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    France

    France: des migrants de Libye et d'Erythrée racontent leur périple

    media Les migrants venus du monde entier passent souvent par la ville de Calais, dans le nord de la France, pour atteindre le Royaume-Uni. Ici, des migrants près du centre d'accueil Jules Ferry, le 4 mai 2015. AFP PHOTO PHILIPPE HUGUEN

    Le gouvernement a pris l'engagement, mercredi 17 juin, de créer 11 000 places supplémentaires pour héberger les migrants. Face à ce qu'il qualifie de « crise humanitaire sans précédent », l'exécutif veut améliorer les conditions d'accueil. Mais ce plan prévoit aussi une plus grande fermeté à l'égard de ceux qui ne peuvent prétendre à l'asile politique. Dans ce contexte, rencontre avec trois migrants ; deux Erythréens et un Lybien, qui ont risqué leur vie en Méditerranée pour se rendre en France.

    Dans ce que l'on appelle la « jungle » de Calais, là où les migrants se regroupent avant d'espérer passer en Grande-Bretagne, RFI a rencontré deux hommes qui ont risqué leur vie pour finalement arriver en France... à la rue.

    « Je suis parti le 17 octobre en bateau, par la mer, raconte un Lybien demandeur d'asile d'une trentaine d'années. On est arrivés en Italie, et de l’Italie en France. » Il explique qu'il n'a pas eu le choix, au moment de quitter son pays. « Bien sûr, s'il y avait de la sécurité, je vous jure que je serais resté [en Libye ndlr], mais on voit des morts, comme ça, dans la rue, sous nos yeux ! Comment peut-on rester là-bas ? »

    Depuis son arrivée en France il y a quatre mois, il n'a presque aucune nouvelle de sa famille. « Je ne sais pas s'ils sont morts ou vivants. Parfois, j'arrive à contacter des proches par Facebook qui me racontent que la guerre continue. Parfois, j'entends qu'untel a fui en Egypte, ou un autre par la mer. »

    Persécutions

    D'autres ont fui les persécutions, à l'image de cet opposant politique érythréen lui aussi livré à lui-même à Calais. « Mon pays n’est pas stable, explique-t-il. Mon président, M. Issayas Afewerki, est une ordure ou un fou. Je ne sais pas comment expliquer le caractère dictatorial de cet homme. Je pense que c’est un boucher. Donc, dans ces conditions, je ne peux pas avoir une vie paisible. »

    « Dans mon histoire, continue-t-il, j’étais un combattant pour la liberté. Il n’y a pas de démocratie, aucun droit. Et il n’y a pas de Constitution. Et en plus, pas de relation paisible avec les pays voisins. Tout est foutu. Après, je suis arrivé, je me suis échappé du pays par le pays voisin. Je suis venu par la Libye et je suis arrivé en France. J’étais intéressé par la France, parce que la première révolution a commencé ici. »

    Les Erythréens représentent l'une des plus importantes communautés de migrants au monde. En dix ans, 350 000 Erythréens ont fui leur pays. L'an dernier, 34 000 sont arrivés en Europe après avoir dû traverser le Sahara et la mer Méditerranée dans des conditions de danger extrêmes. Les Erythréens fuient un régime totalitaire et brutal.

    Comme beaucoup de ses compatriotes, Amanuel Guimaï a préféré l'exil et ses dangers au joug impitoyable du régime d'Asmara. Il a fui son pays en 2009, payant pour se faire débourser 1 000 euros de sa poche. « D'abord, j'ai du payer un passeur depuis Asmara. Le passeur nous a aidés à rejoindre une ville proche de la frontière éthiopienne. Et de là, nous avons dû marcher toute la nuit. Et même plus : 18 heures d'affilée pour atteindre la frontière ! Et au matin, après avoir marché tout ce temps, nous avons franchi la frontière. Nous avons eu la chance de pouvoir passer sans problème, et ensuite j'ai demandé l'asile en Ethiopie. »

    Camps de réfugiés

    Sa famille restée à Asmara a été punie. Une amende équivalent à 2 000 euros. Une fortune dans ce pays qui n'arrive pas à nourrir correctement sa population. Amanuel aurait pu s'inventer une vie en Ethiopie, le pays frère et le pays ennemi à la fois. Mais l'Ethiopie redoute ces réfugiés qui pourraient être des serviteurs du régime d'Asmara. L'Ethiopie préfère donc consigner les Erythréens dans des camps.

    « Nous étions tous obligés de rester dans le camp. On ne nous autorisait pas à aller en ville. Nous ne pouvions pas travailler, et encore moins nous établir en Ethiopie. On devait rester dans le camp. Les réfugiés n'ont pas le choix. Soit ils restent dans ces camps, soit ils continuent jusqu'au Soudan pour prendre la route périlleuse à travers le Sahara, jusqu'à la mer Méditerranée, et enfin l'Europe. »

    Entre la prison à ciel ouvert qu'est l'Erythrée et les camps éthiopiens, les réfugiés choisissent souvent de poursuivre leur route. Le désert, la cruauté des trafiquants d'êtres humains, les viols, le travail forcé et enfin, la Méditerranée et ses dangers. L'Europe est loin, et de moins en moins ouverte à des damnés de l'exil.

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