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    D-Day: «80% des renseignements ont été fournis par la Résistance»

    media Débarquement américain à Omaha Beach le 6 juin 1944. AFP PHOTO/HO

    Négligée jusque-là par les alliés, la résistance française va gagner ses lettres de noblesse à partir du 6 juin 1944. Quel rôle a-t-elle joué dans le débarquement et la libération de la France ? Entretien avec Olivier Wieviorka, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et auteur de Histoire du débarquement en Normandie (Le Seuil).

    RFI : Le débarquement en Normandie est décidé en août 1943 lors de la conférence de Québec. Quel est l’état de la Résistance française à ce moment-là ?

    Olivier Wieviorka : Le débarquement est décidé sur le principe à Québec, mais il est vraiment décidé lors de la conférence de Téhéran en novembre-décembre 1943. A ce moment-là, dans le second semestre 1943, la Résistance gagne en épaisseur. Elle a plus de moyens, plus de moyens logistiques notamment ; sa presse est de plus en plus lue ; elle est en mesure de monter des corps francs ; elle a pu monter des maquis, même si beaucoup d’entre eux n’ont pas survécu à l’hiver 1942-1943. C’est également une résistance unifiée – le Conseil national de la Résistance a tenu ses premières séances le 27 mai 1943 –, ce qui est une grande originalité par rapport à d’autres pays européens, comme la Grèce et l’Italie. Un processus d’unification qui est cependant menacé depuis l’arrestation le 21 juin 1943 de Jean Moulin, auquel on n’arrive pas à trouver de successeur.

    Cette Résistance est-elle sollicitée par les alliés dès lors que le lieu du débarquement est décidé ?

    Cette Résistance ne connaît ni le lieu, ni l’heure, ni la date du débarquement, bien entendu. Et les Anglo-Américains ne croient pas en la résistance, ils l’ont toujours considérée comme un « bonus », un terme d’ailleurs utilisé par le premier planificateur d’Overlord, le général Morgan. Tout ce qu’elle apporte est le bienvenu, mais nous ne sommes pas dans une logique de division des tâches, on ne compte pas sur elle pour suppléer aux carences de l’état-major.

    Quel rôle joue-t-elle alors dans la préparation du débarquement ?

    Ce qu’on attend de la Résistance, c’est qu’elle fournisse des renseignements sur le mur de l’Atlantique, mais également sur l’ordre de bataille des Allemands : où cantonne telle division, quelles sont ses forces, quels types de chars elle possède. Mais si les alliés attendent de la résistance des renseignements, cela ne les empêche pas de prendre 1,5 million de photos aériennes du mur de l’Atlantique.

    Ces renseignements sont transmis à Londres par télégramme, en morse, grâce aux radios-émetteurs. C’est le cas pour les renseignements rapides et brefs, du type « telle division arrive ». Ils sont également transmis par courrier. C’est le cas notamment des plans, qui sont microfilmés, donnés à des centrales, qui collectent les informations récoltées par les réseaux et les mouvements, et envoyés à Londres via les pays neutres – l’Espagne ou la Suisse. Les services secrets américains, l’OSS (l’ancêtre de la CIA), estiment ainsi que 80% des renseignements utiles à la préparation du débarquement ont été fournis par les réseaux gaullistes.

    On attend également de la Résistance qu’elle accomplisse un certain nombre de plans. Le plus important d’entre eux est le plan Vert qui a pour objectif de procéder à un certain nombre de sabotages sur le réseau ferré pour éviter que les Allemands n’acheminent des renforts vers la Normandie. Il y a également le plan Tortue, un plan de guérilla qui cible l’acheminement terrestre, ou encore le plan Violet qui vise les télécoms.

    Mais comme les alliés n’ont pas voulu mettre de Gaulle, et par conséquent la Résistance, dans le secret des dieux, ces plans ont été élaborés par les services secrets gaullistes à l’aveuglette, en ignorant où le débarquement se produirait, tout en ayant cependant une forte présomption sur la Normandie. Ils ont ensuite été présentés à Eisenhower (Dwight Eisenhower, commandant en chef des forces alliées, ndlr) en mars 1944, avec l’idée que celui-ci lâcherait l’information, mais Eisenhower s’est contenté de dire : « C’est très bien ».

    Comment ces plans sont-ils mis en place ?

    Ils sont activés par des messages radio. Chaque réseau, chaque mouvement, chaque groupe de résistants a sa phrase. Les vers de Verlaine (« Les sanglots longs des violons de l’automne / blessent mon cœur d’une langueur monotone », diffusés en deux temps, la première partie le 1er juin, la seconde le 5 juin 1944, ndlr) sont ainsi adressés au réseau Ventriloque.

    Logiquement, les forces résistantes devaient entrer en action en suivant la progression alliée. Mais Eisenhower est tellement inquiet de la réaction allemande qu’il va demander aux Français de lancer tous les messages d’alerte, quelles que soient les régions, dans la nuit du 5 au 6 juin. Cela force les résistants à se mettre à découvert, mais Eisenhower a tellement peur que les Allemands ne se doutent de quelque chose qu’il préfère courir ce risque. La Résistance entre véritablement en action cette nuit du 5 au 6 juin. Jusque-là, les opérations menées par les réseaux suivent des calendriers qui leur sont propres, mais qui ne sont pas dictés par l’état-major allié.

    Ces plans se déroulent-ils comme prévu ?

    Les alliés, je le répète, n’ont pas confiance en la Résistance. Pourtant, celle-ci va réussir au-delà de leurs attentes. Dans les rapports d’opération qui sont envoyés, les alliés se félicitent notamment de la bonne exécution du plan Vert. Ces rapports font ainsi état de plus de 1 000 coupures ferroviaires pendant l’été 1944. Sur l’ensemble de la France, le trafic ferroviaire est réduit de moitié.

    En Bretagne, les résistants mènent des actions de guérilla, mais surtout, ils aident les armées américaines à progresser en leur servant d’éclaireurs, en gardant les ponts et les prisonniers. Ils permettent ainsi aux armées qui libèrent la Bretagne de se concentrer sur leur cœur de métier, c’est-à-dire faire la guerre, sans distraire leurs effectifs avec des occupations subalternes.

    Les alliés, qui pouvaient un peu douter de la discipline de la résistance et qui la considéraient jusque-là comme un bonus, vont avoir beaucoup plus confiance en elle. Dès lors, la Résistance est considérablement armée, notamment en juillet-août, et beaucoup mieux intégrée dans la pensée stratégique alliée lors du débarquement en Provence, qui a lieu le 15 août 1944.

    Sans faire de science-fiction, peut-on imaginer comment le débarquement se serait déroulé sans l’action de la résistance ?

    Je pense qu’il faut plutôt parler de la Libération. Est-ce que la France aurait été libérée sans la Résistance ? La réponse est oui, mais elle ne l’aurait pas été de la même manière. Il y aurait eu beaucoup plus de vies humaines sacrifiées, beaucoup plus de heurts entre la population civile et les armées de la libération. Cette Résistance, en fonction des listes établies par les services gaullistes, va nommer des préfets, des maires, reconnus par la population. Par exemple, la réquisition d’une école pour loger des soldats américains sera beaucoup mieux acceptée si elle est décidée par le maire que par un capitaine américain. La Résistance a donc été plus facteur d’ordre que de désordre.

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