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    France

    «Sarcellopolis» la nostalgie d'une banlieue en mutation

    media L'itinéraire d'un bus et celui de ses passagers sarcellois de plusieurs générations. sarcellopolis.com

    Récompensé du Visa d’Or 2015 du meilleur webdocumentaire, «Sarcellopolis» nous plonge dans une ville de banlieue parisienne, Sarcelles, qui fut longtemps un exemple de mixité sociale réussie. Son concepteur Sébastien Daycard-Heid nous la fait découvrir à travers des personnages qui circulent dans le bus qui traverse la cité.

    Comment avez-vous procédé pour trouver les personnages qui donnent vie à votre webdocumentaire ?
    Le casting s’est fait simplement grâce à des rencontres. Mais il fallait trouver les bonnes personnes sur le long terme et qui soient à l’aise. Et puis il y avait à composer avec le travail de la photo et de la vidéo qui sont deux moments différents. Cela n’a pas nécessité une écriture particulière dans la mesure où le sujet fonctionne sous la forme d’interviews. Les gens avaient des choses à nous raconter et aussi des choses à nous montrer.

    Pourquoi avez-vous choisi Sarcelles ?
    Ce qui nous a inspirés, c’est d’abord le travail du photographe Jacques Windenberger qui a beaucoup travaillé sur Sarcelles (certaines de ses photos d’archives figurent d’ailleurs dans le webdocumentaire ndlr.) et auquel on avait consacré un livre. J’ai eu un véritable coup de cœur pour cette ville. J’avais pris une résidence sur place pendant plusieurs semaines et j’ai été totalement accroché par cette ville parce qu’elle a une diversité extraordinaire. Elle compte 90 communautés pour 60 000 habitants et donc une densité d’histoires et de parcours que je trouvais sublime. C’est une ville très cosmopolite, multiculturelle et, du coup, c’est ce qui fait sa spécificité. On croirait voir un petit morceau d’Etats-Unis en proche banlieue parisienne. On peut trouver une pareille diversité à Marseille ou ailleurs, mais à cette échelle-là, avec une diversité pareille, je ne connais pas d’autres endroits en France. Ce qui est intéressant aussi, c’est que chacun a reproduit son mode de vie d’origine. Donc, se promener dans la ville, c’est voyager à petite échelle et partout dans le monde.

    On ressent une certaine nostalgie chez les plus anciens …
    Oui, il y a une nostalgie et les gens sont très attachés à leur ville parce que c’est une ville qui a fonctionné. Ce sont les premiers grands ensembles à avoir été construits et c’est certainement ce que la République a fait de mieux en termes de grands ensembles. Il y a eu toutes les vagues d’immigration successives, l’intégration y a réussi et les gens se sentaient bien dans cette banlieue telle qu’elle était.

    Présentez-nous les différents personnages, d’abord le chauffeur du bus …
    Oui, c’est l’un des personnages principaux. Il s’appelle Eddy. Il représente bien tous les gens qui pratiquent ce métier et qui sont isolés derrière leur cabine mais qui, en même temps, font un métier de lien social avec les gens. Et qui sont soumis aussi, soit à l’indifférence, soit parfois à des tensions aussi. C’est quelqu’un qui aime bien Sarcelles et qui en parle très bien. Qui a habité cette ville et qui permet de la découvrir avec un premier regard, celui d’un chauffeur qui tourne depuis vingt ans dans cette ville.

    DR

    Il y aussi Bamby ...
    Oui, Bamby Mbiaior qui en fait est une jeune Sarcelloise et qui représente l’avenir de la ville, ce que Sarcelles peut, je pense, engendrer, c'est-à-dire une ville avec des identités multiples. Elle est Mauritanienne et Bretonne. On a des métissages extraordinaires à Sarcelles. C’est quelqu’un qui est passé par tout le système éducatif traditionnel. Donc, c’est un pur produit des grands ensembles. Et aussi de la République. C’est quelqu’un qui, à mon avis, a une fraîcheur, une intelligence. Quelqu’un qui peut s’investir si après ses études elle n’est pas confrontée à des obstacles insurmontables.

    Elle fait des études de médecine, mais au sein de l’armée …
    Oui, comme avec beaucoup de jeunes de banlieue, c’est aussi ça qu’il faut voir en filigrane derrière ce personnage. Etant donné la difficulté de se monter socialement, étant donné aussi l’image qu’on peut avoir parfois de Sarcelles, la possibilité de faire des études de médecine, c‘est quelque chose de plus compliqué quand on vient de là. Passer par l’armée, c’est une formation entièrement prise en charge, et totalement intégrée dans un cursus où il y a études et emploi derrière. Donc, si elle choisit l’armée comme beaucoup de jeunes de banlieue, c’est parce que c’est un moyen plus sûr de trouver sa place après l’école.

