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    France

    La mémoire occultée de la bataille de Normandie

    media Le président français François Hollande, devant le monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale de Trévières, le 1er juin 2014. AFP PHOTO/ ALAIN JOCARD

    Le 6 juin 1944, les Alliés débarquaient sur les plages de Normandie ; le 25 août, la ville de Paris était libérée. Mais entre ces deux événements se déroulait la bataille de Normandie, souvent absente des mémoires. La population normande, qui a payé un lourd tribut lors des combats, a longtemps été une oubliée de l’histoire.

    Le dimanche 1er juin, le président François Hollande s’était rendu au village de Trévières dans le Calvados. Symbole des terribles affrontements de la bataille de Normandie, le village avait été presque complètement rasé par les bombardements alliés. Ce vendredi 6 juin à 9 h, les cérémonies de commémoration des 70 ans du débarquement et de la bataille de Normandie s’ouvriront par un hommage aux victimes civiles au Mémorial de Caen. Ces gestes témoignent de la reconnaissance officielle d’une histoire peu reconnue auparavant.

    La vie durant la bataille

    Lorsque les combats éclatent à Caen, la population est désemparée. « Ce jour-là, vraiment on ne savait pas ce que c’était, ces bruits des bombes, tout s’éclairait. On avait très peur, alors nous nous sommes réfugiés dans la chambre des parents, se souvient Anne-Marie Denizot, adolescente en 1944. Papa a pris la direction des événements, il a mis des poutres dans la cave, en disant "on ne pourra pas rester là" car nous habitions à côté d’une gare. Tout le quartier partait, tout le monde sonnait aux portes, "il faut partir, il faut partir" ». C’est dans le lycée Malherbes, devenu aujourd’hui l’hôtel de ville, que la population trouve refuge. « Papa qui était un ancien officier a dit "calmez-vous", il s’est renseigné, il a su que la plupart des gens allaient se réfugier dans ce qui est actuellement l’hôtel de ville, continue Anne-Marie Denizot. Or, quand vous regardez l’hôtel de ville, en bas vous avez des grandes ouvertures, c’étaient les souterrains. Nous étions là pendant un mois et demi, papa nous y a conduits. On a été un mois sans se laver, sans se changer, mais ça c’était accessoire, on pense à vivre quand on a cet âge là. »

    Vue de Saint-Lo, ville détruite durant la bataille de Normandie. Photo: Fonds d'archives de Normandie / National Archives USA

    Dans l’hôtel de ville, la vie s’organise, avec l’aide de volontaires comme Jean-Marie Giraud, ancien maire de Caen, qui avait 18 ans en 1944 : « J’ai rallié ce qui était le lycée Malherbes, qui est maintenant l’hôtel de ville. Et là j’ai retrouvé des équipiers de la Croix-Rouge, et nous avons été chargés de mission à travers la ville : sauvetage, dégager les gens des ruines, les hospitaliser, et en même temps trouver du ravitaillement pour les nourrir. On allait dans les magasins, dans les épiceries et les boucheries ». La vie est terriblement difficile : « On entendait, on voyait quand même le feu au loin tout éclairer, décrit Anne-Marie Denizot. On était couchés par terre. On ne pouvait pas manger beaucoup, on était bien trop nombreux. Alors j’essayais de m’occuper, avec les étudiants de médecine, je portais leurs instruments. Il y avait des tables de marbre où étaient soignés tous les gens qui n’avaient pas besoin d’opération. » Si l’hôtel de ville de Caen ne fut pas bombardé, d’autres lieux en Normandie ont davantage souffert.

    Témoignage d'Anne-Marie Denizot : la protection de l'Hôtel de ville 04/06/2014 - par Guilhem Delteil Écouter
    Pour nous protéger, la résistance avait fait passer des messages de façon qu’on ne soit pas bombardé parce que c’était quand même un lieu très stratégique.

