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    France

    Le crâne d'une grande figure kanak restitué à la Nouvelle-Calédonie

    media Les cercueils avec les crânes du chef de guerre kanak, Ataï, et de son guérisseur restitués à ses descendants, au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris, le 28 août 2014 AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

    En juillet 2013, le Premier ministre français de l'époque, Jean-Marc Ayrault, lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie, s’était engagé au nom de l’Etat à rendre à l'archipel le crâne du grand chef Ataï. C’est désormais chose faite. La remise officielle de ces reliques a eu lieu jeudi 28 août dans l’amphithéâtre du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

    Deux ans après la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France, en 1853, un arrêté du 20 janvier 1855 institue la propriété de l’Etat français sur toutes les terres de l’île principale, engendrant ainsi les révoltes kanak dont les premières surviennent entre 1856 et 1857. En 1864, la possibilité est donnée aux bagnards « rendus dignes d’indulgence » d’obtenir une concession de terrain. Ainsi, 110 000 hectares des meilleures terres du pays sont attribués au détriment des tribus. Le 22 janvier 1868, un arrêté contraint les populations autochtones à se regrouper dans des territoires délimités à cet effet, les « réserves ».

    Qui était Ataï ?

    Le grand chef Ataï fut de ceux qui s’opposèrent aux spoliations foncières de l’administration coloniale. Il est décrit comme un homme intelligent, courageux, batailleur, un esprit lucide doté d’une personnalité exceptionnelle. Ce grand chef, doué d'un esprit observateur, était accablé par le manque de respect de l’administration coloniale à l’égard des coutumes traditionnelles kanak. Le grand chef Ataï figure parmi les personnages historiques kanak les plus populaires aujourd’hui. Il devait avoir 45 ans lorsqu’il a été tué. Il serait né aux alentours de 1833.

    Un sac de terre contre un sac de pierre

    Le grand chef Ataï avait le sens de la répartie et de la défiance. Un jour, convoqué par le gouverneur Jean Olry, il vida deux petits sacs devant lui, disant en montrant le tas de terre du premier sac : « Voici ce que l’on avait », puis montrant le tas de pierres du second sac : « Voici ce que tu nous laisses ! »

    L’histoire d’Ataï, figure du combat indépendantiste, débute en 1878, 25 ans après la prise de possession de l’archipel par la France. « Protecteur du clan », le grand chef avait pris la tête d’une révolte dans la région de La Foa, pour protester contre les spoliations foncières de l’administration coloniale, doublées cette année-là d’une autorisation donnée aux colons et bagnards affranchis de faire paître leur bétail sur les terres cultivées par les tribus, confinées dans des « réserves ». Pour mater la rébellion, qui fit plus d’un millier de morts chez les Kanaks, l’armée s’était adjointe des supplétifs de Canala, dans l’est. Le 1er septembre 1878, au cours d’une embuscade, le chef Ataï est tué et sa tête est tranchée à la hache.

    La tête du grand chef Ataï

    Recueillie par un médecin de marine, la tête d'Ataï va être expédiée dans un bocal d’alcool phéniqué à Paris (ainsi que celle du sorcier) et remise à Paul Broca, fondateur de la Société d’anthropologie de Paris. Broca présente la tête de la façon suivante : « La magnifique tête du chef Ataï attire surtout l’attention car elle est très expressive ; le front surtout est très beau, très haut et très large. » D’abord conservée dans un bocal, la tête va être moulée avant d’être décharnée, son cerveau étant également prélevé. En 1951, le crâne d’Ataï rejoint les collections du Musée de l’homme. Il ne sera jamais exposé. C’est le début d’un long silence.

    Un combat d’aujourd’hui

    George Pau-Langevin et Berge Kawa, le grand chef coutumier descendant d'Ataï. Laurence Théault/RFI

    Bergé Kawa est grand chef coutumier du district de La Foa. Il est venu à Paris à la tête d’une délégation kanak pour participer aux cérémonies de retour du grand chef Ataï. Dans un discours très politique, il a dénoncé le massacre du peuple kanak et même « le génocide » - c’est le mot qu’il a employé -, sans oublier la confiscation des terres toujours d’actualité selon lui : « Pour nous, Ataï est un symbole éminent du combat que nous continuons à mener pour que nous soient restituées les terres qui ont été attribuées aux colons. Aujourd’hui, on construit des lotissements, on détruit les vestiges qui témoignaient de notre présence sur ces terres. Alors pour nous, la figure d’Ataï est plus que jamais importante. Elle vient rappeler que, grâce à lui, le peuple kanak existe encore aujourd’hui. »

    Le crâne du grand chef Ataï et de son compagnon « le sorcier » arriveront en Nouvelle-Calédonie le 2 septembre 2014. Ils seront déposés à la tribu de Petit Couli à Sarraméa pendant un an, puis de nouvelles cérémonies se dérouleront lors de la levée de deuil.

    ■ A lire : Didier Daeninckx, Cannibale et Le Retour d’Ataï (éditions Verdier).

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