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    France

    France: des cantonales aux départementales, quels changements?

    media Manuel Valls à Boisseuil en Haute-Vienne, le 5 mars 2015, lors d'un meeting pré-élections départementales. FP PHOTO / PASCAL LACHENAUD

    Ce dimanche 22 mars, plus de 43 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour le premier tour des élections départementales, jusqu’ici appelées « cantonales ». Nouveau nom, parité, nouvelle carte des cantons, nouveau mode de scrutin, ces élections laissent perplexe bon nombre de Français, alors qu’en 2011 le taux d’abstention aux cantonales était déjà de près de 56 %.

    Les Français éliront désormais tous les six ans, et non plus tous les trois ans, leurs conseillers départementaux, - les jusqu’ici nommés « conseillers généraux » -, par binôme mixte (une femme-un homme) par canton, pour respecter la parité, lors d’élections départementales et non plus « cantonales ».

    Ces conseillers départementaux seront désormais au nombre total de 4 108 pour 2 054 cantons, alors qu’en 2011, ils étaient 4 035 conseillers généraux pour… 4 035 cantons. Le découpage cantonal qui avait à peine bougé depuis Napoléon a été revu pour garantir un meilleur équilibre démographique et éviter que le doublement du nombre d'élus par canton (de un à deux) conduise à un doublement du nombre total d'élus.

    Le mode de scrutin ne change pas, lui. Pour être élu au premier tour, le binôme doit obtenir au moins la majorité absolue des suffrages exprimés (plus de 50 %) et un nombre de suffrages égal à au moins 25 % des électeurs inscrits. Si aucun binôme n'est élu dès le 1er tour, les deux binômes arrivés en tête au premier tour peuvent se maintenir. Les binômes suivants peuvent se maintenir, eux, seulement s'ils ont obtenu un nombre de suffrages au moins égal à 12,5 % des électeurs inscrits. Par exemple, si l'abstention atteint 50 %, le binôme arrivé troisième doit recueillir 25 % des voix au premier tour pour figurer au second tour. Pas évident d’obtenir un tel score alors que ce scénario des 50 % d’abstention est très probable. Le binôme qui obtient le plus grand nombre de voix au second tour, qui aura lieu le dimanche 29 mars pour ces élections départementales 2015, est élu.

    Une réforme contestée

    Des circonscriptions plus grandes, une parité homme-femme, un mandat des élus plus long : la réforme pour conduire à ces élections départementales, adoptée à une courte majorité au Parlement en 2013, a été fortement contestée, à cause notamment de la nouvelle carte des cantons.

    Si les nouveautés ne favorisent pas la mobilisation des électeurs, le contexte politique non plus. L'avenir des assemblées départementales, qui remplacent les conseils généraux, paraît en effet incertain. Certes, le gouvernement Valls a renoncé à son projet de les supprimer à brève échéance (à l'horizon 2021), suite à une levée de boucliers au printemps 2014 des conseillers généraux eux-mêmes. Mais la disparition de ces assemblées semble programmée, économies obligent. Le projet de collectivité territoriale unique - fusion du conseil régional et général (ou départemental) - n'est pas abandonné. Rejeté par les Alsaciens, les Corses et les Guadeloupéens, il sera testé en Guyane et en Martinique dès le 1er janvier 2016, et est déjà en vigueur à Mayotte, le petit-dernier des départements français. Alors à quoi bon voter ?

    69 % des Français estiment avoir été mal ou pas du tout informés sur ces élections départementales, et 86 % d’entre eux jugent que la campagne électorale n’a pas été « à la hauteur » de leurs attentes, selon une enquête Odoxa/Le Parisien Aujourd’hui en France/CQFD-iTélé publiée ce vendredi.

    Pourtant les enjeux sont grands, en termes de vie politique comme de vie quotidienne. Les compétences des conseillers départementaux sont les mêmes que celles des conseillers généraux. Ils s’occupent principalement des aides sociales aux personnes âgées, aux handicapés, aux enfants maltraités, aux bénéficiaires du RSA, de financer en partie les collèges, les pompiers, et impactent sur la vie sportive et culturelle de leur département.

    Vers un duel UMP/FN

    Dans un scrutin traditionnellement boudé des électeurs et défavorable au pouvoir en place, le Front national, lui, espère se tailler une belle part des cantons, sur le dos de l’UMP. Vainqueur aux élections européennes de mai dernier où il a raflé 25 % des voix, le FN a accaparé la campagne et les esprits pour cette élection. A tel point quele Vaucluse pourrait devenir son fief. Mais ses chances sont tout de même faibles, en général, car le Parti socialiste, s’il risque de perdre plus de 20 départements, appellera sans doute à voter pour l’UMP.

    La gauche est en effet divisée. Selon une étude du Cevipof, elle n’est rassemblée autour d’un binôme que dans 433 cantons, contre 1 285 pour la droite. Et comme il faut au moins franchir le seuil de 12,5 % des inscrits pour atteindre le second tour, la gauche « risque d’être éliminée au soir du 22 mars dans de très nombreux cantons », estime Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. S’annoncerait un duel UMP/FN.


    Paris, Lyon, la Guyane et la Martinique ne votent pas

    On ne vote pas partout, ces dimanches 22 et 29 mars. Dans le 75, la commune de Paris fait office de département, elle a déjà les pouvoirs de l’assemblée départementale. Traditionnellement, on n’y votait pas lors des cantonales, ce ne sera pas le cas non plus pour les départementales.

    Le redécoupage territorial en grosses régions, départements et métropoles induit une réorganisation dans le Rhône. Une partie du territoire sera appelée aux urnes tandis que la métropole de Lyon, qui endosse une partie des compétences des assemblées départementales via son conseil municipal, ne votera pas.

    En Guyane et en Martinique, il n'y aura pas d'élections départementales non plus. Les mandats des conseillers généraux sont prolongés jusqu'au 1er janvier 2016. À partir de cette date, les deux départements seront dotés d'une collectivité territoriale qui aura les compétences d'un département et d'une région réunis.

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