » dans le dossier médical du jeune garçon. Il en a profité pour affirmer que «ce cas n'était pas un cas isolé. Quand les difficultés que vivent les urgentistes aboutissent à une complication, il y a une protection de l'hôpital par des falsifications, des pressions, des calomnies, qui touchent les patients eux-mêmes, leurs familles ou le médecin qui parle». Et de conclure, la voix lasse : « Je viens de me suicider professionnellement »...

    Christian Marescaux et ses confrères ne sont pas les seuls à être entrés dans la tourmente. Régulièrement, des hommes et des femmes, qui ne s'y attendaient pas, franchissent un jour le miroir. Choqués par des informations confidentielles qu'ils ont tout à coup entre les mains ou bien par des situations délictuelles contraires à leurs principes, qu'ils ne peuvent passer sous silence au risque de piétiner leurs convictions profondes, ils font un signalement à la justice ou se confient à la presse, et deviennent aussitôt des bêtes à abattre. Autrement dit, des traîtres, des moutons noirs, des délateurs... Il ne fait pas bon en France d’appuyer là où cela fait mal ! Mieux vaut tourner la tête, se boucher les yeux et les oreilles. Tous les lanceurs d'alerte font la même expérience : après le choc de la découverte vient la solitude, puis un terrible sentiment d'abandon. Bientôt, ce sont les sanctions qui pleuvent !

    Sanctions pour les lanceurs d'alerte

    Stéphanie Gibaud en sait quelque chose. Cette ancienne responsable de la communication de la banque UBS a découvert en 2008 que son entreprise utilisait ses services pour appâter de riches clients et orienter leurs avoirs vers la Suisse. Organiser de somptueuses réceptions permettait en fait de démarcher de potentiels fraudeurs fiscaux. A son insu, Stéphanie était ainsi devenue un maillon essentiel d'une vaste chaîne d'évasion fiscale organisée : « Un beau jour, ma toute nouvelle supérieure hiérarchique déboule dans mon bureau et me demande de détruire une partie de mon disque dur. Cet ordre a été répété, oralement, et j'ai compris qu'il y avait quelque chose de relativement gênant dans mes données car je travaillais dans la partie événementielle et je détenais de nombreux listings. Depuis, UBS a été mise en examen en France et en Suisse pour complicité de démarchage. Si je n'avais pas bougé, que me serait-il arrivé ? Quand j'ai compris, je me suis tournée vers un avocat, et j'ai décidé de dénoncer ces faits ».

    Dès lors, ses collègues lui tournent le dos. Stéphanie tombe en dépression. L'entreprise la placardise, l'humilie sans cesse, l'attaque bien évidemment en justice pour la faire craquer. Des techniques connues, et qui arrivent parfois à décourager les meilleures volontés. D'ailleurs, la plupart des lanceurs d'alerte parlent soit après avoir quitté d'eux-mêmes la société qui les employait, soit après avoir été licenciés, pour un motif souvent fallacieux.

    Généralement, ils passent aussi par la case « procès » et doivent attendre pendant des années qu'on leur rende justice. Stéphanie est dans ce cas : huit ans après, elle n'a toujours pas retrouvé d'emploi et arrive en fin de droits. « C'est un véritable cauchemar. Rien n'avance, la justice va à une vitesse de tortue. Moi, je pensais que le fait d'être innocente et d'avoir des preuves de mes dires, ferait que tout cela allait se régler rapidement. Que je serais en quelque sorte remerciée du travail que j'avais fait dans l'intérêt général. Eh bien, non, c'est tout le contraire ! J'ai perdu mon emploi, j'ai été blacklistée à partir de 2007 et je serai au RSA à partir de juillet, avec deux enfants à charge. Il est quand même étrange qu'au pays des droits de l'Homme les citoyens honnêtes soient traités comme des criminels... ».

    • Pour en savoir plus sur le sujet :

    La femme qui en savait vraiment trop, Stéphanie Gibaud, éditions du Cherche-Midi, Paris, février 2014

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