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Décryptage avec nos invités, Liesl Louw Vaudran et Stéphanie Wolters, de l'Institut d'études et de sécurité de Pretoria -ISS-, Daniel Compagnon, professeur à l'Institut d'études politiques de Bordeaux (Centre d'études d'Afrique noire), Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, et nos envoyés spéciaux à Harare et correspondants régionaux.

Des fraises bio en plein Paris grâce à l'aquaponie

media Ces fraises 100 % bio ont poussé au Parc de Belleville dans le XXe arrondissement de Paris. Christophe Carmarans / RFI

Installée dans le parc de Belleville en plein XXe arrondissement de Paris depuis 2013, Agnès Joly s’est lancée dans l’aquaponie, un système de culture en circuit fermé qui fonctionne avec de l’eau, des plantes et … des poissons. Cette technique hors-sol promet beaucoup et donne des produits d’excellente qualité.

« Hmmm, qu’elles sont bonnes, ces fraises ! ». S’il s’agissait d’un test à l’aveugle, on n’aurait jamais deviné que ces fraises-là, si goûteuses, juteuses et savoureuses, avaient poussé là, à Ménilmontant, en plein cœur de Belleville, dans le XXe arrondissement de Paris. Et encore moins que l’on devait leur goût, si délicieux, à l’aquaponie. L’aqua-quoi ? L’aquaponie, cette culture qui permet de faire pousser des plantes, des fruits et des légumes grâce à un système en circuit fermé qui fait fonctionner en symbiose l’eau, les plantes et les poissons. Des poissons ? Oui des poissons ! On va vous expliquer…

Dérivée de l’hydroponie, technique horticole très ancienne qui permet de procéder à une culture dite « hors-sol » au moyen d’un circuit hydraulique (la terre étant remplacée par un substrat de fibres ou de billes d’argile par exemple), l’aquaponie ajoute un élément supplémentaire et vivant : les poissons. Oui, des poissons d’eau douce dont les effluents (terme poétique pour désigner leurs déjections, ndlr) vont servir d’engrais au végétal cultivé. En retour, le végétal va purifier l’eau et la réalimenter notamment en oxygène, pour le plus grand bénéfice des poissons. C’est ce que l’on appelle un cercle vertueux.

Potager sur l’eau

Agnès Joly s'est lancée dans ce projet Aquaprimeur en 2013. Christophe Carmarans / RFI

Ingénieur en agro-alimentaire, Agnès Joly – la cultivatrice « high-tech » qui a bien voulu nous faire goûter ses fraises à Belleville – est convaincue que l’aquaponie est une solution d’avenir à quantité de problèmes auxquels va être – et est déjà – confrontée l’agriculture à l’échelle planétaire. Après une formation aux Etats-Unis, l’un des pays où l’aquaponie est la plus développée, Agnès Joly a démarré le projet Aquaprimeur en 2013 à la Maison de l’Air, le bâtiment municipal à grande baies vitrées situé en plein cœur du parc de Belleville où elle a installé son « potager sur l’eau » telle qu’elle le définit (v. photos). C’est un projet – qui comprend également un volet hydroponie (c'est-à-dire sans poisson) – réalisé avec le soutien de la mairie de Paris qui veut favoriser ce qu’elle appelle  « la végétalisation innovante ».

A première vue, rien de spectaculaire : juste des rangées de plantes – essentiellement des fraisiers, le jour de notre visite – qui surplombent un bac d’environ 100 litres d’eau où s’agitent frénétiquement des poissons rouges, au moment où Agnès vient leur apporter leur nourriture quotidienne, de la farine de poisson. « L’aquaponie se pratiquant uniquement en eau douce, précise-t-elle, cela exclut les poissons d’eau de mer. On peut, en revanche, inclure tous les poissons déjà élevés en aquaculture comme la truite ou le tilapia, les deux espèces les plus utilisées à l’heure actuelle en aquaponie. Mais, ajoute-elle, on pourrait aussi bien avoir des sandres, des esturgeons, des carpes, ou encore des poissons d’ornement d’eau douce comme les carpes koï ». Des poissons qui peuvent être aussi consommés en cuisine, d’autant qu’ils sont élevés dans un environnement particulièrement sain et contrôlé.

Besoin en eau réduit de 90 %

Chez Aquaprimeur, ce sont des poissons rouges qui fournissent l'engrais. Christophe Carmarans / RFI

« Non seulement l’aquaponie est adaptable à notre civilisation, poursuit Agnès Joly, mais je suis persuadée qu’elle est une vraie réponse à tous les défis à venir, comme le manque d’eau ou la pollution ». Paramètre très important, l’aquaponie n’utilise en effet que 10 % de volume en eau par rapport à un potager classique en pleine terre, une perspective très intéressante pour des régions où l’eau se fait rare, comme c’est le cas dans de nombreux pays d’Afrique par exemple. En ce qui concerne la pollution, l’aquaponie ne fait évidemment jamais appel aux pesticides et autres produits chimiques alors que les potentiels polluants produits par les poissons sont, eux, récupérés in situ par les plantes. Bref, c’est du 100 % bio.

Si le projet Aquaprimeur de Belleville s’étend pour le moment sur une toute petite surface, il est applicable à beaucoup plus grande échelle, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis et dans d'autres pays d'Europe. Agnès compte d’ailleurs passer prochainement à la vitesse supérieure. Dans le courant de l’année, elle va être rejointe par d’autres associés dans le but de créer une SARL (société commerciale à responsabilité limitée, ndlr) et pour construire un centre d’expérimentation sur 1 000 m2. « Nous débuterons la commercialisation des produits courant 2016, mais, précise-t-elle, ce ne sera qu’une partie de l’activité d’Aquaprimeur ».

Des fraisiers sous serre à la Maison de l'Air, en plein Ménilmontant. Christophe Carmarans / RFI

Au-delà de l’aspect commercial, Agnès Joly voudrait surtout coordonner et fédérer l’ensemble des personnes qui peuvent faire véritablement démarrer l’aquaponie en France. Si c’est une technique encore à l’état embryonnaire dans notre pays, elle ne demande qu’à se développer à beaucoup plus grande échelle. « Comme l’hydroponie, conclut Agnès Joly, l’aquaponie offre l’avantage de n’avoir pas besoin du sol. On peut l'aménager dans des endroits où les agriculteurs ne pourraient pas s’installer : des terrains pollués, des terrains où il y a très peu d’eau, et même en ville où l’on ne va pas apporter des tombereaux de terre ». À une époque où le terrain devient de plus en plus rare et cher en milieu urbain, il s'agit là d'un autre paramètre qui plaide effectivement en faveur de l'aquaponie.

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