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    France

    Nathalie Loiseau: une féministe à l'ENA

    media Nathalie Loiseau est la directrice de l'Ecole nationale de l'administration. Fred Dufour/AFP

    Diplomate pendant plus de vingt ans, elle a occupé des fonctions importantes au Quai d’Orsay. Depuis 2013, Nathalie Loiseau, 51 ans, dirige la prestigieuse Ecole nationale d’administration (ENA), dont sont issus la plupart des hauts fonctionnaires français. Dans son livre au titre vigoureux Choisissez tout (Lattès, 2014) mêlant drôlerie et constats quasi-cliniques, Madame la Directrice raconte la condition féminine dans un Hexagone post-féministe où l’égalité homme-femme existe dans les textes, mais tarde encore à entrer dans les têtes. Elle s’interroge sur les raisons psychosociales profondes qui font que seulement un quart des postes à haute responsabilité soit occupé par des femmes, alors qu’elles représentent 60% des titulaires nationaux de master. Choisissez-tout est aussi un appel aux femmes pour qu’elles prennent part à la refondation de la société sur les bases d’une véritable égalité. Rencontre.

    Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

    Je voulais partager mon expérience de femme dans une société où les hommes continuent d’être aux manettes. Mère de quatre garçons, je n’ai pas eu de fille, mais je pense sans cesse aux jeunes filles qui sont en train d'entrer dans la vie professionnelle. Je les rencontre à l'ENA et je me suis souvent dit qu'elles auraient besoin de conseils pour comprendre et décoder la comédie sociale et professionnelle. Je souhaite qu’elles connaissent moins de difficultés que la génération de leurs mères n’en a affrontées. Le récit des obstacles que j’ai eu à franchir les aiderait peut-être à gravir les barreaux de l’échelle sociale avec moins de peine. Le temps me manquait pour écrire le livre, c’est mon éditeur qui m’a convaincue de la nécessité de mettre mon histoire noir sur blanc.

    S’agit-il d’un ouvrage militant ?

    Je suis une féministe convaincue, mais mon propos dans Choisissez tout n’est pas de pointer du doigt le « grand complot masculin ». Je n’y crois pas. Je ne suis pas de celles qui pensent que si tout va mal pour les femmes, c’est à cause du système patriarcal qui perdure. Pour moi, ce jargon est aussi inefficace qu’éculé. Les femmes ne pourront pas s’épanouir en détestant les hommes qui constituent la moitié de l’humanité. La cause des femmes dans la société ne pourra avancer, j’en suis convaincue, que par un meilleur dialogue entre hommes et femmes sur une organisation plus équitable de la société. Donner davantage de droits aux femmes n’enlève aucun aux hommes. Dans ce « combat », pour utiliser un terme féministe, il n’y a pas de perdants, que des gagnants.

    Les hommes et les femmes sont donc des alliés potentiels ?

    Potentiels et réels. J’en veux pour preuve mon propre parcours. Mes mentors les plus efficaces et les plus bienveillants ont été des hommes. Pour la Pakistanaise Malala que je cite souvent en exemple et pour laquelle j’ai une immense admiration, son mentor n’est autre que son père. Sans son père, Malala aurait-elle eu le même rayonnement ? J’en doute.

    Un des chapitres de votre livre s’intitule pourtant « A quoi servent les hommes » ! Cela dit, vous n’êtes pas très tendre non plus avec les femmes.

    Je reproche aux femmes de ne pas être suffisamment ambitieuses, comme moi-même je n’ai pas su l’être au début de ma carrière professionnelle. Je me souviens en tant que directrice des ressources humaines du Quai d’Orsay, il a fallu que je pousse – presque littéralement - les femmes cadres du ministère, pour qu’elles se mettent en valeur et sollicitent des promotions qui étaient amplement méritée. Les femmes souffrent de complexes de toutes sortes et s’imposent des obligations, dont celle de choisir entre vie professionnelle intense et parentalité.

    La question de choix qui est au cœur de votre livre, n’est-elle pas spécifique aux femmes privilégiées de la classe moyenne supérieure ?

    Je suis consciente de parler d’un point de vue privilégié, d’une femme de classe moyenne supérieure qui n’a pas eu à renoncer aux choses a priori, qui a pu mener de front la carrière de cadre supérieure, tout en élevant ses quatre enfants. On trouve cela normal que les hommes aient un métier, une famille, des hobbies et des passions. Pour privilégiée que je sois, il m'a fallu batailler pour qu’on me reconnaisse les mêmes droits. Il n’y avait rien de spontané dans cette reconnaissance. Même prendre la parole est problématique. Dans les premières années, l’exercice se passe bien car vous êtes jeune. Puis, vous vous apercevez un jour que vos collègues vous perçoivent d’abord comme une femme, comme quelqu’un qui détonne par rapport aux autres. Alors, qu’est-ce que vous faites ? Soit, vous essayez de vous tenir à carreau pour vous faire accepter - à mon avis, c’est l’assurance d’une grande déception -, soit vous vous comportez aussi naturel que possible, c’est-à-dire vous participez aux débats comme les autres, tout en vous demandant si vous avez quelque chose d’intelligent à dire.

