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    France

    Ebola: le parcours fictif d’un porteur du virus en France

    media Morphologie du virus Ebola. dr

    Selon un dernier bilan de l'OMS, l'épidémie Ebola a fait 1 350 morts. Si la probabilité que la France soit touchée par le virus Ebola reste très faible, des procédures spécifiques sont néanmoins prévues afin de parer à toute éventualité. Pour les éprouver, RFI a imaginé le scénario du pire, depuis l’arrivée d'un malade sur le territoire jusqu’à son placement en isolement. Enquête.

    L’histoire de notre personnage fictif – nous l’appellerons A. – aurait pu commencer en Sierra Leone, au Liberia ou au Nigeria. Mais c’est en Guinée qu’elle débute. A. vient de passer un mois à Conakry pour les vacances. Le moment est mal choisi : dans ces quatre pays, l’OMS a relevé 2 473 cas d’Ebola et 1 350 morts. Même si en Guinée, des cas ont été recensés dans la capitale, c’est essentiellement la région de Guinée forestière qui est touchée. Avant de repartir, il est passé rendre visite à une amie. Il n’est pas resté longtemps : elle était grippée et fiévreuse. A. l’a prise dans ses bras pour l’embrasser et il l’a quittée.

    Il vient sans le savoir de contracter le virus Ebola, dont la transmission s’effectue par les fluides et les muqueuses, comme le rappelle le professeur Elisabeth Bouvet, médecin au service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat, à Paris :

    « C’est le contact avec les liquides biologiques – et plus particulièrement avec le sang, les vomissements ou les diarrhées – et le contact avec les muqueuses. C’est très facile, quand vous avez touché avec la main quelque chose, de contaminer ensuite vos muqueuses. Il n’y a pas besoin de contact prolongé, mais il faut un contact muqueux, qui peut être direct ou indirect. »

    A. aurait pu être plus vieux, plus jeune, être une femme, ça aurait été pareil. « Face à l’infection, tout le monde est logé à la même enseigne. C’est le comportement qui détermine le risque, insiste Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence (CNR) des fièvres hémorragiques virales, à Lyon. En revanche, une fois infecté, un séropositif ou une femme enceinte risque d’y rester. Pour les femmes enceintes, on estime le taux de mortalité à 100% ».

    Les premiers symptômes ne vont apparaître que dans quelques jours (entre deux et vingt-et-un, avec une médiane située à huit jours). Avant cela, pendant cette période dite « d’incubation », A. n’est pas contagieux.

    - Mardi 5 août 2014. 5h20. Aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle

    Son avion vient d’atterrir. A l’aéroport de Conakry, on lui a pris sa température à l’aide d’un thermomètre placé dans l’oreille et d’une caméra thermique pour afficher la chaleur de son corps, comme à tous les voyageurs. Au-delà de 38,5°, A. aurait été interrogé. Avant l’enregistrement, comme tout le monde, il a aussi dû répondre à quelques questions. On lui a demandé s’il avait eu des vomissements ou des diarrhées ces derniers jours. Ce sont en effet quelques-uns des symptômes de la maladie à virus Ebola.

    Passée la période d’incubation, elle connaît deux phases successives. La première où les signes cliniques sont peu évocateurs d’une fièvre hémorragique, mais plutôt d’un syndrome pseudo-grippal. Ce sont des céphalées, de la fièvre, des troubles digestifs… Très vite, vient ensuite la deuxième phase avec des symptômes propres à la fièvre hémorragique : hémorragies conjonctivales (afflux de sang dans l’œil), des gencives ; nausées ; diarrhées ; vomissements. Le risque de contagion augmente en même temps que les symptômes. Au total, la maladie ne dure que quelques jours.

    Reportage à l'aéroport Roissy CDG 07/08/2014 - par Jeanne Richard Écouter

    Des mesures semblables ont été mises en place à l’aéroport de Freetown, en Sierra Leone. Dans l’avion, le personnel navigant a été formé pour réagir en cas d’apparition de symptômes, comme l’indique le docteur Philippe Bargain, chef du service des urgences de Roissy-Charles-de-Gaulle :

    « Les équipages d’Air France ont été formés. Le commandant de bord prévient le SAMU. On détermine l’état et la température du malade qui est alors isolé selon les procédures de la compagnie. S’il y a une inquiétude, le SAMU nous prévient et nous allons chercher le patient à l’arrivée de l’avion pour le placer dans notre pièce d’isolement. On questionne le malade, en restant en liaison permanente avec le confrère du SAMU et l’Institut de veille sanitaire. Cette conférence à trois permet de déterminer s’il s’agit d’un cas suspect ou si on peut lever le doute tout de suite. Tous les occupants de l’avion remplissent une fiche d’identification, avec leurs numéros de téléphone où l’on pourrait les joindre s’il y avait une suite à donner. Une ambulance du SAMU vient chercher le patient pour le conduire à l’hôpital. »

    A l’arrivée en France, rien. Aucune mesure de sécurité n’a été mise en place. « C’est à Conakry que se fait le travail et moi je fais confiance aux collègues », justifie le docteur Philippe Bargain. Dans une interview au site d’information Atlantico, Jean-Marc Manuguerra, chef de laboratoire à l’Institut Pasteur, confirme : « La surveillance à l'entrée des pays non affectés ne fonctionne pas. Il est plus intéressant de mettre en place des outils de surveillance à la sortie des pays contaminés ».

