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    France

    Le père d'un jeune détenu jihadiste français témoigne sur RFI

    media Abderazak (d.) et son fils (g.), le 24 juin dernier en Turquie, juste après avoir passé la frontière syrienne et quitté sa brigade jihadiste. DR.

    Un jeune mineur français de retour du jihad en Syrie a été placé samedi dernier en examen et en détention pour homicide volontaire. Ce jeune de 17 ans, originaire de Nice, est pourtant rentré volontairement de Syrie, grâce à son père parti le chercher à la frontière turco-syrienne fin juin. Depuis plus de six mois, ce mineur avait rejoint un groupe du Front al-Nosra avec son frère de 23 ans, qui lui est toujours en Syrie. Son père Abderazak Cherif s’exprime aujourd’hui sur RFI pour demander la libération de son fils qu’il considère comme « victime d’un embrigadement ». Son avocat, Me Martin Pradel, dénonce l’absence de preuves matérielles contre ce mineur emprisonné depuis son retour en France il y a une semaine.

    Avec notre envoyé spécial à Nice, 

    Un soir, à la fin du mois de novembre, deux fils d’Abderazak Cherif lui font croire qu’ils sortent en discothèque. En réalité, avec un ami de leur quartier populaire de l’est de Nice, les deux frères de 16 et 23 ans - l’un apprenti dans la grande distribution, l’autre boulanger -, s’envolent pour rejoindre une brigade d’al-Qaïda en Syrie. Depuis, leur père, un Français d’origine tunisienne et musulman modéré, tente son possible sur les réseaux sociaux pour les décider à abandonner le jihad. « Je connais la religion, explique-t-il. Je n’ai pas arrêté de lui dire : "dis toi bien que ce qui se passe là-bas n’a rien à voir avec toi, et pour moi, ça n’a rien à voir avec la religion. Plus tôt tu sors, mieux c’est." »

    Au bout de six mois au sein d'une brigade, après une blessure par balle à l’épaule, le plus jeune finit par accepter de rentrer. Son père, allocataire du RSA, emprunte de quoi acheter des billets pour le rejoindre en Turquie. En pleine nuit, le fils quitte sa brigade en douce et traverse la frontière en courant. Dès le lendemain, tous deux reprennent l’avion pour Nice. Mais en France, le mineur est recherché et interpellé dès l’aéroport pour des faits passibles de la cour d’assises. Un témoignage l’accuse d’avoir exécuté un homme en Syrie.

    Bourreaux ou victimes

    La justice antiterroriste place donc ce mineur de 17 ans en détention et le met en examen pour homicide volontaire. Dans ce dossier, son avocat Me Martin Pradel dénonce « une perte de terrain de l’Etat de droit » en raison de « l’absence d’éléments matériels » et demande donc sa libération, tout comme son père, qui souhaite que les Français mineurs au jihad en Syrie puissent être considérés comme « des victimes » en cas de repentir et de retour en France. Il demande aujourd’hui la libération de son fils. « Un mineur c’est quelqu’un qui a besoin d’aide. C’est normal qu’on l’interroge pour avoir des informations comme les raisons de son départ, ceux qui l’ont aidé à partir, mais de là l’enfermer en prison, je ne comprends pas. Il faut se poser réellement la question. Ce sont des bourreaux ou des victimes ? »

    De fait, ces mineurs français revenus du jihad en Syrie placent la justice face à un choix difficile : les considérer comme victimes, repentis, ou terroristes en puissance (À LIRE : À Paris, le procès de jeunes «paumés» volontaires au jihad).


     ■ Abderazak Cherif : « J’ai compris que je ne survivrais pas sans mon fils. »

    RFI : La semaine dernière, vous étiez en Turquie à la frontière syrienne pour aller chercher votre fils, un mineur de 17 ans qui avait rejoint six mois plus tôt le groupe du Front al-Nosra en Syrie. Pourquoi est-il rentré ?

