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    Culture

    Catherine Francblin: «Niki de Saint Phalle revient en gloire»

    media Dolorès (Détail), de Niki de Saint Phalle, 1966-1995, h.550 cm, polyester peint sur grillage. Sprengel Museum, Hanovre, donation de l'artiste en 2000. 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved

    C’est l’auteur qui a bouleversé le regard sur Niki de Saint Phalle. Sa biographie de référence, Niki de Saint Phalle, la révolte à l’œuvre, a changé la donne et libéré l’œuvre de Niki de Saint Phalle, trop longtemps méconnue et enfermée dans une vision enjolivée des célèbres Nanas. Entretien avec la critique et historienne d’art Catherine Francblin à l’occasion de la grande rétrospective Niki de Saint Phalle qui ouvre ce 17 septembre au Grand Palais de Paris.

    Ses créations les plus connues sont les Nanas, ces figurines colorées, fortes, indépendantes, plus grandes que la vie, des véritables déesses et héroïnes. Est-ce que Niki de Saint Phalle était elle-même une Nana ?

    Elle ne ressemblait absolument pas à ses Nanas. Elle était mince, très élégante alors qu’elle donnait aux Nanas un caractère en masse et du point de vue anatomique, ce sont des monstres ! Mais, elles expriment une liberté qui était celle que revendiquait Niki de Saint Phalle. Elle avait une sorte de rage en elle qui faisait qu’elle cherchait sans arrêt à être libre. Les Nanas expriment aussi une force surhumaine, une force qu’une petite fille perçoit. Elle voit les femmes comme très puissantes. Il y a ce regard enfantin que Niki a gardé et qu’elle porte sur les Nanas. Et ce regard enfantin est aussi parfois un regard craintif, parce que les Nanas peuvent être d’une exubérance folle. Niki avait la folie de grandeur. Sa mère était une femme qui l’avait inquiétait, qui piquait des colères énormes. Niki de Saint Phalle a fait des caricatures de sa mère dans la série Les Mères dévorantes.

    Il a fallu plus qu’une dizaine d’années après la mort de l’artiste pour voir apparaître votre biographie de référence et une grande rétrospective. Est-ce que, à la fin de sa vie, Niki de Saint Phalle était une artiste négligée ou même oubliée ?

    Oui, je pense, depuis la dernière rétrospective qui avait lieu en 1992/93. Déjà à cette époque, Niki était sur une pente descendante. Avec cette exposition, elle revient en gloire. Je me souviens, à Bonn, en 1992, quand elle avait fait cette exposition qui a été reprise en 1993 à Paris, les gens du milieu de l’art contemporain pensaient déjà que Niki avait fait son temps. À Bonn, le commissaire Pontus Hulten avait organisé en même temps une exposition avec des artistes contemporains, Territorium Artis. Beaucoup parmi ceux qui sont venus n’ont même pas vu l’exposition de Niki de Saint Phalle qui avait lieu au même moment ! À l’époque, l’art contemporain considérait que Niki était terminée. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’elle est totalement actuelle.

    Dans l’exposition du Grand Palais, la force créatrice de Niki de Saint Phalle est surtout expliquée par ses recherches et rencontres artistiques, par sa révolte contre la société, le racisme et le machisme. Par contre, dans votre livre vous situez la source de la création artistique pratiquement exclusivement dans le poids de sa famille et l’histoire de son enfance : de l’éducation très sévère jusqu’à l’anecdote où le frère lui avait mis un serpent dans le lit ou le traumatisme de l’inceste commis par le père. Est-ce qu’il y a là une lecture différente entre votre livre et l’exposition au Grand Palais ?

