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Le marais Audomarois, labyrinthe aquatique

media Luc Barbier, directeur du Parc des Caps et marais d'Opale, à l'avant du bakhôve. RFI/ Agnès Rougier

Dans le marais Audomarois, situé dans le nord de la France, au bord des Flandres, à 70 km de la mer du Nord, la vie des habitants est entièrement liée à l’eau.

Le marais, qui s’étend autour de la rivière Aa et pénètre jusque dans la ville de Saint-Omer, qui inclut 15 communes sur deux départements, est un vaste territoire quadrillé par des canaux et de fossés - dont les plus grands s’appellent des wateringues - c’est aussi le premier marais maraîcher de France.

L’eau : sang de l’Audomarois

Ce marais de 3 731 hectares, parcouru par 760 km de cours d’eau dont 170 sont navigables, est la plus grande zone humide régionale. Le marais Audomarois est découpé en 13 200 parcelles intégralement cultivées sur 1 385 exploitations.
Elevage et maraîchage constituent les activités agricoles traditionnelles du marais. Il y a aujourd’hui 60 familles d’éleveurs et une quarantaine de familles de maraîchers (dix fois moins qu’au début du XXe siècle).

L’élevage se pratique de manière extensive sur les bords du marais. Il y a un siècle, le transport de bétail et des légumes se faisait en barque – bakôve ou escute. Aujourd’hui, de petites routes permettent un transport plus facile. Pour autant, la faible largeur des parcelles et des chemins interdit l’emploi de tracteurs et les maraîchers travaillent principalement à la main.

Comme la plupart des zones humides, le marais Audomarois est intégré dans un Parc naturel régional (PNR) : le Parc des Caps et Marais d’Opale, qui rejoint le littoral sur la Manche et la mer du Nord, et certaines zones du marais sont classées Natura 2000 – territoire identifié au niveau européen pour la rareté de ses espèces.

Le marais Audomarois s'étend sur 3.731 hectares, dont 700 km de cours d'eau. Parc national régional

L’agriculture dessine l’espace

Les activités agricoles ont façonné le marais tel qu’il est encore aujourd’hui et ont permis de préserver une faune et une flore particulières. Le maraîchage se pratique sur d’étroites parcelles de 15 m de large sur 230 m de long, intégralement entourées d’eau. Sur ces terres fertiles, on cultive des endives, des brocolis, des céréales ou des pommes de terre, mais aussi des variétés anciennes, comme le chou-fleur Martinet, le poireau Leblond, la carotte de Tilques ou l’artichaut gros-vert de Laon.

Le maraîchage nécessite un entretien régulier des fossés wateringues (les grands), en conformité avec la Loi sur l’eau et les milieux aquatiques (Lema) (rénovée en 2006 suite à la directive européenne cadre sur l’eau) qui vise à la reconquête écologique des cours d’eau (Code de l’environnement, livre II). La terre et la tourbe des fossés donnent aussi l’excellent engrais qui rend le marais si fertile. Dans un souci d’entretien et de lutte contre les nuisibles, les berges des parcelles sont fauchées régulièrement.

Un logiciel inadapté

Dans le marais Audomarois, les surfaces agricoles tournent en moyenne autour de 50 à 70 ha par exploitation - un peu en dessous de la moyenne nationale – et elles sont composées de plusieurs parcelles disjointes et très étroites. Cette année, le logiciel de déclaration PAC demande aux agriculteurs de redessiner les parcelles, or les faibles dimensions de celles-ci rendent la chose très compliquée, voire impossible. Didier Helleboid, vice-président de la Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais, en fait la démonstration : impossible de dessiner les bandes enherbées qui font le tour des parcelles parce qu’elles sont trop petites. Alors, comment faire une déclaration PAC dans ces conditions alors que c’est justement sur cette base que l’administration décidera de payer les subventions… ou pas ?

Mesures agro-environnementales en Audomarois

Les agriculteurs du marais Audomarois semblent a priori concernés par les Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), qui sont des aides PAC destinées à la préservation de l’environnement, des systèmes écologiques particuliers et des races anciennes. Pourtant, rares sont les maraîchers qui les ont demandées pour les années à venir.

Marie-Claire et Jean-Paul Mieze, qui cultivent en particulier des choux-fleurs, peuvent postuler à la mesure « entretien des fossés », car ils ont des parcelles de chaque côté d’un fossé. En cas contraire, la mesure n’est pas accordée, ce qui semble absurde parce que de toute façon, les maraîchers sont obligés de curer les fossés régulièrement pour lutter contre l’érosion, pour éviter qu’ils ne se bouchent et enfin, pour apporter la fumure sur les légumes. Marie-Claire Mieze cultive aussi des artichauts gros-verts de Laon, elle a demandé à ce titre une mesure pour la « protection des ressources végétales », qui peut rapporter jusqu’à 600 euros par hectare.

Annie Ledoux, de la Cressonnière de Tilques, dont la famille est maraîchère depuis 6 générations, et qui a des petites parcelles disséminées dans le marais, préfère s’en passer : « j’ai eu des subventions PAC pendant 2 ou 3 ans, mais j’ai arrêté : trop de travail, trop de contraintes ! ».

Des aides contraignantes

Les contraintes associées aux aides de la PAC sont importantes : d’une part, les terres engagées, qui rapporteront la subvention, doivent, dans la réalité, correspondre exactement à ce qui a été déclaré dans le logiciel Telepac.

D’autre part, le cahier des charges associé à une MAEC doit être strictement observé sous peine de devoir rembourser l’aide, avec une amende, en cas de contrôle. Or les exploitants du marais sont incapables d’appliquer intégralement certaines mesures.
Prenons le cas des zones de marais classées Natura 2000. Pour Bertrand Lasagesse, qui élève des bovins, même si une partie de ses terres est en zone classée, impossible de demander la mesure « enjeu Natura 2000 », car le cahier des charges associé l’obligerait à engager 80% de sa surface agricole, sur laquelle il n’aurait pas le droit d’utiliser de nitrate fertilisant et qu’il devrait faucher seulement après le 15 juillet. Or à ce moment-là « on est en plein été, l’herbe est morte, elle ne vaut plus rien nutritivement pour les bêtes ».

Un résultat décevant

Alors que l’agriculture du marais Audomarois est indissociable de son entretien et préserve une biodiversité particulière, cette nouvelle PAC n’a pas convaincu les agriculteurs qui ont finalement demandé très peu de subventions.

Pour Luc Barbier, né dans le marais avant de devenir directeur du Parc des Caps et Marais d’Opale, la première raison de cette faible demande est l’inadaptation des aides proposées aux conditions réelles de l’agriculture locale. En Audomarois, alors que les Mesures agro-environnementales et climatiques étaient présentées comme les « principaux outils de soutien à l’agriculture en zones humides », elles ont raté leur cible.

Mais cette absence d’aide aux agriculteurs pourrait avoir des retombées importantes sur l’ensemble du marais. « Ici, il n’y a rien de naturel, nous dit Luc Barbier, le marais vient d’un marécage inhospitalier que les moines du XVIIe siècle ont réussi à transformer. Mais si demain les conditions changent, la nature reprendra ses droits et les fossés se refermeront, ce sera alors une autre biodiversité, sans l’homme.»
 

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