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    France

    Le Festival d’Avignon, le théâtre, la crise et le renouveau

    media Dans les rues de la ville, pendant le Festival d'Avignon 2015. Siegfried Forster / RFI

    Une cinquantaine de pièces dont 27 créations, du beau et du politique, le Festival d’Avignon se présente depuis le 4 juillet sous le signe du renouveau. Deux tiers des metteurs en scène invités n’ont jamais été programmés ici. Et la formule « Je suis l’autre » nous rappelle qu’il s’agit d’un festival éminemment politique qui fait appel au sens civique des spectateurs-citoyens face au drame des immigrés, face aux terroristes, face à l’attaque contre les valeurs humanistes. Le tout dans un contexte très difficile que certains représentants du monde théâtral définissent comme « une crise sans précédent ».

    De notre envoyé spécial à Avignon,

    « Si vous voulez voir une pièce vraiment drôle, rendez-vous à 13h45 au Forum ! » Pour son spectacle Le Coach, dans les rues étroites d’Avignon, Bruno pousse avec fierté son caddie rempli d’affichettes et surmonté d’un panneau géant. D’autres ont transformé un véritable lit en centre de communication roulant ou pratiquent sur les terrasses de café le racolage artistique, maquillé comme une reine au XVIIIe siècle… Mettez un pied à Avignon et vous êtes au théâtre. Pendant trois semaines, dans l’ancienne ville des papes, ce n’est plus la religion, mais l’art qui règne : des affiches qui se collent, des sourires qui fusent, plus de 40 pièces dans le Festival In et plus de 1 300 spectacles du monde entier dans le Off. 

    Dans la cour d’honneur du Palais des papes, Le Roi Lear a déjà fait deux fois son apparition et clivé le public. Car il y a du beau, du fort et du fatal, mais avec la traduction et la mise en scène d’Olivier Py peut-on encore parler d’une pièce de Shakespeare ? Une réponse nous attend dans quelques jours quand l’Allemand Thomas Ostermeier entrera dans l’arène d’Avignon avec Richard III. Deux poids lourds du théâtre en Europe qui s’attaquent au maître absolu. Py voulait peut-être programmer un combat au sommet de l’art : une lutte de personnes, mais il est surtout question de l’histoire, des valeurs et du destin de cette Europe qui tangue dangereusement et qui a visiblement beaucoup de mal à avancer dans ce monde secoué par les crises et les guerres.

    Le monde théâtral grogne

    Car, derrière l’affiche alléchante du Festival, il y a la crise qui guette et le monde théâtral qui grogne. Dernier exemple d’une longue liste : une semaine avant Avignon, une pétition a donné l’alerte au Théâtre l’Aquarium à Paris à cause d’une « diminution de subventionnement » prévue par des services du ministère de la Culture « qui impose au directeur François Rancillac de quitter son poste ». Suite à la mobilisation de 5 000 signataires en quelques jours, la ministre de la Culture Fleur Pellerin, arrivée au Festival d’Avignon, a rétorqué qu’il est « normal qu'au terme d'un mandat, il y ait un temps d'évaluation» et que le ministère « conserve un soutien sans faille au théâtre de l'Aquarium ». Alors tout n’était-il qu’une fantasmagorie ? « La décision du désengagement nous a été formulée explicitement », répond François Rancillag, interrogé juste avant l’ouverture du Festival d’Avignon et qui refuse que son théâtre soit réduit à un « garage » sans direction artistique. « Maintenant, il y a un retour en arrière du ministère pour calmer le jeu puisque le ministère a été très surpris de la réaction à la fois très vive et très nombreuse des spectateurs, du monde professionnel, des médias et via la pétition », ajoute-t-il.

    Actuellement, c’est un peu partout qu’on entend le même refrain d’une culture en crise, comme le démontre aussi la Cartocrise, une infographie qui affiche une centaine de festivals annulés ou supprimés en France. « C’est une crise majeure. Même le Festival d’Avignon a été raccourci de quatre jours, explique Denis Gravouil, le secrétaire général de la Fédération du spectacle au syndicat CGT. C’est moins de festivals, ce sont des festivals qui durent moins longtemps, ce sont des spectacles qui sont plus difficiles à faire diffuser, parce qu’on dit aux compagnies qu’ils sont trop chers avec quatre ou cinq comédiens sur scène… »

    « Une crise sans précédent »

