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    France

    Calais: un accueil de jour ne résout pas le problème des migrants

    media Des migrants sans-papiers dans les rues de Calais pour protester contre leurs conditions de vie, le 5 septembre 2014. AFP Photo/Denis Charlet

    Des renforts policiers ont été déployés à Calais, cette ville de la Manche point de départ vers l’Angleterre pour de nombreux migrants. Une agglomération où depuis le début de l’été, le nombre de migrants a fortement augmenté, si bien que la maire UMP de la ville, Nathacha Bouchart, demande l’ouverture d’un centre d’accueil. Philippe Wannesson, militant des droits de l’homme et rédacteur du blog Passeurs d’hospitalités, est l'invité de RFI pour en parler.

    RFI : Philippe Wannesson , vous êtes Calaisien. Un accord a été conclu avec le ministère de l’Intérieur, est-ce que selon vous c’est une bonne chose d’ouvrir prochainement un centre d’accueil de jour dans votre ville?

    Philippe Wannesson: Un accueil de jour va soulager les gens en terme de vie quotidienne, de possibilités de se poser pendant la journée, d’avoir accès à des douches, et un minimum d’hygiène… D’avoir accès aussi à des informations et donc à leurs droits. Donc ça ne peut être que positif.

    Mais, cela ne règle pas le problème du fait que les gens, le reste du temps et notamment la nuit, vont continuer à dormir dans des tentes, des cabanes… sur des terrains d’où ils pourront continuer à être expulsés de manière continue. Par ailleurs, cela intervient dans un contexte où les ministres de l’Intérieur français et britannique viennent de se mettre d’accord sur un plan qui est avant tout répressif, en terme de contrôle de la frontière et en terme aussi d’interpellations des personnes et leur renvoi vers leurs pays d’origine respectifs.

    Vous étiez favorable à quoi? A l’ouverture d’un centre de jour comme de nuit avec davantage de capacités?

    Oui, il y a besoin que les gens puissent se poser dans des lieux de jour comme de nuit et il y a besoin d’une solution d’urgence actuellement pour quelque mille cinq cents personnes. La vision qu’ont les associations, ce n’est pas un centre d’accueil, mais des petites unités dans la ville parce que cela évite la formation de ghettos qui seraient à nouveau des lieux de violence comme pouvait l’être Sangatte et surtout des lieux de relégation.

    Oui, parce qu’on a vu justement les limites de ces grands centres. Qu’en pense la population de Calais ? Est-ce que les gens que vous rencontrez sont favorables à ce type d’hébergement?

    Les opinions sont extrêmement contrastées. Mais c’est vrai qu’on a de plus en plus l’impression que continuer à expulser des squats et des campements ne résout rien et qu’il faut trouver autre chose. Donc on est arrivé aussi à la limite de ce qui a été mis en place pendant douze ans, depuis la fermeture de Sangatte. Et il y a un peu l’impression de la part de tout le monde que c’est une impasse et qu’il faut faire autre chose.

    La contradiction pour les détracteurs de la création de ce type de site d’accueil c’est que cela pourrait constituer un appel d’air. Est-ce que c’est votre opinion?

    Non, parce que cela fait douze ans qu’on essaie de rendre la vie aussi invivable que possible aux exilés qui arrivent à Calais. Cela ne les empêche pas d’arriver. Et si il y a plus de monde en ce moment, ce n’est pas parce que les conditions sont bonnes - elles sont proprement désastreuses. C’est simplement parce qu’il y a des gens qui vont vers le Royaume-Uni, qui sont bloqués à la frontière et qu’en ce moment, il y a beaucoup de gens qui arrivent de la Libye vers l’Italie et qui remontent. Donc on ne vient pas d’Erythrée ou d’Afghanistan simplement à Calais parce qu’il y aurait une capacité d’accueil qui serait à peu près décente, ce n’est pas çà les motivations des gens.

    L’appel d’air vient de Londres justement. La maire de la ville avait menacé de bloquer le port si Londres ne changeait pas de politique. Tout cela ce sont des mots ou il va vraiment y avoir des actions?

    Je ne sais pas quelle est la capacité de la maire de Calais de bloquer le port même si c’est le port de la ville. Elle n’est pas la chef de la ville ayant autorité sur tout ce qui s’y passe et heureusement. Ceci dit, l’appel d’air ce n’est pas le Royaume-Uni. Il y a beaucoup plus une politique de repoussoir. Notamment en France, quelqu’un qui veut demander l’asile à Calais doit attendre pendant trois mois pour avoir accès au guichet de la sous-préfecture. Pendant ces trois mois, il est sans-papiers et à la rue.

    C'est ensuite seulement un tiers des demandeurs d’asile qui sont hébergés en France actuellement. C'est-à-dire qu’on a eu une dégradation des conditions d’accueil qui font que beaucoup de gens continuent la route vers d’autres pays. Alors que s’il y avait des capacités d’accueil correctes des demandeurs d’asile en France, beaucoup d’entre eux feraient d’autres choix. Donc ils sont quand même repoussés vers l’extérieur. C’est une politique de dissuasion qui a été mise en place par la France et qu’on retrouve à la frontière là où les gens sont bloqués et où ils se retrouvent coincés.

    Des migrants marchent le long des palissades du port de Calais, le 6 août 2014. Reuters/Pascal Rossignol

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