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    France

    A l'armée, une femme est un homme comme les autres

    media La caporal-chef Christelle au Mali lors de l'opération Serval. EMA

    Dans les unités de commandos parachutistes, les femmes se comptent sur les doigts d'une main. Christelle a été la première à obtenir la qualification de commando spécialisée. Une jeune femme coriace qui a dû mettre sa vie personnelle entre parenthèses pour pouvoir « faire comme les hommes ».

    « Pourquoi moi et pas les autres ? », se demande la caporal-chef Christelle alors que l'on s'intéresse à son parcours, plutôt qu'à celui de ses camarades. « Je n'aime pas me mettre en avant », insiste-t-elle, avec un air un peu revêche. Une différence saute pourtant aux yeux chez cette militaire : elle est la première femme à être devenue commando spécialisée dans une unité de commando parachutiste de l'armée de l'Air (CPA).

    Lorsqu'elle s'engage à 20 ans, Christelle ne connaît rien de l'armée. Grande sportive, elle est une amoureuse de football. Elle réalise des tests exemplaires et les recruteurs ont l'audace de la diriger vers des unités de fusiliers. L'infanterie plutôt que le soutien où beaucoup de « féminines », comme les appellent les militaires, se dirigent. « Je ne connaissais pas, se souvient la jeune femme douze ans plus tard. Je me disais juste que je ne voulais pas faire de parachute... comme quoi ! »

    Au cours de sa formation, elle réalise progressivement l'ampleur du défi. « A l'intérieur, on se rend compte que ce n'est pas évident. » Elles ne sont que quelques femmes à avoir rejoint ces unités particulièrement exigeantes physiquement et mentalement. « Je suis la seule à vouloir être CPA. » Sous le regard attentif de son chef, qui assiste à l'entretien, elle n'hésite pas à répéter ce qui, pour elle, résume son aventure : « Ce n’était pas évident. »

    « Il faut se fixer des défis »

    « Une femme a toujours à prouver qu'elle a sa place, estime la caporal-chef Christelle. Même s'il y a toujours le respect, il faut montrer qu'on est capable, comme les autres. Je pense que c'est pareil dans le civil. » Des gestes ou des mots indélicats ? Jamais, assure-t-elle : elle n'a pas croisé de tels incidents sur son chemin. Pendant ses classes, puis ses différentes évaluations, elle refusera systématiquement de se voir appliquer les barèmes féminins, légèrement différents de ceux appliqués aux hommes : « Sur le terrain, la mission est la même ! »

    Après ses débuts chez les fusiliers, elle rejoint les commandos parachutistes de l'Air. Au fur et à mesure, les femmes sont de moins en moins nombreuses. En 2011, elle est même la première à obtenir la compétence de commando spécialisé, qui lui permettra de travailler au sein de toutes petites équipes aux missions plus spécifiques... en plus d'être monitrice de techniques d'autodéfense et d'être formée à la neutralisation d'explosifs. « Il faut se fixer des défis, et toujours faire comme les garçons », assure la jeune femme.

    Avec des mots brefs, modestes, elle égraine les nombreuses missions auxquelles elle a participé comme si tout cela n'avait rien d'exceptionnel. Le Tchad, quatre fois, les Emirats arabes unis, Djibouti et, surtout, le Mali. En janvier 2013, elle arrive sur place quelques jours après le déclenchement de l'opération Serval. « C'est la grosse mission, se rappelle-t-elle avec un sourire nourri de souvenirs. Lorsqu'on arrive, il n'y a rien, alors il faut vite s'adapter. » La rusticité, l'urgence de la mission, la satisfaction de servir... On retrouve chez elle les mêmes mots que chez la plupart de ses collègues.

    De patrouille en patrouille, son unité de commandos parachutistes de l'Air se retrouve à travailler avec des militaires maliens... peu habitués à voir une femme en uniforme. « Ils observent. Pour eux, ce n'est pas normal. Mais à la fin, ils ont admis avoir changé d'avis. Quand on voit une femme arriver, en général, ça apaise. Le dialogue arrive plus vite. »

    Après l'armée, la vie

    Malgré sa hargne, la caporal-chef Christelle admet qu'une femme restera différente. Si les hommes peuvent construire une famille en parallèle de leur métier, elles doivent sacrifier leur vie à l'armée. Tomber enceinte n'est pas neutre : « Je serais obligée de laisser le groupe. Et physiquement, ça a des conséquences. »

    Solitaire et coriace, la jeune femme met donc de côté ce type de projets... jusqu'à récemment. L'été dernier, elle quitte le CPA 20 pour rejoindre l'Ecole de l'Air. Douze ans d'action et d'abnégation ont un effet direct sur la vie privée. Le célibat s'est imposé malgré quelques histoires de cœur. Parfois des civils : « Ils ne comprenaient pas mon métier. » Parfois des militaires : « Ils comprennent, mais il y a de la jalousie. » Les seuls réconforts, un collègue et mentor, qui la guide dans la vie, et « maman » qui ne cesse jamais de la soutenir.

    Aujourd'hui, Christelle et son accent chantant du Midi ont retrouvé le sud de la France. A quelques kilomètres de Nîmes, dans le bien nommé Camp des Garrigues, elle épaule les jeunes élèves officiers de l'Air qui sont toujours étonnés de croiser cette femme qui a été commando. Désormais, la militaire aspire à un quotidien plus calme et pourquoi pas à un peu plus. Une famille. Des enfants. « Je veux une vie, résume-t-elle. Je l'avais mise de côté. »

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