    Même son de cloche chez Madeleine Louarn, directrice artistique du théâtre de l’Entresort à Morlaix et président du Syndeac qui représente plus de 400 institutions culturelles dont la grande majorité des centres dramatiques et chorégraphiques nationaux, des scènes nationales et des grands festivals. Louarn n’hésite pas à affirmer que la culture est en train de « traverser une crise sans précédent » en France : « On est dans un changement de paradigme. On voit les élus qui sont en train de se demander la légitimité réelle d’un financement public et surtout, au gré des dernières alternances politiques, un désengagement du financement pour un certain nombre d’équipements qui se sont développés sans cesse depuis 30 ou 40 ans. Donc on est là devant vraiment une crise de structure. »

    Derrière la crise culturelle se trouve une véritable crise politique à l’œuvre, observe Denis Gravouil de la CGT : « Il y a les mesures d’un gouvernement qui se dit de "gauche", mais qui a beaucoup baissé les dotations aux collectivités territoriales. Donc celles-ci en profitent pour dire qu’elles ne peuvent maintenant plus investir autant dans la culture. Et puis il y a des mairies de droite et d’extrême droite qui en profitent pour virer tout ce que faisaient avant leurs prédécesseurs. Il y a des décideurs politiques qui n’ont plus de tabous. Des gestionnaires qui arrivent et qui veulent du rentable, du grand public, du répertoire classique. C’est clairement un repli sur soi, sur des valeurs très conservatrices. »

    « Une scandaleuse paupérisation du monde théâtral »

    C’est pour cela que ce qui se passe à l’Aquarium dépasse largement le cadre de son propre théâtre, souligne François Ravillac qui sent « vraiment une colère dans tous les endroits » évoquant d’autres lieux menacés comme le Théâtre de la Cité Internationale, Confluences ou le Forum de Blanc-Mesnil : « Il y a une logique de plus en plus libérale. Au nom de la rigueur et de la crise, on va chercher de l’argent partout. On casse des associations ou des théâtres qui n’ont pas forcément grand pignon sur rue, mais qui font un travail de terrain quotidien en direction des publics. Je vois tellement d’associations et de compagnies qui se voient dénier ou couper leurs vivres au profit d’autres projets beaucoup plus médiatisés et beaucoup plus visibles… Je ne comprends toujours pas pourquoi on a construit une Philharmonie à La Villette alors qu’il y a d’autres grandes salles pour la musique classique. On a construit une immense machine qui va couter un argent vraiment énorme et qui va pomper une partie des subventions qui normalement sont dédiées aux spectacles vivants… Il y a une paupérisation du monde théâtral qui est scandaleuse. »

    Rendre visible le rôle précieux du théâtre dans la création artistique, la transmission et la création du lien social est justement au cœur d’un projet fou qui a déjà rencontré beaucoup de succès depuis l’ouverture du Festival. Tous les jours à midi, il y aura une lecture de La République de Platon, réécrite par le philosophe Alain Badiou et interprétée par un groupe de comédiens amateurs et professionnels, de jeunes et de vieux. La fascination et la concentration du public, venu en nombre, montrent clairement l’actuel engouement des citoyens pour ces réflexions philosophiques autour de la « justice ».

    Lors d'une lecture de La République de Platon, réécrite par le philosophe Alain Badiou, dans le Jardin Ceccano au Festival d'Avignon 2015. Siegfried Forster / RFI

    « Un acte politique et de résistance »

    En tant que maire d’Avignon, Cécile Helle sait pertinemment que, avant de devenir universel, l’enjeu est d’abord local. D’où le paradoxe de faire l’éloge du Festival tout en diminuant sa subvention : « Cette année, une ville comme Avignon doit faire face à une diminution des dotations d’État à une hauteur de 2,5 millions d’euros. Ce qui s’est traduit par une diminution de la subvention du Festival d’Avignon de 45 000 euros, mais je rappelle que cette diminution représente 0,04 % du budget global [13,3 millions d'euros, ndlr] du Festival. Donc c’est plus un acte de solidarité vis-à-vis de l’ensemble des Avignonnais. »

    Avignon avec ses 89 000 habitants affiche un taux de pauvreté de 28,9 % contre un taux moyen sur le territoire national de 14,3 %. Pour Cécile Helle, dans une ville qui avait voté, en 2014, au deuxième tour des élections municipales avec 47,47 % pour la candidate du Parti socialiste, mais avec 35,02 % pour le candidat du Front national, le fait de maintenir le financement d’un tel projet culturel reste très politique. « C’est effectivement un acte politique et on peut dire aussi de résistance dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. C’est aussi ce qu’a voulu dire Olivier Py, notamment suite aux attentats du début de l’année qui ont touché la France et qui nous ont tous emmené à réfléchir à la fois aux valeurs de la République, mais aussi à comment la culture pouvait jouer un rôle important justement dans la sauvegarde ce cette République et des principes auxquels toutes les Françaises et tous les Français sont attachés. »

    Depuis l'engagement du premier ministre Manuel Valls de maintenir le système des intermittents et l'annonce d'une « augmentation du budget de la culture pour 2016 », le scénario d'un nouveau mouvement de grève s'est éloigné au Festival d'Avignon. En 2003, la ville avait chiffré la perte financière à 40 millions d'euros et en 2014, les annulations de 12 spectacles avaient causé une perte de 250 000 euros. Suite aussi à la baisse des dotations de l'Etat, le festival 2015 a été raccourci de quatre jours, la mythique Carrière Boulbon restera fermée.