    Qu’est-ce qui vous fait penser que les hommes ne se posent pas la même question ?

    Bien sûr, beaucoup d’hommes se posent la même question, mais les femmes sans doute un peu plus. Tout simplement parce que donner de la voix avec des hommes, physiquement, c’est compliqué. Quand vous êtes dans une réunion de douze personnes et que vous êtes la seule femme, il faut s’entraîner pour que l’on vous entende sans être obligée de crier ou de passer pour une hystérique. Sheryl Sandberg [n°2 de Facebook, ndlr], elle, parle de la façon dont on interrompt facilement une femme pendant une discussion. Cela dit, ce que vous dites est vrai, pour un homme qui débarque, c’est aussi difficile de s’imposer que pour une femme. En fait, c’est le problème des nouveaux venus par rapport aux anciens qui sont installés depuis longtemps. Il se trouve que dans le milieu professionnel qui a été longtemps exclusivement masculin, les anciens sont des hommes. Ils ne veulent pas laisser la place aux nouveaux, dans les rangs desquels il y a de plus en plus de femmes. Vous comprenez maintenant pourquoi je ne crois pas au complot masculin.

    Vous évoquez longuement dans votre livre vos affectations diplomatiques à l’étranger. Quels souvenirs gardez-vous de vos pérégrination ?

    J’aurais aimé avoir grandi en Afrique. Je garde un souvenir ému de mes petits garçons courant en toute liberté dans le sable de Gorée, au Sénégal. Ils y ont connu la plus grande bienveillance, ils passaient de bras en bras sans crainte, en toute confiance, heureux d’être câlinés, chouchoutés, nourris par de nombreux adultes. Aujourd’hui encore, quand mes amies sénégalaises m’appellent, elles me demandent pas : « Comment vont tes enfants ? », mais « Comment vont mes enfants ? ». Mes enfants n’étaient pas seulement mes enfants, ils étaient les enfants de beaucoup de gens. Je suis très sensible à cette ouverture africaine, à cette décontraction, s’agissant de l’enfance et de la maternité. C’est tout le contraire de ce qui se passe en France où l’arrivée d’un enfant déclenche un véritable tsunami d’inquiétudes, au point qu’on oublie que les risques de la naissance sont peu de choses par rapport au bonheur d’être mère ou père.

    Votre passage aux Etats-Unis a aussi été important. Je voudrais revenir sur votre rencontre avec Helen Thomas, une femme exceptionnelle à laquelle vous consacrez plusieurs pages. Qui était Helen Thomas ?

    Helen Thomas était un personnage absolument époustouflant d’anti-conformisme. Elle était d’autant plus époustouflante qu’elle vivait à Washington, la capitale mondiale du conformisme. Helen était une petite bonne femme, née à Kentucky, de parents commerçants libanais. Dans les années 1940, quand Helen est devenue correspondante et s’est fait un nom en couvrant l’actualité du FBI, la presse américaine était un milieu entièrement masculin. Parce qu’elle était femme, Helen n’avait pas le droit de faire partie de l’association des correspondants de la Maison Blanche. Elle réussit à y entrer grâce au président Kennedy qui avait menacé de boycotter le dîner annuel de l’association. Avant, elle avait essuyé les pires moqueries, les pires discriminations, mais à partir du moment elle est entrée, elle a eu droit à une place au premier rang de la salle de presse. Elle était connue pour sa liberté de ton, ses questions sans concession. Depuis Kennedy, tous les présidents, y compris Barack Obama, sont passés sous ses fourches caudines. Je l’admirais énormément pour son esprit d’indépendance, pour son humour. J’ai aimé les Etats-Unis précisément parce que la société américaine, pour conformiste qu’elle soit, a toujours su accueillir des gens différents comme Helen.

    Vous voulez dire que dans la société américaine, c’est plus facile pour quelqu'un qui vient des marges de s’imposer ?

    A partir du moment votre talent est reconnu, vous êtes adopté. Votre différence devient alors un atout. Alors que, dans la vieille Europe, quelle que soit la forme de votre talent, on vous renverra quand même à vos origines, à votre différence. Comme si tout ce que vous avez fait jusqu'ici ne comptait pas. La France est peut-être le seul pays où on continue à demander aux gens, à 70 ans, quelles écoles ils ont faites et quels diplômes ils ont obtenus. C’est extrêmement curieux !
     

     

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