    Abderazak Cherif : Dès le départ, j’ai compris que je ne survivrais pas sans mon fils. Il fallait absolument qu’il revienne. J’ai répété un mot-clé. Comme ces gens jouaient sur la religion, moi je connais la religion et je n’ai pas arrêté de lui dire que ce qui ce passe là-bas n’a rien à voir avec lui et cela n’a rien à voir avec la religion. L’islam c’est la paix. Là on dirait des diables qui se déchirent. Et à mon avis, c’est ce message qui a fini par marcher.

    Par Facebook, vous l’avez convaincu de quitter sa brigade du Front al-Nosra et de vous rejoindre à la frontière turque ?

    Oui, on a trouvé un hôtel en Turquie, situé à une dizaine de kilomètres où lui se trouvait en Syrie, dans la ville d’Athmé. On a pris la décision de se retrouver à l’aube. Il m’a dit je suis capable et il a traversé la frontière en courant.

    Vous ressentez quoi en retrouvant votre fils ?

    Il n’y a pas de mots. Dans son regard, c’est comme s’il me disait qu’il se réveillait d’un cauchemar. Le pauvre, il était tellement naïf qu’il croyait réellement pouvoir aider ces pauvres Syriens.

    Après l’euphorie des retrouvailles, vous rentrez en France, mais les choses ne se passent pas comme prévu, parce qu’en France, la police attend votre fils pour l’arrêter...

    On arrivant à l’aéroport de Nice, on m’a dit qu’il y avait une fiche sur mon fils et qu’il fallait l’arrêter. Pour moi, c’est étonnant. Un mineur c’est quelqu’un qui a besoin d’aide. C’est normal qu’on l’interroge pour avoir des informations comme les raisons de son départ, ceux qui l’ont aidé à partir, mais de là à l’enfermer en prison, je ne comprends pas.

    Pourtant, votre fils est poursuivi pour des faits qui peuvent le faire passer devant une cour d’assises. Samedi, quelques jours après son retour en France, il est mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et « homicide volontaire » commis en Syrie. Qu’en pensez-vous ?

    A mes yeux, c’est impossible et ce n’est pas simplement un père qui parle. Si mon fils était dangereux, j’aurais été le premier à hésiter à aller le chercher.

    Aujourd’hui, il est en prison en France, que demandez-vous à la justice ?

    On a un gamin qui sort traumatisé de Syrie. Il avait appelé au secours. Il a réussi à revenir. Il faut prendre en compte son âge, 17 ans aujourd’hui. Il a l’esprit vierge. Il a plus besoin d’un éducateur, d’une formation, d’un suivi psychologique. Mon fils n’est pas rentré en France de façon clandestine. Il est rentré avec son père de façon claire, limpide et connue. Celui qui a de mauvaise intentions ne rentrerait pas de cette façon-là. Comment peut-on être terroriste à cet âge ? (À LIRE : Musée juif de Bruxelles: un Français en garde à vue à Marseille)

    Un français revenu de Syrie est soupçonné d’être l’auteur de la tuerie du musée juif de Bruxelles, il y a quelques semaines. Pensez-vous qu’une réinsertion dans la société française est possible après plusieurs mois de jihad en Syrie ?

    C’est une évidence. Si on prend le cas de mon fils, cela n’a rien à voir avec le jihad. Mon fils a été embarqué. On ne peut pas dire que mon fils soit un jihadiste. Un jihadiste ne quitte pas la terre de jihad. Le fait qu’il ait risqué sa vie pour revenir et quitter ce cauchemar prouve qu’il ne colle pas à cela. Sinon il serait resté.

    Il était parti avec son grand frère. Âgé de 23 ans, lui est toujours en Syrie. Pensez-vous qu’il souhaite revenir en France lui aussi ?

    Oui je le pense. Mais il se dit qu’il suivra si cela se passe bien pour son frère en France. Pour tous ces Français en Syrie il faut se poser la question : sont-ils bourreaux ou victimes ?

    → À LIRE : France : comment gérer le retour des candidats au jihad ?

    Celui qui a de mauvaises intentions ne rentrerait pas de cette façon-là. Comment peut-on être terroriste à cet âge ?
    Abderazak Cherif Père d'un jihadiste rentré en France 03/07/2014 - par David Thomson Écouter

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