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    [Entretien] Des restes de victimes du nazisme découverts à Strasbourg

    media L'Institut de médecine légale de Strasbourg où ont été découverts des restes de victimes du médecin SS August Hirt. AFP PHOTO / PATRICK HERTZOG

    Des restes de victimes du nazisme ont été retrouvés à l'Institut de médecine légale de Strasbourg. Ils appartiennent à une ou plusieurs victimes juives du médecin anatomiste SS August Hirt, célèbre pour son funeste projet de collection de squelettes juifs. Entretien avec Raphaël Toledano, médecin à l’origine de cette découverte inattendue.

    RFI : Cela fait maintenant une dizaine d’années que vous menez vos recherches sur les 86 victimes juives du projet d’August Hirt. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce médecin nazi ?

    Raphaël Toledano : August Hirt était un anatomiste nommé à l’Institut d’anatomie de l’Université de Strasbourg en novembre 1941. Il a occupé ce poste durant trois années au cours desquelles il a réalisé une série d’expérimentations, dont celle, tristement célèbre, de la collection de squelettes juifs. Il a expliqué qu’il souhaitait constituer une collection anatomique en vue de documenter, par la science, le peuple juif qui était pour lui une sous-humanité répugnante. Dans ce macabre projet, il s’est associé à un anthropologue, Bruno Beger, qu’il a envoyé à Auschwitz en juin 1943.

    Bruno Beger a sélectionné 109 Juifs qu’il a mis en quarantaine. Après plusieurs semaines, ceux qui étaient encore vivants ont été déportés vers le camp de Natzweiler-Struthof, en France. Quatre-vingt-six Juifs sont arrivés le 2 août 1943. Ils ont été gazés entre le 11 et le 19 août de la même année. Après cette mort horrible, les corps ont été acheminés jusqu’à l’institut d’anatomie de Strasbourg où ils sont restés dans les cuves du sous-sol pendant un an, jusqu’à ce que Hirt se rende compte de l’avancée des Alliés et décide de faire disparaitre les traces de son crime.

    En septembre 1944, il a ordonné à ses assistants de faire disparaître les corps, notamment en découpant les matricules tatoués sur les avant-bras, ce qui n’a été fait qu’en partie. A la Libération, on a découvert environ 150 corps, dont une partie était les restes de ces 86 Juifs. Les autres corps étant ceux de prisonniers de guerre soviétiques qu’August Hirt faisait venir pour ses cours de dissection.

    Les corps ont été découverts, mais il y a tout de même eu une rumeur concernant des restes présents dans l’Université de Strasbourg. Et cette rumeur a couru pendant 70 ans…

    Oui, pendant mes études de médecine, on nous disait qu’il y avait encore des restes dans les sous-sols, ou dans des bocaux. C’était quelque chose qui circulait entre nous, mais qui n’a jamais été prouvé et qui a toujours été démenti par la faculté. Les professeurs d’anatomie expliquaient avoir fait un inventaire complet des pièces de l’Institut d’anatomie sans jamais retrouver les préparations réalisées par August Hirt.

    J’ai voulu savoir comment Hirt s’était approvisionné en corps, savoir d’où ils provenaient. Je suis donc retourné aux archives et j’ai découvert par hasard un document écrit par un médecin légiste strasbourgeois dénommé Camille Simonin. En 1945, il a été chargé par le juge d’instruction militaire français d’autopsier les cadavres retrouvés à l’Institut d’anatomie. En plus de ces prélèvements légitimes, il a réalisé deux bocaux qu’il a conservés pour le musée de l’Institut de médecine légale comme documentation pour les futurs étudiants. Je me suis d’abord posé la question : « Comment vais-je pouvoir retrouver ces bocaux sans qu’on m’empêche d’accéder au musée ? » J’ai écrit au nouveau directeur en lui demandant un rendez-vous pour parler d’un article scientifique que j’écrivais. Il m’a donné rendez-vous le 9 juillet, je suis entré dans son bureau, il était absolument charmant et m’a dit : « Venez, on va aller vérifier ça tous les deux et tout de suite ! »

    On est donc entré dans le musée situé en face de son bureau. Une simple pièce dans laquelle se trouvaient deux rangées de bocaux qui se faisaient face. On a commencé à regarder les bocaux les uns après les autres. Sur chacun, il y avait des étiquettes qui précisaient de quoi il s’agissait. On a d’abord trouvé le premier bocal décrit dans la lettre de Simonin. Il s’agissait de morceaux de peau provenant d’une victime gazée en 1943 à la demande d’August Hirt et qui avait subi des traces de coups. Simonin avait gardé des traces de sa chair pour témoigner des bastonnades qu’il avait subies avant de se faire gazer.

    On a ensuite retrouvé deux autres éprouvettes qui contenaient les restes de l’intestin et de l’estomac d’une autre victime. Là, les étiquettes étaient encore plus claires parce qu’elles indiquaient même le numéro de matricule de la victime en question : 107 969. Or je savais très bien que ce matricule appartenait à une victime dénommée Menachem Taffel. C’est sans doute la victime la plus connue de ce groupe de malheureux Juifs !

    Vous attendiez-vous à tomber nez à nez avec ces bocaux, dont l’existence n’avait encore jamais été prouvée ?

    Honnêtement, je pensais que les différents directeurs qui avaient succédé à Camille Simonin avaient eu la présence d’esprit de les faire enterrer. Je ne pensais vraiment pas les retrouver derrière une vitrine dans un musée, baignant dans le formol. Ca a été un vrai choc. Pour moi, c’était vraiment intolérable. On avait gardé, dans un musée, des morceaux de corps de Juifs qui avaient justement été tués pour être exposés dans un musée ! C’est inadmissible. Ces personnes n’avaient pas leur place dans un musée. Heureusement, immédiatement après la découverte, le professeur Raul, l’actuel directeur de l’Institut de médecine légale de Strasbourg, a été entièrement d’accord pour que ces restes de corps soient restitués à la communauté juive en vue d’une inhumation.

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