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    France

    Dominique Bona, la femme qui a «osé» devenir académicienne

    media Dominique Bona lors de son discours de réception le 23 octobre 2014 à l'Académie française. Michel Monsay

    Elle est la benjamine des Immortels mais, même avec elle, le nombre de femmes élues à l’Académie française depuis sa création en 1635 ne dépasse pas 1,1%. En octobre 2014, la romancière Dominique Bona est devenue le 724e académicien et la huitième femme reçue sous la Coupole. Portrait d’une personne qui a dédié son œuvre littéraire à des biographies de femmes extraordinaires avant de le devenir elle-même.

    Elle est un peu surchargée, occupée par un texte à rendre et, en plus, rencontrer quelqu’un pour une interview, cela la déconcentre… Ainsi, c’est par téléphone et avec sa voix claire et aussi distinguée que maîtrisée que Dominique Bona accepte de jouer ce jeu qu’elle connaît à la perfection en tant qu’ancienne journaliste littéraire et biographe de personnalités comme Camille Claudel ou Clara Malraux. Alors, quelle est la première question qu’elle se pose quand elle entame le portrait d’une personne ? « C’est pourquoi et comment cet individu a suivi un chemin si particulier qui l’a emmené jusqu’à nous. Comment a-t-il réussi à traverser le temps ? Comment a-t-il réussi à nous atteindre ? Est-ce par sa vie, par ses œuvres ou par les deux à la fois ? »

    Un univers peuplé d’héroïnes modernes

    La vie de Dominique Bona est vite racontée : née en 1953 à Perpignan dans une famille catalane, elle est la fille de l’historien, écrivain et homme politique Arthur Conte, destitué de la présidence de l’ORTF en 1973 pour avoir défendu l’indépendance des médias par rapport au pouvoir politique. Après être montée à Paris, Dominique Bona passe son agrégation de lettres modernes à la Sorbonne avant de passer au journalisme, à la critique littéraire et finalement à la noblesse de la littérature. Car, la véritable vie de cette femme rayonnante et aujourd’hui, à l’âge de 61 ans, cinq fois grand-mère grâce à ses deux enfants, se passe dans un univers peuplé d’héroïnes modernes.

    Ces femmes s’appellent Gala Dali, Jeanne Loviton, Berthe Morisot ou Camille Claudel, et on a compris, c’est la condition féminine qui se trouve au centre de ses récits : « Oui, admet-elle, ce n’était pas un propos délibéré dès le départ quand je commençais à écrire, mais c’est un aspect clair de mon travail. Moi-même étant une femme qui écrit, donc une femme préoccupée d’avoir à côté de sa vie familiale une vie personnelle ou simplement une vie professionnelle, donc une vie, au fond, d’artiste, moi aussi, j’ai été confrontée à un certain nombre de difficultés. J’essaie d’aller vers les héroïnes féminines de mes livres en cherchant au fond une clé du destin féminin. Comment une femme peut-elle s’exprimer elle-même alors qu’elle est souvent en butte à des difficultés qui ne sont que de l’ordre féminin, c'est-à-dire organiser sa maison, son foyer, sa famille, construire une vie parallèle à celle qui lui est ordinairement dévolue par la société ? »

    Des questions que seule une femme peut poser

    Cette quête du destin passe par des chemins peu ordinaires : « Est-ce que Malraux faisait bien l’amour ? » est belle et bien la première question qui apparaît dans la biographie sur Clara Malraux. Et cette dernière répond aussi intrépidement : « Bien, très bien, un peu trop appliqué parfois ». Y a-t-il des questions que seule une femme peut poser à une autre femme ? « Oui, rit-elle, en effet. Je crois que le biographe doit se poser toutes les questions. Il ne doit pas avoir de pudeurs excessives pour analyser, comprendre et faire revivre un homme comme une femme. Eh bien, toutes les questions, selon moi, sont autorisées. Elles concernent à la fois son éducation, son ambition, son enfance, et, pourquoi pas, sa sexualité. »

    Couronnée par une dizaine de prix littéraires dont les prestigieux Interallié et Renaudot, elle a publié son premier roman Les Heures volées en 1981, à l’âge de 28 ans. Six ans plus tard, c’est déjà la consécration avec le Grand Prix de la biographie de l’Académie française pour Romain Gary. Elle creuse toujours au plus profond de ses personnages pour trouver une certaine vérité. Et quand Dominique Bona raconte sur Clara Malraux qu’« elle avait une envie folle d’écrire, tant qu’elle a vécu avec Malraux, elle n’a jamais osé », on réalise que sa présence à l’Académie française n’a rien d’un hasard et qu’elle cherche aujourd’hui à défendre avec son épée d’académicienne la langue, mais aussi à pousser d’autres femmes à oser : « Oui. Cela n’a été pas une démarche indifférente de ma part. J’espère que dans les années qui viennent, des femmes oseront. Maintenant, à l’Académie, les portes sont grandes ouvertes aux femmes. Il n’y a pas de blocus. En revanche, à l’Académie française, il faut faire acte de candidature. Je crois qu’il y a encore chez certaines femmes une réticence, peut-être une crainte, à faire ce pas en avant. Je souhaite vivement qu’elles viennent vers l’Académie, d’un mouvement confiant et spontané. »

    L'Académie française, une institution machiste ?

    C’est l’académicien Jean-Christophe Rufin qui avait déclaré lors du discours de réception de Dominique Bona : « Madame, quel bonheur de prononcer ce mot ». N’est-ce pas la preuve que l’Académie française qui a vu entrer, en 1980, avec Marguerite Yourcenar, la première femme sous la Coupole, est restée jusqu’à aujourd’hui un lieu masculin, voire machiste ? « Non, machiste, je ne crois pas, remarque Dominique Bona. C’est encore un lieu masculin puisque les femmes y sont une minorité. Depuis la mort d’Assia Djebar, on est plus que cinq parmi les quarante. Je pense qu’il y a encore bien de la place dans les années à venir pour d’autres femmes : les écrivains, les poètes femmes, les auteurs femmes de chanson, les "mettrices" en scène - comme on ne dit pas à l’Académie - toutes ces femmes qui exercent une activité artistique et qui ont un rapport passionné avec la langue française ».

    Alors à qui la faute de cette sous-représentation des femmes dans la société ? Pour Dominique Bona, la question est ailleurs : « La femme est souvent elle-même son pire ennemi, c’est-à-dire qu’elle se met elle-même des freins pour respecter un ordre ancien qui est inscrit en elle, inscrit dans sa tête et dont elle ne parvient totalement pas à se libérer. C’est cela qu’il faut travailler aujourd’hui davantage, la psychologie féminine du XXIe siècle qui n’est pas encore totalement libre. »

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