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    France

    Sonia Souid, l'agent féminin du foot français

    media Sonia Souid dans son bureau, idéalement situé entre le Parc des Princes et le stade Jean-Bouin. Christophe Carmarans / RFI

    A même pas trente ans, Sonia Souid est une pionnière dans un milieu du football encore assez hermétique à la gent féminine. Agent depuis 2010, elle a dû passer par les pays du golfe Persique pour faire ses classes et gère désormais les carrières d’une quarantaine de joueurs et joueuses.

    On a beau être prévenu, sa longue silhouette impressionne, déconcerte. Un mètre quatre-vingt-un sous la toise et des talons hauts en prime, pas de doute, Sonia Souid peut voir loin et sait où elle veut aller. Un temps volleyeuse professionnelle, puis candidate à Miss France l’espace d’une saison et désormais agent pour une quarantaine de footballeurs, cette Clermontoise d’origine algérienne mène déjà, à vingt-neuf ans à peine, sa troisième vie. Et elle ne compte pas en rester là même si, pour le moment, son métier d’agent - mot qu’elle se refuse à accorder au féminin -  Sonia le vit à fond.

    Dimanche elle était à Madrid, demain elle sera en Belgique et dans quatre jours à Auxerre, ou à Nîmes. Peut-être même ailleurs car dans un métier « où il faut être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre (...) se projeter à cinq jours, c’est difficile ». En ce mardi pluvieux, Sonia a quand même trouvé le temps de nous recevoir longuement dans le bureau qu’elle partage avec son collègue Patrick Esteves,  au rez-de-chaussée d’un immeuble du XVIe arrondissement de Paris, en lisière du Parc des Princes des stars du Paris Saint-Germain et du stade Jean-Bouin des costauds du Stade Français. Entre football et rugby en somme, comme un raccourci de sa vie actuelle.

    Clermont - Paris en passant par Doha

    Agent c'est un métier où l'on doit être disponible 24 heures sur 24, pratiquement 365 jours par an. Christophe Carmarans / RFI

    Au sein d’Essentially, Sonia et Patrick gèrent en effet, en binôme, les activités football de cette filiale du groupe britannique CSM Sports & Entertainment, un poids lourd mondial du marketing sportif qui est leader sur le rugby et dont le PDG n’est autre que Sebastian Coe, mégastar britannique du demi-fond dans les années 1980 et grand artisan des J.O. de Londres 2012. C’est pourtant loin, très loin, de Paris que Sonia a fourbi ses premières armes dans le métier, après une licence d’agent FFF pourtant acquise de haute lutte, seule femme des dix-huit lauréats retenus parmi les quatre cents candidats de la promotion 2010.

    Licence FFF en poche, elle avait quand même rapidement déchanté à l’époque, réalisant qu’il lui manquait les deux choses essentielles pour réussir en tant qu’agent : une assise financière assez solide pour supporter les frais inhérents à un métier où l’on se déplace beaucoup et un réseau suffisamment fourni pour nouer des contacts et faire signer des joueurs. Fin 2010, ciao la France donc, et direction le Qatar où Sonia rejoint son père, préparateur sportif au centre Aspetar de Doha, une clinique de médecine sportive ultramoderne qui n’a guère d’équivalent dans le monde.

    « J’ai commencé par cette région-là : le Qatar et les Emirats car, dans ces pays-là, il y avait très peu d’agents il y a cinq ans, même si les joueurs locaux gagnent très bien leur vie, beaucoup mieux que des joueurs de Ligue 2 en France », explique-t-elle. Pas trop perturbés quand même, les Émiratis, de voir débarquer dans leur univers une Française vêtue à l’occidentale ?  La réponse est « non », car le Qatar et les Emirats n’ont  « rien à voir avec l’Arabie Saoudite » où les femmes n’ont même pas le droit de conduire. « Les clubs prenaient le temps de me recevoir et de m’écouter. Ils ont vraiment ce respect pour la femme ».  Et pas de souci non plus pour la langue : « tout se faisait en anglais, car je ne parle pas l’arabe, même si je le comprends ».

    Son premier coup d’éclat  – il y en aura d’autres – Sonia le réalise en janvier 2012 en persuadant le président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas, de faire signer en prêt avec option d’achat Hamdan al-Kamali, un défenseur qui devient alors le premier international émirati à faire partie de l’effectif d’un club professionnel européen. Même si al-Kamali ne restera que cinq mois dans le Rhône sans même jamais intégrer l’équipe première de l’OL, Sonia apparaît pour la première fois sur les écrans radar du foot français. « L’émission Canal Football Club est venue tourner un sujet sur moi à Abou Dhabi, parce que tout le monde se posait des questions sur ce joueur », se souvient-elle. Sans réaliser une opération financière mémorable, la Clermontoise vient là de réussir un très joli de « coup de com’ », comme on dit. « C’est cette opération-là qui m’a permis de passer du Golfe à la France », reconnaît-elle.

