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    France

    Jean Jaurès, mort pour la paix

    media Jean Jaurès en 1904, photographié par Nadar. Wikimedia

    Il a été assassiné il y a tout juste 100 ans. Figure majeure du socialisme français, combattant acharné pour la justice, Jean Jaurès a milité durant les dernières années de sa vie en faveur de la paix.

    Il est 21h40 ce 31 juillet 1914. Jean Jaurès est attablé au Café du Croissant, dos à la rue. Il achève de dîner en compagnie de quelques-uns de ses collaborateurs de L’Humanité, journal qu’il a fondé dix ans plus tôt et dont le siège se trouve à quelques pas de là. La discussion est engagée sur l’imminence de la guerre. Soudain, un poing armé surgit de la fenêtre entrebâillée. Deux coups de feu éclatent. Puis un cri de femme : « Jaurès est tué, Jaurès est tué ! » La première balle l’a atteint à la tête. Son assassin, Raoul Villain (lire son portrait ici), est appréhendé presque aussitôt alors qu’il tente de s’enfuir en courant.

    Dans les semaines qui ont précédé le drame, les attaques contre le dirigeant socialiste se sont multipliées à longueur d’articles. « Herr Jaurès ne vaut pas douze balles du peloton d’exécution ; une corde à fourrage suffira », estime le pamphlétaire « anarcho-monarchiste » Urbain Gohier dans les colonnes de L’Œuvre. Dans L’Action française, le journaliste et homme politique d’extrême droite Léon Daudet écrit : « Nous ne voudrions déterminer personne à l’assassinat politique, mais que M. Jaurès soit pris de tremblements ! » Car Jean Jaurès, personnage aujourd’hui unanimement acclamé, est alors une figure controversée.

    Conversion au socialisme

    Né à Castres (sud-ouest) le 3 septembre 1859, Jean Jaurès est l’emblème de la méritocratie républicaine. Reçu premier à l’Ecole normale supérieure en 1878, il obtient trois ans plus tard la troisième place à l’agrégation de philosophie. Bien vite, il se lance en politique. Aux législatives de 1885, où il se présente dans le Tarn comme candidat républicain, il devient le plus jeune député de France. Il a 26 ans. A la Chambre, il détonne déjà par son éloquence qui contribuera à façonner son image de tribun.

    Le tournant survient en 1892 lorsqu’éclate la grève des mineurs de Carmaux. L’un d’eux, Jean-Baptiste Calvignac, est licencié parce qu’il a été élu maire de la ville. Jean Jaurès prend la défense des travailleurs et bascule dans le camp des socialistes, dont il rejoint les rangs à la Chambre des députés lors des élections partielles de janvier 1893. Mais ce socialisme auquel Jaurès se convertit est d’abord celui de la justice. C’est en son nom qu’il s’engage en août 1898 auprès des dreyfusards qui réclament la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus, condamné au bagne pour trahison quatre ans plus tôt. Il a d’abord hésité, convaincu comme la majorité des Français de sa culpabilité. Dans ce combat, Jean Jaurès se révèle un pourfendeur acharné de l’antisémitisme et acquiert une stature nationale.

    Le 23 avril 1905, après de nombreuses tentatives, Jaurès parvient enfin à réaliser l’unité des socialistes, jusque-là divisés en d’innombrables chapelles, en créant la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière) lors du congrès du Globe à Paris. Avec le marxiste Jules Guesde, il est désormais à la tête d’une force capable de peser pour faire passer les réformes. Il soutient ainsi l’élaboration de la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, adoptée en décembre de la même année. En 1908, il appelle à l’abolition de la peine de mort. Quatre ans plus tard, il s’oppose au protectorat français au Maroc. Persuadé au début de sa carrière que la colonisation favorisait le progrès, Jean Jaurès devient alors l’un des rares hommes politiques anticolonialistes de son époque.

    « Herr Jaurès »

    Mais c’est son combat pour une réorganisation de la défense nationale qui marque les dernières années de sa vie. En 1910, il est l’auteur d’une proposition de loi qui vise à supprimer le service militaire instauré en 1889, au profit de la formation d’une armée citoyenne prête en permanence à combattre, sur le modèle suisse. Le texte est retoqué. En mai 1913, alors que la loi dite « des trois ans » vient d’allonger le service militaire d’une année, Jean Jaurès relance son appel pour une armée nouvelle dans un discours au Pré-Saint-Gervais prononcé devant 150 000 personnes, dont beaucoup d’ouvriers. Il invite à la grève générale des deux côtés du Rhin en cas de conflit armé. Sans travailleur, calcule-t-il, pas de guerre. Le 29 juillet 1914, encore, à l’avant-veille de sa mort, Jean Jaurès est à Bruxelles pour la réunion du bureau de l’Internationale socialiste. Il y plaide une dernière fois pour la paix aux côtés de l’Allemande Rosa Luxemburg.

    Dans une France qui entretient le souvenir douloureux de la défaite de 1870, ce pacifisme lui vaut la haine des nationalistes. Ils l’accusent d’entente secrète avec l’Allemagne. Dans les journaux, où il est désormais surnommé « Herr Jaurès », on le représente dansant avec une Prussienne coiffée d’un casque à pointe. L’écrivain Charles Péguy, dont Jaurès fut pourtant très proche, redouble de formules assassines. Il le qualifie d’« agent du parti allemand », de « tambour-major de la capitulation », de « traître par essence ». Et puis : « La politique de la Convention nationale, c’est Jaurès dans une charrette et un roulement de tambour pour couvrir cette grande voix ».

    C’est nourri de cette haine que Raoul Villain, qu’on dit proche des milieux nationalistes, va commettre son forfait. Privés de leur figure tutélaire, les socialistes rejoignent avec l’ensemble de la gauche l’« Union sacrée ». Le 2 août, l’Allemagne envahit le Luxembourg. Le lendemain, elle déclare la guerre à la France.

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