    Une bataille exceptionnelle

    La bataille de Normandie est un événement majeur de la Seconde Guerre mondiale, rappellent les historiens. « Quand vous interrogez les gens, ils vous disent : le 6 juin 1944, les Américains ont débarqué et Paris s’est libérée par son peuple quelques mois plus tard, explique Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen. Le débarquement d’abord, ce n’est pas qu’une affaire des Américains (Britanniques, Français et Canadiens y ont aussi participé NDLR). Mais entre le débarquement et la libération de Paris, qui s’est faite rapidement, sans destruction, il y a eu la terrible bataille de Normandie, qui a duré 100 jours, qui a ruiné ce pays, qui l’a dévasté, qui a tué 20 000 civils. » Jean Quellien, historien et spécialiste de la bataille de Normandie, insiste également sur sa spécificité. « Le cas de la Normandie est totalement unique en 1944. C’est le seul endroit où on se bat dans les mêmes régions, sans bouger d’un pied pendant très longtemps, pendant deux mois et demi. »

    « C’est aussi la seule région où vous avez une bataille de cette ampleur. La bataille de Normandie, plus de deux millions de soldats qui s’opposent si on réunit les deux camps, c’est une bataille exactement du niveau de Stalingrad sur le front de l’Est. Ce n’est pas une bataille commune parmi d’autres comme on le dit aussi quelquefois », analyse Jean Quellien, qui souligne que la bataille a eu lieu « sur un territoire relativement petit, et qui était peuplé d’un million d’habitants seulement à l’époque ». La bataille de Normandie est essentielle à la réussite du débarquement, rappelle l’historien : « Ce n’est pas le débarquement qui est essentiel, le débarquement à lui tout seul ne décide de rien du tout. Il n’a pas échoué le 6 juin, il aurait pu échouer dans les jours et les semaines qui ont suivis ».

    « Il s’agit simplement de dire l’histoire »

    Réhabiliter la bataille de Normandie n’est pas chose aisée. « Ça n’est pas toujours très facile parce que ça n’est pas un événement spectaculaire, c’est une bataille du genre de la guerre de 14-18, estime Jean Quellien. C’est à peu près la même chose, il faut partir d’une haie pour aller conquérir celle qui est en face. On a des combats qui s’éternisent sans événement particulièrement spectaculaire. C’est peut-être ça qui explique cette espèce de black-out sur la bataille de Normandie elle-même. »

    Ce 70e anniversaire du débarquement est pour Stéphane Grimaldi l’occasion de parler d’une histoire occultée. « La mémoire s’accorde mal avec l’idée que les villes normandes ont été bombardées par les alliés. Donc, il s’agit là maintenant de profiter de ce 70e anniversaire pour rappeler, non pas pour accuser qui ce soit. Il ne s’agit pas de ça, c’est une guerre. Mais il s’agit simplement de dire l’histoire. Et l’histoire, la vérité de l’histoire c’est que c’est ce petit territoire normand qui a en effet à payer le prix de la liberté de la France, de la libération de la France voire de l’Europe occidentale. »

    Plus généralement, c’est l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui doit être revisitée. « Il faut faire ce qu’on a fait avec 14-18 il y a vingt ans, c'est-à-dire qu’il faut sortir du seul récit militaire, pour rentrer dans la question du récit des sociétés en guerre, qui est beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus intéressant aujourd’hui, argumente Stéphane Grimaldi. La particularité de la Seconde Guerre mondiale, c’est qu’elle tue plus de civils que de militaires. Or l’histoire est écrite pour des militaires. Et il y a tout à faire sur cette question des sociétés en guerre, c'est-à-dire comment les gens, qu’ils soient Allemands, Belges, Français, Italiens, Japonais, Chinois, ont vécu cette épouvantable guerre. Ça c’est une vraie question : comment ça s’est passé. Et c’est ça qui va intéresser de mon point de vue les gens, les publics, dans dix ans, dans quinze ans. »

    →A Consulter: Le site du 70e anniversaire du débarquement et de la bataille de Normandie

    A Ecouter sur RFI:  Le débat du vendredi 6 juin- Débarquement du 6 Juin 44, le mythe écorné? (17h40 (T.U.) vers le monde et Paris, et à 19h40 (T.U.) vers l'Afrique).

     

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