    Toujours de l’inédit

    Le transfert de Marie-Laure Delie de Montepllier au PSG a marqué une date importante dans le foot féminin. AFP PHOTO / JODY AMIET

    La même année, c’est elle qui trouve un point de chute à Guy Lacombe au poste d’entraîneur d’Al Wasl Dubaï en remplacement du regretté Bruno Metsu, atteint d’un mal incurable. Sonia a déjà intégré la société CSM lorsqu’elle réalise son deuxième gros coup, encore de l’inédit : le premier transfert payant dans le football féminin français, en l’occurrence celui de l’internationale Marie-Laure Delie qui quitte Montpellier pour le PSG, le 1er juillet 2013. « C’est un " coup " qui nous a permis de nous faire un nom dans le football féminin », résume-t-elle. « Désormais, on gère les carrières de pas mal d’internationales françaises ou belges, poursuit-elle. Ou d’entraîneurs comme Patrice Lair qui a tout gagné à l’Olympique Lyonnais avec les filles ».

    Plus que jamais déterminée à faire sauter les verrous dans l’univers masculin des crampons, c’est encore elle qui convainc, en mai dernier,  le président de Clermont-Foot, club de Ligue 2, à engager la Portugaise Helena Costa pour diriger l’équipe. Une femme pour commander des hommes ! C’est tellement inédit que médias et linguistes se perdent un temps en conjectures sémantiques. Doit-on dire entraîneur, entraîneure, coach au féminin ou encore entraîneuse ? Bien qu’admise par le Larousse, cette dernière proposition est très vite écartée car bien trop connotée pour une femme évoluant au milieu d’hommes.

    Le buzz créé par l’arrivée d’une femme entraîneur à Clermont est en tout cas planétaire. Tellement considérable qu’Helena Costa finit par prendre peur. Arguant d’un manque de soutien du club pour expliquer son renoncement, la Portugaise fait machine arrière à la fin juin, moins d’une semaine avant la reprise de l’entraînement. « Je me suis dit que cela allait fermer toutes les portes, que plus personne n’engagerait une femme entraîneur chez les hommes. On était très déçu », se souvient Sonia. Mais le président Michy ne baisse pas les bras et va finalement recruter l’ex-internationale Corinne Diacre, également sous contrat avec Sonia, pour prendre les rênes de l’équipe. Ça tombe bien, l'ancienne capitaine des Bleues vient juste d’obtenir son diplôme.

    Même si l’effet d’annonce est moindre que pour Helena Costa, Corinne Diacre suscite à son tour une intense curiosité médiatique et s’en agace très vite, une réaction à propos de laquelle Sonia émet un avis plus que mitigé. « Helena Costa et Corinne Diacre, si elles se plaignent un peu des médias, moi je trouve ça un peu choquant. Dans ce cas-là, il fallait être boulangère, infirmière ou autre ».  « On sait très bien, argumente-t-elle, que si on devient la première femme à entraîner un club pro masculin, on va forcément être épiée. Et que, forcément, il va y avoir un intérêt accru des médias : ils veulent savoir comment ça se passe avec une femme. Ça, ce sont des choses à assumer, c’est normal ! ».

    Miss Auvergne et garçon manqué

    Corinne Diacre s'est vite agacée de l'intérêt médiatique qu'elle a suscité. AFP PHOTO / FRED TANNEAU

    Question de tempérament sans doute, Sonia avoue n’en avoir jamais souffert, elle, d’être une femme. « Sportive, j’étais une battante, un garçon manqué, je n’hésitais pas à me battre », indique celle qui, outre le volleyball, a également pratiqué la boxe thaïe. Et le concours Miss France dans tout ça ? « Un accident de parcours, en fait », jure-t-elle. Inscrite à Miss Auvergne 2003 par sa monitrice d’auto-école qui la trouvait jolie, elle remporte la compétition à sa plus grande surprise et gagne automatiquement le droit de concourir à l’élection de Miss France 2004, ce qu’elle fait, évidemment. « Je jouais au volleyball à Riom et je ne savais pas ce que c’était que des talons aiguilles. Alors, pour moi, c’était rigolo. Je suis quelqu’un de très curieuse et c’était, de mon point de vue, une expérience comme une autre ».

    Une expérience qui lui a quand même laissé un goût amer. « La concurrence, quand elle est saine, et qu’elle est basée sur les compétences et sur le travail, elle ne me dérange pas du tout, au contraire », confie-t-elle. « Mais quand c’est une concurrence malsaine où, quand on tourne les talons, on risque de prendre des couteaux dans le dos, j’avoue que, là, c’est compliqué ». « C’était une mauvaise expérience, analyse-t-elle aujourd’hui, mais, si c’était à refaire, je le referais parce que ça m’a appris à bien analyser l’être humain. Et à savoir faire le tri, car j’ai été trahie par certaines Miss. On apprend toujours de ses difficultés ».

    Désormais bien installée dans le métier, Sonia ne s’interdit rien. Et certainement pas de fonder une famille. Fiancée, elle se voit bien devenir maman dans les trois-quatre ans qui viennent « même si ça n’est pas la priorité aujourd’hui ». Et dans dix ans ? « D’ici dix ans, j’aimerais bien être passée de l’autre côté, c'est-à-dire dirigeante dans le football, voire présidente de club. Pourquoi pas ? Je suis quelqu’un d’ambitieux ». En bonne avocate de la cause féminine dans le foot, elle aimerait également pousser d’anciennes internationales à jouer des coudes dans les instances fédérales ou à la Ligue. « Tout le monde dit que les portes sont fermées mais il faut insister, il y a de la place ! Ce n’est pas impossible ! », clame-t-elle. Comme on vous le laissait entendre au tout début de ce portrait, du haut de son mètre quatre-vingt-un, Sonia Souid voit très loin.

     

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