    On découvre aussi cet avocat singulier, Arié Alimi…
    Oui, et c’est quelqu'un auquel je suis très attaché. Parce que cet avocat est originaire de Sarcelles, qu’il y pratique sa religion (Arié Alimi est de religion juive ndlr) et parce que c’est quelqu’un qui s’est trouvé au centre de beaucoup de polémiques, car il a défendu la personne qui avait appelé à manifester l’année dernière en faveur des Palestiniens et qui s’appelait Nabil Koskossi. Il a défendu Nabil Koskossi après que la manifestation a dégénéré. Il l’a fait pour la question du droit à manifester même si c’était en soutien à la cause palestinienne. Il a été très stigmatisé par sa propre communauté pour avoir fait ça. Aujourd’hui, il est difficile pour un avocat juif de défendre un musulman. On en est arrivé là. Ça raconte la société dans laquelle on est arrivé, la société dans laquelle Sarcelles est arrivée. Et ça raconte aussi tout ce que Sarcelles lui a apporté, car il n’est pas devenu avocat parce qu’il était fils d’avocat. Il a grimpé les échelons. A son époque, Sarcelles était une ville qui faisait monter les gens socialement. Et qui les enrichissait par la mixité des cultures qu’on y trouvait.

    On découvre aussi un très ancien Sarcellois, M. Smaïli, 76 ans …
    Oui, il ne fait pas son âge, il présente bien. Chaque personnage a un sujet qui lui est associé. Bamby par exemple, c’était un sujet associé à l’orientation. M. Smaïli, c’est tout ce qui a trait à la rénovation urbaine. C’est un personnage effectivement qui vit dans un quartier qui s’appelle Les Sablons, qui est en rénovation urbaine depuis 2004. Son histoire raconte la vie de ceux qui habitaient dans ce quartier et qui ont été relogés. Il raconte les années 1960, l’époque de la construction de la ville, le côté ville-tremplin, ville d’accueil. Il a vécu une époque magnifique. C’est empreint de nostalgie. Ce qui intéressant, c’est qu’on s’aperçoit qu’il y avait un modèle qui fonctionnait et pas simplement parce qu’il y avait du plein emploi. Aujourd’hui, il est relogé, mais il ne s’y retrouve pas. Il est perdu. Parce que la société a changé, parce que ce qu’on a construit aussi a changé, et parce que finalement, comme beaucoup de gens, il se trouve isolé dans les résidences qui ont été construites. Il est encore actif dans une association, mais il y a un sentiment d’isolement beaucoup plus fort qu’avant. On est passé comme il le dit « du grand ensemble au chacun chez soi ». Dans un changement d’urbanisme, il y a toujours un changement de société. C’est ce que raconte cette histoire.

    Sébastien Daycard-Heid a séjourné plusieurs semaines à Sarcelles pour s'immerger dans cette banlieue qui l'a fasciné. Christophe Carmarans / RFI

    Ces grandes barres d’immeubles qu’on a dénoncées, stigmatisées, car d‘un point de vue esthétique ce n’était pas terrible, finalement elles avaient un rôle dans le lien social, c’était des villages à la verticale, c’est ce que ça veut dire ?
    Ça a fonctionné. Ça a répondu à un besoin une époque. Ça a joué un rôle d’accueil et de tremplin. Le bâti à l’époque n’était pas responsable des problèmes qui sont survenus dans les banlieues et à Sarcelles.

    Autre personnage, Michel, cet animateur dans le quartier des Vignes Blanches …
    C’est quelqu’un qui représente la richesse culturelle de cette ville : 90 communautés. Il est Antillais et on parle là aussi du dépaysement, car quand il est arrivé, enfant, il n’avait jamais vu de Blancs. Il est arrivé avec ses parents comme beaucoup d’Antillais pour des raisons liées au travail, grâce à un organisme créé par Michel Debré qui était chargé de faire venir des Antillais en France. On les a ensuite ainsi retrouvés dans les administrations comme la Poste ou les hôpitaux, par exemple. C’est quelqu’un de très ouvert aux autres. On a parlé du Jardin aussi. Les Antillais ont créé un endroit à Sarcelles qui s’appelle Le Jardin, sous des lignes à haute tension. C’est un endroit où, après le travail, plutôt que de rentrer dans les bars, ils peuvent se retrouver ensemble et faire la fête sans déranger personne. C’est une reproduction assez fidèle du mode de vie aux Antilles.

    Et à travers lui on retrouve tout ce que Sarcelles a apporté ces trente dernières années à la culture populaire …
    Oui, aussi. C’est une ville qui foisonne. Beaucoup de musiciens sont passés par Sarcelles. Jacob Devarieux de Kassav qui habitait Sarcelles, et puis il y a eu ensuite Stomy Bugsy, Passi, Le Ministère A.M.E.R. qui a débuté au Forum des Cholettes, des danseurs, comme les Twins que tout le monde connaît, le réalisateur Malik Chibane qui a d’ailleurs fait un film sur Sarcelles, le photographe Gilles Ouaki.

    Pour conclure, il faut rappeler que Sarcellopolis va se prolonger sur d’autres supports…
    Oui, le but de ce film interactif c’était d’abord de faire se rencontrer des gens qui ne croisent pas ou ne se croisent plus. Et de faire un travail de médiation entre des habitants qui souffrent de se sentir un peu cloisonnés. A partir de ce travail-là, des questions sociales émergent. On va donc diffuser un documentaire radio sur France Culture le 16 octobre et un documentaire télé sur France 3 Ile-de-France le 17 octobre. Ils vont permettre d’approfondir les questions soulevées par nos personnages du bus. 

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