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    France

    La France a commencé à isoler les détenus islamistes les plus radicaux

    media L'intérieur de la prison de Fresnes et ses filets anti-suicide, le 13 janvier 2015. AFP Photo / MATTHIEU ALEXANDRE

    Après la série d’attentats qui a secoué la France il y a une semaine, le gouvernement a transmis les grandes lignes des mesures exceptionnelles qu’il envisage pour accroître la sécurité. Parmi elles, l’isolement des détenus jihadistes les plus radicaux est déjà expérimenté à petite échelle dans un établissement de la région parisienne.

    Le passage par la case prison en France serait pour certains détenus le chemin vers la radicalisation. Beaucoup de raisons à cela : la promiscuité, la violence, la perte des repères, l’ennui… Et puis survient un voisin de cellule ou de coursive bienveillant qui dispense la « bonne » parole, au bon moment. Le phénomène est connu depuis une quinzaine d’années dans les prisons françaises et la présence renforcée récemment d’aumôniers musulmans est loin de suffire pour constituer un contrepoids suffisant aux tentations de radicalisation extrême. 

    L’inquiétude des gardiens
     
    La tentation d’un islam radical ne conduit pas forcément au jihadisme, tant s’en faut. Il y a tout un monde entre celui qui, pour diverses raisons, pratique sa religion « à la lettre » et même au-delà, et celui qui s’engage dans la violence et le meurtre. Mais, selon les services français du renseignement, la majorité des personnes impliquées dans des actions terroristes s’est radicalisée lors de périodes de détention.
     
    Après bien des constats et quelques rapports, l’administration pénitentiaire tente depuis trois mois d’isoler les détenus considérés comme les plus radicaux. C’est la prison de Fresnes, en région parisienne, qui la première dispose depuis le mois de novembre d’une aile qui leur est réservée. L’expérience se mène à une échelle modeste : sur les 2 000 détenus de l’établissement, 22 sont concernés.
     
    En première ligne de cette expérimentation, les gardiens. Et quand on entend Thomas Robé, le référent national de la CGT-Pénitentiaire, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas convaincu. « Nous sommes contre, dit-il sans détour, cette façon de rassembler ce type de détenus va avoir des effets néfastes ». « Nous aurons des problèmes de gestion, c’est évident, quand ces prisonniers vont se rassembler pour faire valoir des revendications, mener des mouvements ou refuser par exemple de réintégrer leurs cellules [comme cela s’est produit en novembre] », développe Thomas Robé.
     
    Bombe à retardement
     
    Selon le syndicaliste, cet isolement est tout relatif. « Les activités sportives ou culturelles, comme celles liées à la formation, demeurent communes, explique Thomas Robé ». De plus, ajoute-t-il, « le rassemblement des détenus les plus radicaux aura pour conséquence de faire monter la pression sur nous, les gardiens. Pour beaucoup de mes collègues, la mesure est vaine et c’est surtout un effet d’annonce ». Il croit aussi déceler un possible effet pervers dans cette mesure : « Être sélectionné par l’administration pour intégrer la section des radicaux, risque d’être vécu par certains détenus comme un "diplôme", le couronnement d’un parcours de dur, en un mot cela peut être valorisant ».         
     
    Pour le ministère de la Justice, ces quartiers se justifient pleinement pour protéger les autres détenus du prosélytisme des plus radicaux, mais il reconnaît également que la difficulté consiste à ne pas faire de ces derniers, une fois rassemblés, une bombe à retardement. La ministre de la Justice, Christiane Taubira, en visite le 13 janvier dans la coursive où sont regroupés les détenus les plus radicaux, a précisé que « l'expérimentation était en cours d'évaluation. Après, je déciderai dans quelques jours d'une inspection plus approfondie afin de tirer tous les enseignements sur la façon de gérer le plus efficacement ce type de détenus »,  et de procéder à une généralisation, a détaillé la garde des Sceaux.
     
    En France, 152 personnes sont détenues pour des faits de terrorisme islamiste et une soixantaine pose problème, selon la Chancellerie. Mais une des difficultés réside justement dans la capacité de l’administration pénitentiaire à identifier les détenus susceptibles de basculer dans l’extrémisme religieux violent. Certains se gardent bien de toute religiosité ostentatoire. Il n’est qu’à se rappeler les gardiens d’Amédy Coulibaly à Fleury-Mérogis qui n’ont jamais eu à se plaindre de son comportement. 

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