    Reste à savoir si Avignon est aujourd’hui l’arbre qui cache la forêt. François Rancillac dénonce justement l’absence de mesures dans le domaine culturel après le choc des attentats en janvier dernier. « Quand je pense au Théâtre La Nacelle à Aubergenville qui faisait un travail exemplaire dans des quartiers dits "difficiles" avec des enfants, des adolescents, des publics. C’est scandaleux qu’on arrête ce travail-là. On peut toujours après s’étonner que ces gens-là se sentent toujours plus abandonnés par l’État et la République et qu’ils choisissent après les voies les plus radicales et violentes pour s’exprimer. Je trouve cela insupportable qu’après les événements de janvier où l’on a eu des grands rassemblements et les grandes émotions politiques et publiques pour une grande démocratie et puis, derrière, il ne se passe vraiment strictement rien, tant au niveau de l’éducation qu’au niveau de la culture qui sont les deux endroits où l’on peut défendre les valeurs qu’on peut transmettre et créer des espaces de dialogue et de cohésion sociale. »

    Le Festival d'Avignon sous le signe du renouveau

    En attendant, au Festival d’Avignon, tout n’est pas noir, bien au contraire. Le duo Dominique Boivin et Claire Diterzi a même réussi à nous subjuguer avec une version moqueuse et pop-satirique de la crise culturelle. Leur création Connais-moi toi-même nous projette dans « une année 2017 catastrophique » où le seul salut qui reste pour les artistes réside à chanter à la Star Academy « A la pêche aux moules, moules, moules, j’ai perdu les boules, boules, boules, je ne peux plus danser comme avant… ».

    Force est de constater que l’édition 2015 du Festival d'Avignon se trouve sous le signe d’un grand renouveau. Deux tiers des metteurs en scène invités n’ont jamais été programmés dans le In. Comme l’extraordinaire Polonais Krystian Lupa qui a présenté une version très acclamée du sulfureux texte de l’Autrichien Thomas Bernhard, Des arbres à abbattre. Benjamin Porée, à 29 ans est le plus jeune metteur en scène du Festival. Il arrivera avec 17 comédiens pour interpréter La Trilogie du Revoir de l’écrivain allemand Botho Strauss. Également très attendu, Samuel Achache, 33 ans, avec Fugue, un spectacle aussi musical que théâtral. L’Argentine est représentée avec le plus grand nombre de pièces en provenance d’un pays étranger : El syndrome de Sergio Boris, Dinamo de Claudio Tocalchir et Cuando vuelvo a casa, voy a ser otro de Mariano Pensotti. L’Afrique n’est pas en reste avec le texte à succès de Kamel Daoud Meursault, contre-enquête, roman miroir de L’Étranger de Camus. L’Égyptien Ahmed el Attar dressera une grande table avec 13 convives dans The Last Supper, l’histoire d’une famille cairote réunie après le Printemps arabe. Avec Le Bal du cercle, la chorégraphe sénégalaise Fatou Cissé nous fait découvrir une ancienne tradition qui fait aujourd’hui des ravages dans les boîtes de nuit à Dakar : le Tanebeer, « bal de nuit » en wolof, une cérémonie réservée aux femmes avec un fort potentiel de séduction et de transgression sexuelle. 

    Sans oublier les lectures organisées par RFI qui réuniront cette année des auteurs de l’Afrique, des Caraïbes et du Moyen-Orient. Le cycle Ca va, ça va le Monde débute le 16 juillet à 11h30 avec le texte de Sony Labou Tansi Je, soussigné cardiaque au Jardin du Gymnase du lycée Saint-Joseph.

    Le Bal du Cercle, une création de la Sénégalaise Fatou Cissé au Festival d'Avignon 2015. Elise Fitte-Duval

    ► Accéder à tous nos articles, émissions et reportages sur le Festival d’Avignon

    ► Le programme du 69e Festival In d’Avignon, du 4 au 25 juillet
    ► Le programme du 50e Festival Off d’Avignon, du 4 au 26 juillet

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