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    France

    Festival Visa pour l'image: «C’est le monde tel qu’il est vraiment»

    media Dès sa parution, la photo de Carmen a été retweetée 14 000 fois. © Andres Kudacki / AP

    Créé en 1989, le festival de photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan est devenu un événement international. Alors que débute ce samedi la 27e édition (clôture le13 septembre), son directeur Jean-François Leroy reste fidèle à son image de militant à la fois passionné par son métier et désabusé par l’actualité.

    Jean-François Leroy, comment vivez-vous les derniers instants qui précèdent l’ouverture du festival ?

    C’est la concrétisation d’une année de travail, alors effectivement c’est très excitant de voir accrocher aux murs et sur les écrans le fruit du travail d’un an. Ce sont des coups de cœur, ce sont des rencontres, des envies. C’est une magie depuis 27 ans.

    Comment se fait la sélection ?

    Il y a toute une équipe qui m’aide à la faire mais, comme on dit au cinéma, c’est moi qui ai le « final cut ». Laurent [Langlois] travaille beaucoup sur les soirées [les désormais célèbres projections nocturnes du Campo Santo, ndlr], Delphine [Lelu], qui est mon associée, m’aide beaucoup aussi. Mais c’est vrai qu’à la fin, il faut qu’il y ait une ligne directrice. Et cette ligne directrice c’est moi qui la donne.

    Et quelle est la ligne directrice de cette 27e édition ?

    Cette année, j’ai voulu mettre l’accent sur les photographes « locaux ». C'est-à-dire que j’expose un photographe somalien qui montre des photos de Somalie, un photographe vénézuélien qui nous montre Caracas et toute la problématique de la pauvreté qui s’installe au Venezuela. J’ai beaucoup de jeunes photographes cette année qui montrent la vivacité de ce métier.

    Directeur-fondateur du Festival Visa pour l'image, Jean-François Leroy reste un pessimiste passionné. © Lucas Menget

    Quels ont été vos coups de cœur ?

    C’est vache de me poser cette question et je n’ai pas trop envie d’y répondre. Mais, dans les jeunes photographes, j’ai été fasciné par les travaux de Mohamed Abdiwahab sur la Somalie, d’Alejandro Cegarra sur le Venezuela. Et j’ai été très surpris [sourire] par Adrienne Surprenant pour son travail sur le canal du Nicaragua. Très impressionné aussi par le travail de Pascal Maitre sur le fleuve Congo. Mais il y a plein de choses qui font cette diversité et qui rendent le festival très intéressant. Chacun peut y trouver son compte.

    Vous exposez assez peu de photos sur la France, finalement. C’est un hasard ou un choix délibéré ?

    La France ? Il y a quand même l’exposition de Viviane Dalles sur les mères adolescentes en France. De toutes façons, on est un festival international mais il y a quand même le fait que la France est l’un des pays les plus « tordus » en matière de droit à l’image. À chaque fois que j’ai fait des expos sur la France, j’ai eu des problèmes de droit à l’image et ça m’a un peu douché, ça m’a un peu calmé, c’est vrai.

    Pourquoi ?

    Par exemple, si je fais une photo de vous dans votre studio à RFI, je vais être obligé de vous demander une autorisation de publication que vous allez me donner. Mais en France – c’est la loi qui veut ça – on a ce qu’on appelle « un droit de rétractation » si bien que si, dans une semaine, vous décidez que, non, finalement , vous ne voulez pas que j’utilise la photo, vous pourrez m’attaquer. Même si vous avez signé une autorisation de publication ! Ça devient un petit peu compliqué quand même… Aujourd’hui, un Cartier-Bresson ou un Doisneau seraient en procès permanent.

    Pascal Maitre expose ses photos du fleuve Congo au bord duquel vivent 30 millions de personnes ...et quelques animaux. © Pascal Maitre / Cosmos / National Geographic Magazine

    Quels ont été les sujets les plus traités cette année. Les migrants ? Le climat ?

    J’ai vu beaucoup de choses sur les migrants, c’est exact. C’est l’une des problématiques de l’année. Donc j’expose le travail de Giulio Piscitelli qui a travaillé pendant trois ans sur le sujet et qui a suivi des migrants depuis les déserts subsahariens jusqu’à Lampedusa et au-delà. Et l’autre problématique de l’année, c’est l’explosion de Daech [le groupe Etat islamique, ndlr]. Et ça, malheureusement, il n’y pas beaucoup de photos pour le raconter parce qu'on n’arrive pas identifier la source des photos. Et comme j’ai une grande réticence à montrer des photos de propagande, c’est malheureusement l’une des problématiques qui sont très peu traitées à Perpignan.

    Parvenez-vous à garder, malgré tout, un peu de légèreté ? On a parfois le sentiment que Visa pour l’image, c’est « le monde tel qu’il est », mais en plus sombre…

    Garder un peu de légèreté ? C’est difficile [rire]. Le monde tel qu’il est mais en plus sombre ? Non, je ne suis pas d’accord avec vous ! C’est le monde tel qu’il est vraiment ! Et tel qu’on refuse de le voir ! J’allume la radio et je lis les journaux : le monde est d’une violence inouïe et ça se pourrit un peu plus tous les jours. Donc ce n’est pas du pessimisme, c’est de la lucidité…

     
    NB : RFI et rfi.fr seront comme chaque année présents à Visa pour l'image pour vous en faire vivre les meilleurs moments

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