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    France

    Disparitions forcées: la Femed «lutte contre l’impunité»

    media Des personnes appartenant pour la plupart au collectif des familles de disparus en Algérie, manifestent avec des masques blancs pour symboliser les disparus, le 25 avril 2001 à Paris. THOMAS COEX / AFP

    Le 30 août est la journée internationale des victimes de disparition forcée. Depuis sa création, le groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées ou involontaires a porté 54 405 cas à l’attention de 104 gouvernements. En France, la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (Femed) tente de lutter contre la chape de plomb qui règne autour de ce phénomène. Sa présidente, Nassera Dutour a répondu aux questions de RFI.

    RFI : Pourquoi vous être engagée dans la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (Femed) ?

    J’ai créé le collectif des associations des familles disparues en Algérie, après la disparition de mon fils. C’était le 30 janvier 1997 exactement. Il habitait en Algérie chez ma mère dans une banlieue algéroise. Il était dehors. Il attendait ses copains et une voiture est passée et l’a raflé. J’ai suivi sa trace un petit peu pendant deux mois. Je ne suis certaine de rien, je ne l’ai pas vu. Je n’ai pas eu de papier écrit ni de confirmation que c’était bien lui, mais j’ai appris qu’il avait été détenu au commissariat de la commune de Baraki la commune où il habitait. Puis la sécurité militaire l’a pris. Et après, c’est fini… Même 20 ans plus tard, c’est toujours pénible et douloureux.

    Au fil des ans, j'ai connu des familles de disparus d'abord en Algérie puis dans d'autres pays. Comme moi, elles se battent sans relâche. Comme moi, elles ont les mêmes attentes : la vérité, la justice, le retour de leur proche. C'est ainsi qu'en 2000, nous avons d'abord créé une coalition des familles de disparus qui était informelle. Puis en 2005, dans le cadre du Forum social méditerranéen à Barcelone nous avons décidé de donner une existence légale à la coalition qui est devenue en 2007, la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées.

    Pouvez-vous nous expliquer le rôle de la Femed ?

    La Femed est une organisation qui regroupe 26 associations essentiellement de familles de disparus. La rôle de la Femed est de sortir de l'isolement toutes ces associations de victimes, de les former et de les informer. Des associations de différents pays peuvent échanger leurs expériences, voir ce qu’il se passe ailleurs, apprendre des expériences de chacun et les sortir de leur isolement. Notre but est de contribuer à l’éradication de la disparition forcée et la lutte contre l’impunité. Pour l’instant, on n’a pas atteint notre objectif principal, j’espère qu’un jour on y arrivera. La disparition forcée est un crime qu’il faut abolir absolument. C’est quelque chose de terrible parce que ça détruit une famille, ça détruit des vies. C'est un phénomène qui touche le monde entier et pourtant, il semble que personne ne le sait. Il faut que les gens sachent que ça existe et que ça cesse. Il faut qu’on arrête de faire disparaître des gens. Il y a une justice et des tribunaux. On ne peut pas faire justice soi-même, c’est criminel.

    Quelles sont vos stratégies pour mettre fin aux disparitions ?

    Pour y parvenir, notre stratégie est de former les associations membres sur les mécanismes internationaux de protection des droits de l'homme, sur la documentation des violations des droits de l'homme et sur la communication. Tout cela pour renforcer leur capacité pour qu’ils puissent eux-mêmes lutter convenablement dans leur pays, pour qu’ils aient les outils nécessaires pour lutter contre l’impunité et les disparitions forcées. On a fait découvrir à nos associations membres les Nations unies, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe. On les a amenées à plusieurs reprises aux Nations unies, on leur a fait rencontrer le groupe de travail sur les disparitions forcées, les rapporteurs spéciaux, des députés... Des endroits où ils peuvent s’exprimer, dire ce qu’il se passe dans leur pays, combien de disparus il y a, comment leur Etat traite la question…

    On réalise aussi des missions de terrains. On va dans le pays, on prend rendez-vous avec les associations, on écoute leurs besoins et leurs revendications. On prend toujours rendez-vous avec les autorités locales, on essaye d’avoir des contacts avec les officiels pour discuter avec eux, pour relayer la voix de nos associations. Ce n’est pas toujours gagné tout le temps. Mais on tente.

    En Turquie, par exemple, nous avons organisé une rencontre sur la justice transitionnelle pour expliquer ce qu’est le devoir de vérité, le devoir de lutter contre l’impunité, la médecine légale. Et puis nous avons parlé des charniers en Turquie. Nos associations membres avaient fait une cartographie de tous les charniers qui sont dans le sud du pays. Malheureusement, ça n’a pas plu aux autorités. Il y a eu des arrestations en masse, dont le président de notre association membre Cemal Bektas. Il a fait deux ou trois ans de prison.

    Des disparitions comme celles-ci sont-elles nombreuses ?

