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    France

    J. Zimet: l’histoire de la Grande Guerre, un patrimoine à transmettre

    media Photographies de poilus lors de la bataille de Verdun (Octobre 1916) Photographies par les soldats Gilbert et Louault.

    Joseph Zimet est le directeur général de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale. Il est l'invité de RFI en sa qualité d'historien, travaillant sur les questions de mémoire.

    RFI: la France de 2014 a-t-elle vraiment besoin de se souvenir de 1914 ?

    Joseph Zimet : la France a besoin de se souvenir de ce qu’a été la Grande Guerre, pour au moins deux raisons. D’abord, la Grande Guerre a laissé une trace indélébile sur la société française. Huit millions de soldats ont été mobilisés pendant cette guerre, 1, 4 million de soldats sont morts. Et la guerre a laissé des traces sur tout le territoire national, pas simplement dans la Somme, mais à l’arrière. Car la guerre a été gagnée par toute la société française. La Grande Guerre a été une épreuve pour tous les Français. D’autre part, la France a été pendant la Grande Guerre, un carrefour de cette guerre mondialisée. La France a accueilli plus de quarante pays. A l’époque, il y avait des empires, et la France a été un grand carrefour où sont venus des travailleurs, des combattants, des matières premières, des ressources…

    La France a été un champ de bataille en fait ?

    En effet, la France a été le champ de bataille du monde pendant plus de quatre ans. Et c’est de cela qu’il faut se souvenir. Un siècle plus tard, c’est cette mémoire qui revient, qui refait surface. La France accueillera pendant plus de quatre ans les représentants de ces nations aujourd’hui indépendantes, et les familles qui viendront se souvenir et honorer leurs ancêtres qui sont venus combattre, mourir en France.

    Donc la France a vraiment un rôle particulier à tenir au cœur de cet anniversaire ?

    La France a un rôle à tenir, un rang à tenir. Elle a le devoir d’accueillir, d’être l’hôte de cette commémoration mondialisée de la Grande Guerre pendant plus de quatre ans.

    Est-ce que malgré tout, cela un sens aujourd’hui cent ans après ? Les alliances entre les pays qui ont mené au déclenchement de la guerre sont évidemment totalement caduques aujourd’hui, il n’y a plus de survivant combattant.

    L’effacement des derniers témoins rend d’autant plus nécessaire la transmission de l’histoire de cette Grande Guerre, comme un patrimoine, comme un héritage, d’où la nécessité tout simplement de transmettre car, -comme les grands historiens Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker le rappellent-, la Grande Guerre est le conflit matriciel du siècle. Et puis il faut réfléchir à ce qui s’est passé, il y a un siècle. Nous étions, il y a quelques jours à Sarajevo. Un écrivain anglo-saxon, Christopher Clarck a écrit un livre qui fait grand bruit en Europe, intitulé Les somnambules. Il dit dans cet ouvrage que les dirigeants européens, il y a un siècle, ont été irresponsables. Ils ont été incapables d’enrayer une crise dont ils mesuraient au fond les conséquences à venir. Ils se sont comportés comme des somnambules, d’où le titre de son livre. Somnambules, ils sont rentrés les yeux ouverts dans une catastrophe qu’ils voyaient venir. On peut penser qu’aujourd’hui, un siècle plus tard avec notre tissu d’institutions internationales, régionales, avec des appareils diplomatiques plus réactifs, on peut tirer les leçons de ce qui s’est passé il y a cent ans, et on peut espérer que si, à nouveau un nationaliste, un irrédentiste, quelque part aux confins de l’Europe, surgissait aujourd’hui pour assassiner un grand dirigeant de ce monde, nos diplomates, nos responsables seraient capables de tirer les leçons de ce qui s’est passé il y a un siècle, et de réagir.

    Il faut rappeler que le 28 juin 1914, c’est l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand qui va mener à cette guerre. Quelques mots à l’historien, avant de revenir au grand coordinateur de la mémoire autour cette Grande Guerre, est-ce qu’il y a tout juste un siècle, le 1er juillet 1914, trois jours après cet assassinat, quiconque a conscience de ce qui va se passer ? Qu’on est parti pour la guerre ?

    Oui. D’abord, la situation est en pleine turbulence dans les Balkans. La Serbie sort victorieuse de deux guerres balkaniques. La montée en puissance de cette jeune Serbie qui aspire à l’Etat-nation pur et parfait, et qui veut rallier l’ensemble des Slaves du Sud est au centre de ces turbulences. Il y a donc une logique derrière cet assassinat.