    Seule une campagne d’informations a été lancée vendredi 2 août. Des prospectus sont à la disposition des passagers. Ils leur recommandent de ne pas se déplacer dans les zones de foyer épidémique, de respecter les règles d’hygiène de base en se lavant fréquemment les mains, d’éviter tout contact rapproché avec des personnes ayant une forte fièvre, ainsi qu’avec les animaux sauvages, vivants ou morts, et de ne pas manipuler ni consommer de la viande de brousse. Et, s’ils présentent les symptômes de la maladie Ebola, de contacter le SAMU. Au terminal E où notre personnage fictif sort, il aperçoit près du point d’accueil un écran diffusant ces informations. Ne se sentant pas concerné, il n’y prête pas vraiment attention.

    - Mercredi 13 août 2014. 11h30. Paris XVIIIe arrondissement

    A. s’est réveillé avec des maux de tête et de la fièvre. Pensant à une simple grippe, il a pris rendez-vous chez son médecin généraliste. A l’annonce de ses symptômes, celui-ci téléphone aux autorités sanitaires, selon les instructions données par le ministère de la Santé sur son site internet. Ensemble, ce sont eux qui vont déterminer si notre personnage fictif est un cas suspect ou possible d’Ebola. Comme il a séjourné dans l’un des pays touchés par le virus et qu’il a été en contact avec une personne présentant également les symptômes de la maladie, il est considéré comme un cas possible. Une ambulance du SAMU vient le chercher pour le conduire à l’hôpital Bichat, l’un des quatre centres parisiens capables de prendre en charge un malade Ebola, avec la Pitié-Salpêtrière, Bégin, et Necker pour les enfants.

    A. a eu de la chance : d’autres médecins du quartier qu’il aurait pu consulter disent n’avoir reçu aucune information relative au virus Ebola.

    - Mercredi 13 août. 12h15. Hôpital Bichat, service des maladies infectieuses et tropicales

    Il arrive sur un brancard, vêtu d’une tenue de protection pour éviter la contamination. On le fait entrer par une porte différente de celle empruntée par le public. Au deuxième étage du bâtiment, trois chambres « à pression négative » sont prêtes à l’accueillir. Elles sont chacune équipées d’un sas d’entrée et de sortie dont la pression est inférieure à celle du couloir, tandis que la pression de la chambre est inférieure à celle des sas. Le professeur Elisabeth Bouvet explique :

    « Cela permet d’éviter une contamination du couloir par des agents infectieux présents dans la chambre. Ce système est intéressant dans le cas de maladies à transmission respiratoire, comme la grippe ou la tuberculose. Dans le cas d’Ebola, il n’y a probablement pas de transmission respiratoire, mais ce dispositif permet d’éviter une ‘aérosolisation’, c’est-à-dire que des particules de sécrétions soient projetées en dehors de la pièce ».

    Le personnel soignant porte une tenue qui lui couvre entièrement le corps et qui l’empêche d’entrer en contact avec la sueur, le sang, le vomi ou les selles du malade. En les voyant habillés ainsi, A. prend véritablement conscience de la dangerosité de la maladie. La charlotte, le masque, les lunettes, la blouse, les surchaussures et les deux paires de gants qu’ils ont enfilés avec l’aide d’un collègue dans le sas d’habillage sont à usage unique. Une fois retirés dans le sas de déshabillage, ils seront incinérés.

    A gauche, le professeur Elisabeth Bouvet aide une membre du personnel soignant à enfiler la tenue obligatoire pour traiter les cas d'Ebola. RFI / François-Damien Bourgery

    On lui fait une prise de sang pour porter le diagnostic de fièvre Ebola. Ce prélèvement est envoyé par la route au laboratoire de référence à Lyon, conditionné dans un triple emballage. On aura le résultat dans les douze heures.

    - Jeudi 14 août. 0h15. Hôpital Bichat, service des maladies infectieuses et tropicales

    Le résultat du laboratoire vient d’arriver : A. a bien contracté le virus Ebola. Il panique. Pourquoi n’a-t-il pas été plus prudent ? Malgré les informations diffusées en Guinée, il a pensé que ça n’arrivait qu’aux autres. Mais il y a bien un remède, non ? Deux médecins américains atteints par le virus au Liberia et rapatriés aux Etats-Unis ont pu être soignés grâce à des injections d’un produit baptisé « ZMapp ». Il ne s’agit en réalité que d’un sérum expérimental qui n’avait été testé jusqu’alors que sur le singe. En l’absence de traitement spécifique, l’équipe médicale va agir sur les symptômes, notamment en l’hydratant, en lui donnant des antibiotiques pour éviter une surinfection et des coagulants pour empêcher les saignements. Le professeur Bouvet se veut rassurante :

    « Les possibilités thérapeutiques, même si elles ne sont pas spécifiques, ne sont pas nulles. On sait gérer et maintenir des capacités vitales même lorsqu’il y a une infection en cours, l’essentiel étant de passer un cap. L’infection est aiguë, et au bout de quelques jours, elle va se terminer. Si on prend bien en charge les patients, qu’on les réhydrate, qu’on les transfuse, qu’on empêche les infections de survenir, on peut espérer leur permettre de passer ce cap et de survivre. »

    Les personnes avec lesquelles A. a été en contact vont être identifiées et suivies pour vérifier qu’elles ne développent pas la maladie. Ce traçage est en effet la pierre angulaire de la lutte contre l’épidémie. C’est parce qu’il a mal été effectué au départ que le virus s’est propagé.

    - Vendredi 22 août. 16h20. Hôpital Bichat, service des maladies infectieuses et tropicales

    Notre malade fictif est sauvé. Alors que le taux de mortalité du virus Ebola qui sévit actuellement en Afrique de l’Ouest est d’environ 60%, les soins prodigués par l’équipe médicale lui ont permis d’en réchapper. Les autorités sanitaires l’assurent : son cas est exceptionnel. Même si elles admettent qu’il n’est pas complètement impossible qu’un cas soit importé en France, elles prouvent que tout est mis en œuvre pour éviter la transmission.

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