    Beaucoup plus qu’on imagine. Les disparus sont souvent très jeunes, entre 20 ans et 30 ans. En ce moment, la spirale infernale est en Syrie et en Libye. On parle de 50 000, certains parlent de 80 000 disparus. C’est horrible. En Algérie, les murs sont tapissés de photos de disparus. J’ai accueilli dans nos locaux un Syrien qui avait lui-même disparu pendant deux mois et son frère est toujours porté disparu. Lui a réussi à en réchapper, on ne sait pas par quel miracle… On a aussi une amie syrienne qui a son tout jeune neveu qui a disparu. Ils ont eu des nouvelles récemment. Il serait mort sous la torture. Sa sœur avait été arrêtée avec lui, ils l’ont libérée, mais l’ont laissée très mal au point…

    Comment explique-t-on ces disparitions ?

    C’est politique, bien sûr, surtout quand ce sont les autorités qui font disparaître les personnes. Cela dépend des pays, mais c’est une façon de semer la terreur. La disparition fait très peur. C’est une arme terrible. Quand quelqu’un est mort et que les parents enterrent la personne, au bout d’un moment on fait son deuil. C’est la vie qui veut ça. Mais dans la disparition, on attend. Au début on est pétrifié, on n’ose pas parler. On a peur de parler parce qu’on a peur qu’on tue la personne disparue. En Algérie, ce que l’on constate, c’est que lorsque les personnes sont arrêtées en groupe, il y en a toujours un qui est libéré comme ça il va raconter aux autres ce qu’il a subi.

    Je me rappelle à l’époque de l'enlèvement de mon fils, j’avais rendez-vous avec TF1. Quand je suis arrivée à l’hôtel où étaient les journalistes, je tremblais de la tête aux pieds. J’ai téléphoné de la réception pour dire : « Je suis désolée, j’ai un empêchement je ne peux pas venir. » Le mari d’une copine m’avait emmenée et quand je lui ai dit que j’avais rendez-vous avec des journalistes, il m’a fait un lavage de cerveau : « Tu es folle, ça ne va pas ? Ton fils, ils vont le tuer, ils vont le jeter dans une bouche d’égoûts ou dans un puits... »

    Je me rappelle aussi que quand une personne disparaissait, c’était un sujet à ne pas aborder. Il ne fallait pas parler de la personne qui a disparu, ne pas parler avec les membres de sa famille, les éviter quand on les rencontre au marché, faire semblant de ne pas les voir pour ne pas en parler, pour qu’on ne nous voit pas avec la personne. Si la personne a été arrêtée et qu’on l’a fait disparaître, c’est parce qu’elle a fait quelque chose, elle a trempé dans les groupes armés ou bien qu’elle est soupçonnée d’être un terroriste. Donc si on me voit avec la famille, on va m’accuser d’être complice… C’est ça la manière de faire régner la terreur. En Algérie, ce n’est que dans les années 2000 que les gens ont commencé à parler publiquement de la question.

    Que vous font le plus souvent savoir vos associations ?

    Quel que soit le pays, quelle que soit l’association, c’est toujours le mot vérité qui revient. Toutes les associations qu’on a visitées dans tous les pays du pourtour méditerranéen et ailleurs, la chose qu’ils vous disent c’est qu’ils veulent la vérité. En Bosnie, malgré l’ouverture des fausses communes et les charniers, la reconstitution et l’identification des corps, les associations vous disent, « on n’a pas eu la vérité ».

    Comment est perçue la question des disparus par la communauté internationale ?

    Ce n’est pas quelque chose de délaissé, la preuve est l’adoption en 2006 de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Un groupe de travail a été nommé par le Conseil des droits de l’homme qui a travaillé sur ce texte. Ce n’était pas gagné au départ, car les Etats étaient majoritairement contre. La France a mené les débats jusqu’à la fin. La Convention est entrée en vigueur en 2010, grâce à l’Irak – c’est quelque chose qui nous a tous surpris. Il a été le 20e pays à ratifier ce texte.

    L'Algérie a signé ce texte mais ne l'a pas ratifié donc nous ne pouvons pas présenter des communications individuelles au Comité des disparus des Nations unies. Mais nous avons saisi le Comité des droits de l'homme puique l'Algérie a ratifié le Pacte international sur les droits civils et politiques. L’Algérie a été condamnée par le Comité des droits de l’homme au moins 40 fois. Elle a été condamnée 11 fois sur des cas de disparition que nous avons soumis 3 000 cas sont pendant devant le groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires. Pour l’instant, l’Algérie ne répond pas.

    Dimanche 30 août est la journée mondiale des personnes disparues. Qu’avez-vous prévu et en quoi est-ce important ?

    On demande à nos associations membres d’organiser comme tous les ans un évènement particulier dans leur pays. Cette année, la Femed a reçu le soutien précieux de lauréats du prix Nobel de la paix comme Mairead Maguire. C’est important de rappeler au monde entier qu’il y a des personnes qui attendent le retour de leurs proches, de leurs êtres chers. Rappeler qu’il y a des personnes qui ont été enlevées, arrêtées par les forces de l’ordre qui les ont fait disparaître. C’est très important de faire vivre la mémoire des disparus. 

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