    C'est l'agitation dans les Balkans, le détonateur  ?

    C’est aussi le calcul erroné des Autrichiens qui se précipitent à Berlin pour obtenir le soutien de leur allié allemand. Au fond, l’Allemagne conforte l’Autriche dans sa volonté de punir la Serbie. La Serbie qui menace l’intégrité, la cohérence, la stabilité de l’Empire austro-hongrois, cette mosaïque de 50 millions d’habitants. Et, au fond, le calcul erroné c’est celui-là: l’Allemagne croit que l’Autriche pourra punir la Serbie de l’affront, et la mettre au pas, et que le conflit sera localisé. Mais le conflit ne restera pas localisé, à cause du jeu des alliances, et notamment de l’alliance franco-russe dont la France est si fière, qui est si importante, si stratégique. Et l’allié russe va défendre son protégé, la Serbie. La France va tenir bon, va conforter la Russie, avec ce voyage de Raymond Poincarré à Saint-Petersbourg. Et c’est cela qui va effectivement figer ce dispositif. Hormis les Britanniques qui ont promis une réunion de contact, comme on dirait aujourd’hui, le dispositif se fige en l’espace d’un mois. Il y a ensuite ce piège, l’ultimatum : l’Autriche doit, dans sa logique, stopper cette montée en puissance de la turbulente Serbie.

    C’est donc toute l’histoire d’un échec diplomatique ?

    D’une certaine façon, c’est l’échec effectivement des diplomaties européennes. C’est incontestablement l’une des leçons historiques à tirer.

    Joseph Zimet, vous avez été nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de cette Mission. Vous y êtes encore là sous le mandat de François Hollande. Est-ce que cela veut dire que la droite et la gauche ont la même vision de la Première Guerre mondiale ? Est-ce qu’il y a un consensus national autour de ce qu’est cet évènement dans l’histoire de France ?

    Fort heureusement, les commémorations de la Grande Guerre sont à l’abri des guerres partisanes. Comme Tony Blair qui disait que l’économie n’est ni de droite ni de gauche, je dirais effectivement que la mémoire de la Grande Guerre n’est ni de droite ni de gauche. Pour autant, il y a des sensibilités très différentes qui s’expriment, dans les différentes familles politiques. La droite va davantage insister sur la cohésion nationale, le sacrifice, sur l’union sacrée, sur la nation, le patriotisme qui sont des vertus célébrées dans ce camp.

    A gauche, souvenez-vous du grand discours de Lionel Jospin à Craonne en 1998. On va peut-être davantage insister sur la grande boucherie, sur les dissidences, sur les fusillés, les mutineries, les oubliés. Je vous renvoie au livre de Jean-Noël Janet. Il y a une gauche patriote, républicaine qui va, elle, défendre aussi dans une logique jacobine, la dimension d’union sacrée. Mais ces sensibilités s’expriment par exemple, au regard des évènements de l‘été 1914, je pense que la gauche a une difficulté, un certain malaise. Marcel Gauchet explique cela très bien dans un de ses livres. Au fond, en quinze jours, la gauche internationaliste et pacifiste doit mettre de côté ses idéaux, pour rallier l’Union sacrée, et finalement revenir à une logique d’affrontement assez classique d’Etat à Etat.

    Car la gauche était bien pacifiste en 1914 et Jean Jaurès en était l’illustration la plus évidente. Encore un mot sur le prochain temps fort des commémorations, c’est le 14-Juillet. Que va-t-on voir sur les Champs Elysées ?

    C’est un 14-Juillet tout à fait exceptionnel ! Pour la première fois, l’ensemble des anciens belligérants de la Grande Guerre seront réunis en France. Ils vont participer à notre fête nationale. Un défilé aux couleurs du Centenaire, avec près de quatre-vingt pays, tous héritiers de la Grande Guerre, c’est-à-dire qui ont eu des troupes ou des travailleurs engagés sur le théâtre européen pendant le conflit. C’est de toute façon, la France d’une certaine façon, carrefour de ce centenaire de la Grande Guerre, la France peut-être capitale du Centenaire, l’espace de quelques jours. C’est une façon de marquer le lancement de ces commémorations internationales. Le Centenaire n’est pas évidemment un évènement français. C’est un évènement mondial, que l’on retrouve sur les cinq continents. C’est un évènement qui vibre dans le monde entier.

    Propos recueillis par Arnaud Pontus

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