    Non, je ne pense pas. Simplement, j’ai écrit une biographie qui est basée sur les archives, mais aussi sur ce que Niki a raconté elle-même. Elle a voulu raconter ces histoires. Ces choses sont fondamentales, même à ses yeux, mais je donne beaucoup d’autres interprétations des œuvres de Niki. J’explique aussi à quel point Niki a voyagé et connu des choses. Les liens entre sa biographie et ses œuvres sont très étroits, mais on peut aussi dire que l’art était tout pour Niki. Son œuvre n’est pas faite que par rapport à sa famille. Même si cela reste fondamental, y compris pour sa révolte féministe. Par exemple, elle explique que sa mère vivait uniquement à la maison et son père, comme les hommes de cette époque, avait une vie très aventureuse à l’extérieur. En même temps, toutes ses révoltes étaient en phase avec une époque et elle a réussi à mettre cela en évidence.

    L’artiste Jean Tinguely est un personnage très important dans votre livre, mais pratiquement invisible dans l’exposition. À votre avis, est-ce pour ne pas faire de l’ombre à Niki de Saint Phalle ?

    On le voit quand même dans l’œuvre Hon, que Niki avait réalisée avec lui en Suède, cette grande Nana sur trois étages dans laquelle on entre par le vagin. Aujourd’hui, il s’agit d’une exposition sur Niki de Saint Phalle. Cela ne me choque pas que la présence de Jean Tinguely n’y soit pas marquée, parce qu’on a tellement dit que les femmes devaient tout au mec avec lequel elles vivaient. Mais bien sûr, sa rencontre avec Jean Tniguely a été importante. La biographie devait mentionner cela. Il l’a beaucoup aidée, mais elle aussi a beaucoup aidé Jean.

    Il y a les Nanas, les Tirs, les parcs aux sculptures, quelle œuvre est pour vous la plus importante dans la carrière artistique de Niki de Saint Phalle ?

    Ce qui m’intéresse, c’est le fait que Niki ne s’est jamais enfermée dans une seule direction. Elle avait toutes ces dimensions à la fois : des œuvres monumentales, joyeuses, mais aussi des tirs d’une violence fantastique. Certaines personnes vous diront que les tirs font partie des choses les plus importantes de Niki de Saint Phalle, parce que c’est d’une beauté incroyable. Pour moi, le plus important à comprendre chez Niki de Saint Phalle, c’est que c’était une personnalité extrêmement complexe. Quand elle met en avant le caractère très joyeux de ses pièces, on découvre qu’elles ont aussi un côté très sombre. Et quand elle met en avant la dimension grotesque ou tragique avec les femmes douloureuses qui enfantent, il y a également une autre dimension à creuser et à comprendre. En même temps, c’est compréhensible par tous.

    Avec votre biographie et cette exposition au Grand Palais, qu’est-ce qui a changé ou va changer ?

    Je pense qu’il y a une Niki de Saint Phalle avant et après. Et c’est justement par rapport à cette dimension de complexité, de multiplicité et de richesse qu’on n’a pas forcément perçu. Il y a aussi le fait que son regard est nourri d’énormément de références. On a beaucoup parlé d’Antoni Gaudi [l’architecte catalan du parc Guëll, ndlr], du Facteur Cheval [constructeur du Palais idéal, ndlr], mais on peut aussi signaler Victor Brauner et qu’elle était très proche de certains surréalistes. Elle a été nourrie d’énormément de choses. Lorsqu’elle tire sur ses Autels, ces cathédrales, c’est aussi, parce qu’elle les connaît bien. L’ambiguïté est permanente dans son travail. C’est cela qu’on a compris aujourd’hui. Lorsqu’elle tire sur les Autels, elle tire à la fois sur son éducation catholique, mais, en même temps, elle veut créer une nouvelle culture et assure que ce sont les cathédrales les plus belles choses que les hommes ont réalisées. 

    Lire aussi la critique de l'exposition : Niki de Saint Phalle: bien plus qu’une «Nana»

    Catherine Francblin : Niki de Saint Phalle, la révolte à l’œuvre, éditions Hazan, 2013, 448 pages, 60 illustrations, 29 euros.

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