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    France

    Assauts contre les preneurs d'otages: analyse d'un ex-chef de la DST

    media Les forces du Raid lancent l'assaut contre une supérette casher porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes

    Les preneurs d’otages qui étaient cernés par les forces de l’ordre depuis ce vendredi matin ont tous été tués au terme de deux assauts lancés simultanément à Dammartin-en-Goële et à la porte de Vincennes, à Paris. Pour Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, ce dénouement était prévisible, notamment du fait de la personnalité des preneurs d’otages et de leurs objectifs. « C’est maintenant que l’enquête policière va véritablement commencer », juge également l’ancien policier.

    RFI : Que pensez-vous des deux assauts menés simultanément contre les preneurs d’otages ?

    Yves Bonnet :
    Il est encore trop tôt pour émettre quelque jugement que ce soit. Il y aura des enquêtes, un débriefing général. Mais en l’absence d’éléments, je crois qu’il faut faire confiance aux deux services concernés, qui sont le GIGN et le Raid, qui sont des services très professionnels et dont les chefs sont totalement responsabilisés. Et s’ils ont agi ainsi, c’est qu’ils ne pouvaient pas faire autrement.

    L’issue fatale, pour les preneurs d’otages, ne vous surprend pas ?

    Non, elle ne m’étonne pas. A partir du moment où des gens ont décidé de mourir, c’est tout de même assez difficile de mettre en jeu la vie d’autres personnes - soit les otages, soit, il ne faut pas les oublier, les gens de ces deux services [GIGN et Raid, ndlr] -, pour sauver, hypothétiquement, l’existence de ces personnes qui sont des criminels.

    Est-ce que le fait que ces hommes, ces criminels, ont abattu des policiers, a pu avoir un effet sur ce qui s’est passé ?

    Non, je ne crois pas nécessairement. Je pense que l’habitude, la tradition de ce genre de services est plutôt de prendre les coupables vivants. C’est une directive permanente. Maintenant, à l’impossible, nul n’est tenu. Et à partir du moment où les gens ont choisi de faire irruption hors d’un local en tirant sur les forces de police, il n’est pas possible de les neutraliser autrement qu’en les tuant.

    A Dammartin-en-Goële ou à Vincennes, alors que dans un cas se sont des policiers (Raid) et dans l’autre se sont des militaires (GIGN), les méthodes sont les mêmes…

    Oui. Globalement, les méthodes utilisées sont les mêmes. Les deux unités ont leurs spécificités, leurs entraînements. Je connais mieux le GIGN. Le professionnalisme du GIGN est exceptionnel. C’est un des meilleurs services au monde.

    Comment expliquez-vous que les négociations aient été assez courtes ? Dans d’autres prises d’otages, cela peut durer plusieurs heures, on attend de fatiguer les preneurs d’otages. Et là, entre les prises d’otages de ce vendredi matin et le dénouement, tout est allé assez vite…

    Oui. Mais là encore, on aura les enregistrements. Car toutes ces conversations sont enregistrées. Il est tout à fait vraisemblable que, compte tenu de l’état psychologique des frères Kouachi, ils n’ont pas voulu se lancer dans une discussion. Ils avaient pris leur décision. Ils voulaient mourir en martyr, de façon à laisser une image - que je vous laisse apprécier - à d’autres émules. Ils veulent manifestement faire école.

    Les frères Kouachi étaient deux. On parlait au départ de trois hommes. Où en est-on sur ce troisième homme ?

    Je n’ai aucune information. Mais rassurez-vous, l’enquête n’est certainement pas close.

    Cela signifie aussi qu’il faut rester sur ses gardes. La compagne d’Amedy Coulibaly qui a été tué porte de Vincennes est, elle, toujours en cavale…

    Bien sûr. Mais comme je vous le disais, l’enquête est en cours. Rien n’est terminé, loin de là. Maintenant, il va falloir évidemment rechercher les ramifications, car il ne s’agit pas d’individus isolés. Souvenez-vous que dans des affaires similaires, en particulier l’affaire Merah, il a fallu de longs mois avant d’identifier tous les tenants et aboutissants de l’affaire. C’est quelque chose de très compliqué. C’est maintenant que l’enquête policière va véritablement commencer.

    Yves Bonnet est ancien directeur de la DST (Direction de la surveillance du territoire, ex-DCRI) et est actuellement le président du Centre international de recherches et d'études sur le terrorisme et l'aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT).

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